Mozart Estate / Pop-Up ! Ker-Ching ! And The Possibilities of Modern Shopping
[Cherry Red Records]

7 Note de l'auteur
7

Mozart Estate - Pop-Up ! Ker-Ching ! And The Possibilities of Modern ShoppingOn peut prendre le nouveau disque de l’ancien Felt, Lawrence, comme un opéra rock sur la pauvreté en Angleterre. C’est un peu la seule façon de (bien) recevoir ce petit bijou burlesque, surréaliste et décalé, dont les sonorités synth pop et colorées feront fuir tous ceux qui ont un jour adoré les disques de son premier groupe mais qui transportera les autres (s’il en reste) dans un univers très anglais où la satire est permanente, sensible et émouvante.

On ne découvre pas aujourd’hui (Denim, Go Kart Mozart) à quel point Lawrence a poussé loin le délire synth-pop, défiguré ces pop songs par l’emploi de synthés vintage et de sonorités space-toc. Il était de bon ton ces vingt dernières années de chercher les « belles mélodies » et les « fulgurances » sous un écrin souvent répugnant et qui nous ramenait parfois au pire des années 80. A force de persévérance, d’abnégation et d’aveuglement, Lawrence aura réussi à nous faire croire qu’on pouvait encore faire de belles choses avec ces instruments là et que c’était ainsi, et même si plus personne ne faisait cela depuis trois décennies, qu’il décrocherait peut-être la clé du succès populaire.

A cet égard, la nouvelle incarnation du groupe, baptisée Mozart Estate, livre avec ce Pop-Up Ker-Ching and The Possibilities of Modern Shopping un disque monstrueux (16 titres) qui peut être interprété comme la réalisation du rêve musical de son auteur. On s’engage ainsi dans le programme concocté par Lawrence avec appétit et entrain, portés par les réussites impeccables que sont I’m Gonna Wiggle ou Relative Poverty. Les textes sont enlevés, justes, hilarants. La musique est enthousiasmante, régressive mais aussi traversée d’échos rock, prog rock, purement pop voire relevant d’un burlesque qu’on croirait hérité de Kurt Weill. Mozart Estate varie les registres, les tons, apaisé sur le superbe Lookin’ Thru Glass, hymne au rêve de propriété dont on peut goûter le texte sur chaque mot :

I’m looking through glass at the things I’ll never have
And the things that I’ll never own
I’m dreaming of sleeping in a king-sized bed
In a flat I can call my home
I’m looking through glass at the things I’ll never have
And the things that I’ll never own
I’m dreaming of sleeping in a king-sized bed
In a flat I can call my home

Le cabotinage est élevé au rang d’art suprême pour décrire le ridicule attrait de la marchandise, la situation de frénésie qui s’empare du consommateur devant les étals à 1 euro/1 livre d’un Poundland qui fait vraiment penser à l’Opéra de Quat’Sous. Four White Men In A Black Car (une variation sur les quatre cavaliers de l’apocalypse) est excellent et énigmatique, Pretty Boy est un conte formidable sur un micheton (?) à l’amour (homo) contrarié et on continue ainsi de titre en titre.

On se heurte malheureusement à mi-album à un petit effet de lassitude face à ce son atypique et qui renvoie à un autre âge. Notre enthousiasme décline avec I Wanna Murder You plus mécanique et l’enfantin et rigolo Vanilla Gorilla. L’approche sociale est moins tenue, voire carrément escamotée, et le disque s’offre des détours psychédéliques dans une veine presque floydienne moins évidentes à suivre (And Now The Darkest Times Are Here). On trouve ainsi à côté d’authentiques bonnes chansons comme Flanca For Mr Flowers, When The Harridans Came To Call (qui revient sur une probable descente d’huissiers au domicile de l’artiste) ou encore Honey, des titres moins intéressants comme Doin’ The Brickwall Crawl, danse hystérique et criarde, ou le final Before and After The Barcode, en pilotage automatique rétro-pop. Le disque perd son propre fil et retombe dans la dispersion/divagation qu’on avait déjà soulignée sur Mozart’s Mini-Mart, son prédécesseur.

Pop Up ! Ker-Ching… aurait pu être le plus jouissif et détonnant des disques subversifs. Il touche souvent juste mais dilue parfois son intention dans un manque de concision et d’auto-contrôle qui reste le talon d’Achille du chanteur. Il  n’en reste pas moins une belle réalisation exotique, engagée et fantaisiste à la fois.

Tracklist
01. I’m Gonna Wiggle
02. Relative Poverty
03. Lookin’ Thru Glass
04. Poundland
05. Four White Men In A Black Car
06. Pretty Boy
07. I Wanna Murder You
08. Vanilla Gorilla
09. And Now The Darkest Times Are Here
10. Pink and The Purple
11. Flanca for Mr Flowers
12. When The Harricans Came To Call
13. Honey
14. Record Store Day
15. Doin’ The Brickwall Crawl
16. Before and After The Barcode
Liens

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