Tim Linghaus / Memory Sketches II
[1631 Recordings / Schole Records]

8 Note de l'auteur
8

Tim Linghaus - Memory Sketches IIOn a probablement utilisé trop de mots l’an dernier pour décrire les musiques instrumentales. Trop de mots, trop d’images et pas assez de silence. C’est la réflexion que nous inspire l’écoute de ce Memory Sketches II de Tim Linghaus, sorti en toute fin d’année 2021, et dont l’économie magnifique nous invite à la fermer un peu et à mettre notre sens du spectacle et de l’exagération sous l’éteignoir.

Chez Schole Records comme le précédent, sorti en 2018, Memory Sketches II est un disque strictement instrumental porté par le mélange de l’électronique/synthétique et de l’organique. Le clavier/piano domine mais on y trouve aussi des traces de saxo et quelques cordes. Que dire de plus quand on a dit ça, c’est à dire à peu près rien ? Il suffit en réalité d’écouter et de « laisser le charme agir » pour se rendre compte ce qu’il y a de beau et de bien dans cet album. Tim Linghaus y atteint, en toute simplicité et sans que cela saute aux oreilles ni ne trouble le morne cours de nos existences, la quintessence de son projet artistique et musical. L’ambition du disque est de saisir en musique ce qu’on a coutume d’appeler, en philosophie et dans l’art en général, des « épiphanies », ces moments de bascule (pas forcément dramatiques ou accidentels) qui éclairent et donnent sens à la vie. Cela passe parfois par un regard magique, une rencontre, un moment, un mot ou un son. Ce sont ces épiphanies que le piano de Linghaus tente de débusquer au détour des pièces qui composent ce nouvel album.

Memory Sketches II entend extraire ces instants du tréfonds de la mémoire : la nôtre, et celle du compositeur. Dire que ça marche à tous les coups serait exagéré. On en sait rien après tout : est-ce que tout ceci a un effet sur chacun ? Lequel ? Est-ce que nous les avons tous en stock, nichés au même endroit ? Est-ce que la mémoire est d’origine biologique ou tout à fait autre chose ? Est-ce le corps qui conserve la trace de ses emplacements ? Est-ce que tout un chacun peut y accéder gratuitement et aussi simplement que ça : en écoutant du piano, en lançant quelques perches à l’assaut de l’oubli et du temps. Le disque de Linghaus n’est pas un foutu disque d’intello ou même de musique classique. On peut oublier qu’on l’écoute quand on l’écoute : il s’efface parfois pour laisser la place à nos propres pensées. C’est peut-être juste ça l’idée : le suivre, puis le lâcher, y revenir, creuser, reboucher, excaver, mettre à nu et puis remettre le couvert pour passer à autre chose, danser, s’ennuyer.

Cette école répétitive exprime peu ou prou toujours la même chose. C’est un fait. Ces mecs sonnent tous pareil en apparence. On les reconnaît au premier accord pourtant. Ils ont aussi tous leur personnalité, leurs manies, leur façon d’y aller ou pas. Linghaus est lent et romantique. Il est Allemand. On aime son refus de hausser le ton, d’utiliser tous ses doigts, de nous donner ce qu’on attendrait à la fin : une clé, un trait de lumière, le rose aux joues. Linghaus nous laisse à chaque fois en plan, là, comme des imbéciles rendus soudainement intelligents et conscients d’eux-mêmes et qui ne savent pas quoi faire de ce pouvoir nouveau.

L’album est magnifique. Mais on a (presque) rien à en dire. Est-ce grave ?

Tracklist
01. Running To School With S
02. What Begins Must Also End
03. Sommersturm
04. Repetitive School Daydream Sequence Part XII (Loud Youth, Quiet City)
05. Wild Dandelion
06. Aspirations and Rear Seats
07. Meet Me At Cemetery Hill
08. Repetitive School Daydream Sequence, Part IX (Obliterating Death In A Cosmic Environment)
09. Because You Were The Universe
10. Maybe More Than You Knew
11. Humming While You’re Driving
12. Repetitive School Daydream Sequence, Part VII (Skipping Maths with S)
13. We Were Made For Waving Into An Indefinite Future
14. Vergissmeinnicht
15. In The Swirling Bubbles of The Lake I Saw Bonds and Molecules
16. Repetitive School Daydream Sequence, Part V (Soaring to The Ceiling of The Assembly Hall, Teary Eyes)
Liens
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

More from Benjamin Berton
Day One / Intellectual Property
[Society of Sound Music]
Un trou noir, disait-on il y a près d’un an et demi...
Lire la suite
Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *