Trent Reznor & Atticus Ross / Mank Original Motion Picture Soundtrack
[Null Corporation]

5.2 Note de l'auteur
5.2

Trent Reznor & Atticus Ross - MankDans un blind-test, il faudrait être vraiment très fort pour attribuer la paternité de cette BO à Trent Reznor et Atticus Ross. Le duo est omniprésent en cette fin d’année, signant à côté de Mank, qui prolonge leur collaboration avec le réalisateur David Fincher (amorcée avec The Social Network, pour laquelle ils ont reçu un Oscar), la BO du non moins attendu (et remarquable) Soul sur laquelle on reviendra sûrement. Pas la peine d’essayer de relier ce travail qu’on imagine aussi lucratif que passionnant de Reznor à ce qu’il fait au sein de Nine Inch Nails, pas plus qu’on ne trouvera ici de traces spécialement expérimentales ou… industrielles. La singularité des travaux de Reznor et Ross est d’ailleurs qu’ils n’en ont pas, chaque BO semblant écrite par des types différents et qui embrassent, à chaque fois, un univers ou des codes d’écriture nouveaux. C’est le principe de la BO évidemment que de commander aux compositeurs une copie vierge et écrite spécialement pour illustrer un film dont le genre, la durée, l’énoncé même sont variables. Mais il arrive souvent qu’à force de suivre des compositeurs de film en film, on puisse reconnaître sans trop de mal leur identité, leurs tics (la composition de films est une affaire de tics avant tout), ce qui n’est en aucune façon le cas de Reznor et Ross, tantôt modernes et délicats (Gone Girl), tantôt plutôt pétillants et solennels (The Social Network) et cette fois-ci étonnamment rétro et presque conservateurs dans leur approche.

Comme le film, la BO fonctionne autour d’une reconstitution : reconstitution historique d’un âge d’or fantasmé mais ayant existé, souligné de noir et blanc pour la prise de distance mais qui  bout sous le tempérament et les intrigues des protagonistes. Comme Mank le film, la BO est imprégnée de l’époque, de politique, de vie, de tabac et d’espaces enfumés, de haines recuites et d’ambitions. Elle sonne et résonne couleur et histoire locale en étant dominée très largement par le jazz typique des années 30 et des musiques telles que le foxtrot ou le swing qui, s’agissant de ces dernières, ne nous ont jamais passionnés et qui, dans le cadre du film, ne servent finalement qu’à bâtir un décor pour l’oreille, attendu et sans surprises.

C’est la principale faiblesse de cette grosse heure et demie signée Ross/Reznor, elle est de dominante illustrative et ne parvient jamais à dire beaucoup plus que ce qu’on s’attendait à entendre d’une musique de film de ces années là. La BO s’organise du reste en plus de 50 plages pour 90 minutes de musique, ce qui en dit long sur son découpage et sur sa capacité à construire des thèmes. Quand on agit dans ce registre là, difficile de marquer les esprits.

Alors, oui, les arrangements sont magnifiques et on est souvent bluffés par la qualité et la vivacité des compositions mais ce n’est pas suffisant pour passionner. Quelques pièces au début notamment soulèvent pourtant un généreux effet waouh comme le magnifique Welcome to Victorville, par lequel on ressent presque dans son coeur cette plongée soudaine dans cet univers si cinématographique que celui que décrit Fincher. Sur quelques plages, le duo paraît jouer avec la fraîcheur, l’allégresse naturelle et la classe/grâce limpide d’un Bernard Hermann, usant de l’orchestration, des instruments à vent et des cordes, pour dégager cette idée d’immersion dans cette faune atypique et inspirer une sorte de souffle épique ou romantique naïf à l’ensemble. San Simeon Waltz est à cet égard une pièce très très réussie, dominée par le piano et parfaite pour décrire le sentiment amoureux.

Pour le reste, la BO est plus soignée et techniquement parfaite qu’inspirée, alignant des morceaux qui sonnent comme des standards mais ne font pas lever la tête ou n’attirent pas l’attention sur eux. C’est probablement une qualité que la BO soit juste en phase avec le film et se fonde pour ainsi dire dans le décor. Mais on sait que les BO les plus marquantes font un peu plus que cela, elles agissent sur le film, l’accompagnent, l’accélèrent ou le freinent au point d’en intensifier les émotions, de les sublimer ou de les détourner/souligner légèrement.

Heureusement pour le film, Fincher dynamite notre représentation des années 30 par son scénario et la puissance noire de ses personnages. Ceci explique peut-être cela. Il n’a aucunement besoin que la BO en rajoute dans la subversion du mythe, aucunement besoin qu’elle se distingue et crée de la divergence. Peut-être a-t-il demandé, au contraire, qu’elle soit la moins surprenante et la moins signifiante possible. On spécule, même si cela condamne cette BO à ne compter que pour du beurre. Sauf à être fan de swing et de foxtrot, de tchatcha et de ces machins, il vaudra mieux ne pas y revenir séparément. Ce n’est pas pour sa musique qu’on se souviendra du film, si on doit s’en souvenir.

Tracklist
01. Welcome to Victorville
02. Trapped!
03. All This Time
04. Enter Menace
05. First Dictation
06. A Fool’s Paradise
07. Once More Unto the Breach
08. About Something
09. Glendale Station
10. What’s at Stake?
11. Every Thing You Do
12. Cowboys and Indians
13. Presumed Lost
14. (If Only You Could) Save Me
15. Means of Escape
16. All This Time (A White Parasol)
17. M.G.M.
18. A Respectable Bribe
19. I, Governor of California
20. A Leaden Silence
21. San Simeon Waltz
22. Time Running Out
23. Mank-heim
24. Lend Me a Buck?
25. You Wanted to See Me?
26. In Your Arms Again
27. The Dark Night of the Soul
28. Clouds Gather
29. Way Back When
30. An Idea Takes Hold
31. Marion’s Exit
32. Absolution
33. Scenes from Election Night
34. Election Night-mare
35. All This Time (Dance Interrupted)
36. All This Time (Victorious)
37. I’m Eve
38. A Rare Bird
39. Look at What We Did
40. Menace Returns
41. Forgive Me
42. Final Regards
43. Where Else Would I Be?
44. The Organ Grinder
45. All This Time (Not No More)
46. Costume Party
47. Dulcinea
48. Shoot-out at the OK Corral
49. The Organ Grinder’s Monkey
50. An Act of Purging Violence
51. All This Time (Happily Ever After)
52. A Rare Bird (Reprise)
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