Benjamin Wallfisch / Mortal Kombat Original Motion Picture Soundtrack
[Water Tower Music]

8 Note de l'auteur
8

Benjamin Wallfisch - Mortal Kombat Original Motion Picture SoundtrackLa probabilité qu’un réalisateur fasse un jour un bon film d’après le jeu vidéo Mortal Kombat diminue  adaptation après adaptation, même si celle réalisée par Simon Mc Quoid (et c’est déjà en soi un exploit) se situe parmi les tentatives plus qu’honorables, l’Américano-Australien livrant un divertissement certes médiocre mais digne et pas totalement dénué de qualités cinématographiques. Produit par James Wan, Mortal Kombat n’a rien d’original par rapport à ses prédécesseurs mais se signale par des moyens financiers au-dessus de la moyenne qui permettent de contourner l’effet X-Or sur sa droite et de rémunérer correctement (on l’espère) le compositeur Benjamin Wallfisch qui signe un score beaucoup plus intéressant que le film lui-même.

Cela fait un moment qu’on se demande si le chef d’orchestre et musicien anglais n’est pas tout simplement l’avenir de la BO en marche. Agé de 41 ans, Wallfisch a des parents et des grands-parents (sa grand-mère, pour l’anecdote, faisait partie de l’orchestre d’Auschwitz) musiciens professionnels et il a été exposé, comme presque tous les compositeurs, aux codes de la grande musique dès l’âge d’un an. C’est une constante chez les grands compositeurs : avoir tutoyé la grande musique pour en proposer une plus petite, plus simple (la musique de film) qui, comme la pop, s’en inspire pour en restituer l’émotion. Wallfisch fait partie de ces prodiges et a désormais suffisamment de travaux derrière lui (Shazam, Ca, The Invisible Man, entre autres) pour qu’on reconnaisse assez rapidement son style, même quand il s’agit d’exécuter une commande aussi ingrate que la BO de Mortal Kombat.

Wallfisch entre dans le vif du sujet en proposant comme il se doit à l’ouverture une nouvelle variation sur le thème culte de la franchise, Techno Syndrome 2021. Le résultat est une tuerie qui donne un coup de jeune au thème de The Immortals de 1994. Ce n’est que le début d’une variation sur la thématique de la baston qui est excellente de bout en bout. Pour ceux qui ne connaissent pas le jeu, celui constitue en une suite de combats homme à homme, développant diverses techniques d’arts martiaux. Le film se tient au cahier des charges en enveloppant les duels dans un scénario minimaliste : le héros et sa famille sont traqués par les bandits Japonais emmenés par Sub-Zéro et le gentil doit aller à la rencontre des combattants sympathiques qui défendent la Terre contre l’Outre-Monde pour comprendre pourquoi et lever la menace. Bref, Wallfisch excelle ici à la fois dans les scènes de combat qu’il illumine de manière variée, explosive et pleine de suspense mais aussi dans les scènes de transition qui, pour rester dans un univers musical vaguement asiatique, se situent bien au dessus de ce qu’a pu proposer Tom Holkenborg sur Godzilla vs Kong.  Les cinq minutes et quelques de Hanzo Hasashi sont magnifiques, intenses, profondes et tristes à la fois. Ce sont souvent les cordes qui font la différence chez Wallfisch mais il ne refuse jamais une utilisation chorale des voix qui peut rappeler les techniques du génial Kenji Kawai. Sur Lord Raiden, juste à la suite, Wallfisch transforme une jolie balade en campagne en un crescendo épique éblouissant, amenant avec des percussions en grappe, puis en salve, les enjeux à s’élever un par un. Du point de vue technique, c’est à chaque fois très bien fait mais on sait que les instants de vérité de ce genre de score sont les morceaux explosifs et brutaux qui illustrent les combats. Dans ce registre, le compositeur anglais mise tout ou presque sur la clarté d’exposition, une sorte de fluidité qui contre l’effet de chevauchement wagnérien utilisé habituellement sur les scènes d’action. Ainsi, on ne peut pas dire qu’il fasse dans la dentelle mais sans que cela paraisse non plus surjoué ou délibérément excessif. Sur Kano vs Reptile, les temps du combat sont respectés pas à pas et l’on entend distinguement les coups et les courses de replacement. C’est plutôt du bon boulot. Tout ce qui ne relève pas du combat consiste à présenter une litanie de personnages, sans forcément avoir le temps d’installer des thèmes distinctifs pour chacun. C’est la limite du scénario et de la BO elle-même, ce qui n’empêche pas Wallfisch de soigner certaines séquences. On aime la générosité du thème de Cole Young, le héros, mais aussi beaucoup une pièce comme Liu Kang pour son équilibre et cette idée de quête qu’elle illustre. L’entrée du méchant, Sub-Zero, est assez magistrale, sombre et heurtée, parsemée de synthétiseur, mais finalement plus paisible et moins brutale qu’on n’aurait pu la concevoir. Wallfisch tente de rendre hommage au personnage qui s’il n’a pas l’intensité d’un Dark Vador n’est pas aussi idiot que dans le jeu vidéo. Son hommage étoffe la psychologie du combattant qui en a bien besoin.

Ce qui fait la qualité de la BO dans son ensemble, c’est le fait qu’elle se refuse à fonctionner de manière trop manichéenne et accueille au sein de morceaux avec des cuivres des séquences à cordes plus lentes et vice versa. La composition de Wallfisch n’est jamais simpliste et offre à l’exemple du terriblement efficace Sub-Zero vs Cole Young d’excellents moments de musique. Pour dire la chose, écouter la musique sans voir le film ou l’avoir vu du tout ne permet pas vraiment d’imaginer ce qui se passera sur l’écran comme si la musique avait ses finalités propres, sa vision propre. Wallfisch ne joue pas la carte de l’évidence et du purement illustratif. Il dit des choses à la périphérie de l’image, approfondit les personnages et raconte sa propre histoire. C’est ce qui fait de cette BO une réussite quasi complète.

Tracklist
01. Techno Syndrome 2021 (Mortal Kombat)
02. Hanzo Hasashi
03. Lord Raiden
04. Bi-Han
05. Shang Tsung
06. Cole Young
07. Birthmark
08. Sonya Blade
09. Kano v Reptile
10. Liu Kang
11. The Great Protector
12. Sub-Zero
13. Kung Lao
14. Origins
15. Kabal
16. Goro
17. Arcana
18. Jax Briggs
19. The Void
20. The Tournament
21. Sub-Zero v Cole Young
22. I Am Scorpion
23. We Fight as One
24. Get Over Here
Écouter Benjamin Wallfisch / Mortal Kombat Original Motion Picture Soundtrack

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