Tout de Suite ouvre son Jardin (bio) des délices

Tout de Suite« Dans le grand huit de mon corps, tu fais glisser ta bite encore plus fort. » Il faut oser l’entame, sans préliminaires, et presque a capella, d’une voix charmante et pleine de joie. C’est avec audace et insolence, mais aussi un délicieux sens de la pornographie, que les Tout de Suite ouvrent leur jardin des délices avec ce nouveau morceau Gardnerella Vaginalis, annonciateur du prochain album, Je ne croyais plus à l’amour, prévu pour la fin d’année.

Ce n’est pas la première fois que le groupe explore cet univers fascinant des sexualités adultes, puisque le premier extrait du disque Machin Machin nous avait déjà interpellé par sa fraîcheur humide et sa manière d’y toucher en y touchant. Gardnerella Vaginalis confirme l’orientation weirdo et érotique du duo qui attend la fin de la première minute pour dérouler sa synth pop affriolante et irrésistible. La mélodie est efficace, la répétition du refrain (je t’aime/je souffre) troublante et suffisamment entêtante pour que l’aspect ridicule s’efface et laisse place à une véritable interrogation sur la nature du désir, la part de culture et de sophistication perverse nécessaire à l’épanouissement du plaisir entre bouches et sexes consentants.

Le final, provocateur, énumère les maladies et sécrétions, consacrant ce devenir-fluide du sexe, qui renvoie (intelligemment) aux images obscures du baiser qui prend feu. Faut-il en rire ? Considérer que ce jardin des vagins est un Eden sombre ou au contraire paradisiaque ? La musique de Tout de Suite est une musique de la marge, affriolante mais aussi glaçante, sexy et terrifiante. C’est dans cet espace des entre-deux qu’on peut trouver son compte, frissonner et rire de soi (et d’eux-mêmes). Il faudra attendre la suite pour comprendre un peu mieux où le groupe veut nous amener, mais les Tout de Suite ont une façon d’interpeller qui n’est pas commune et un savoir-faire qui les place, au coeur du renouveau synth-pop empli de dérision et de strass, parmi les têtes d’affiche et les fers de lance.

Le mot du scientifique : La gardnereralla vaginalis est, dans la vraie vie, une bactérie qui fait partie de la flore vaginale de la femme. Cette bactérie peut dans certains cas déclencher des infections qui se traduisent par des pertes blanches à l’odeur de poisson pourri. 

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