Viagra Boys / Welfare Jazz
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8.5 Note de l'auteur
8.5

Viagra Boys - Welfare JazzAttitude et bonne musique : voilà ce sur quoi le rock repose. Et à ce jeu là, les Viagra Boys ne sont pas loin d’être le groupe le plus cool et prometteur de la planète. Depuis leur découverte avec l’imparable Sports et leur premier album Street Worms, à peine moins spectaculaire que les tatouages de son leader Sebastian Murphy, les Suédois incarnent la relève du punk, de l’indie rock, vivace, qui bouscule et se moque de tout, la relève du rock bruyant, crado, un peu camé, et engagé pour une autre politique. Tout n’est pas parfait chez ces types là mais on est pas loin du compte si l’on considère qu’un mélange de la Fat White Family et de Ian Dury and The Blockheads est ce qu’il y a de mieux pour affronter le monde pourri qui vient.

Leur deuxième disque, Welfare Jazz, ne fait que confirmer ce qu’on espérait : les Viagra Boys sont l’avenir et peuvent être écoutés comme une nouvelle religion, trask, punk et en même temps assez fréquentable, puisqu’ils prennent soin (finalement) de ne jamais dépasser les bornes. Leur rock est incendiaire, foutraque, passionnant, débridé, mais aussi sophistiqué, intelligent, drôle et tout à fait présentable et inoffensif si vous avez des parents ou des grands-parents qui aiment le rock électrifié. Aint’ Nice qui ouvre le bal est exactement ce qu’il nous faut. Un titre génial, avec des guitares, de l’électro et du saxo. La musique est punk mais le propos n’a rien de scandaleux puisqu’il raconte juste l’histoire d’un gars qui tanne sa nana pour pouvoir ranger tout son bazar dans ses placards.

You can have me if you want me
All I need is a little shrimp money
I need to pay for all the shit in my closet
I need a place to put all my electronics
Ain’t nice
I ain’t nice

De la part d’un ancien camé et clodo des rues, on aurait pu s’attendre à une conception un peu plus aventureuse du bad boy mais les Viagra Boys sont gentils et amicaux. Sur Creatures, Murphy règle sa voix en mode velours pour un titre canaille qui fait écho au JoyRiders de Pulp pour décrire l’outremonde où naviguent les casseurs, les freaks et les losers dans son genre. La chanson est assez académique mais rendue intéressante par une production complexe et un chant à la limite de la rupture. “We are the creatures down at the bottom.” D’aucuns diront que les Viagra Boys surjouent leur rôle et ils n’auront pas tort mais ce ne sont pas non plus les premiers à en rajouter dans la menace et l’origine douteuse.

Musicalement, le saxophone est utilisé pour pousser la structure rock dans ses retranchements. On se marre franchement sur le second degré Girls and Boys qui mêle gars, filles et drogues dans une sorte de descente aux enfers folklorique. A l’image de ce morceau, tout n’est pas du meilleur goût et il y a des titres tels que I Feel Alive qui relèvent presque de la commedia dell’arte. Le mélodrame est partout. Le punk est un théâtre d’indécence et les Viagra Boys s’y trémoussent comme s’ils affichaient en permanence une distance entre leur personnage, leur musique et eux.
Sur In Spite of Ourselves, le groupe se transforme encore pour se glisser dans la peau d’un combo blues, évoluant avec la voix des Chipmunks. La rythmique est pesante et les influences americana revendiquées, pour un titre qui sonne comme une formidable réclamation de liberté. C’est dans ce registre débridé, dégagé de toute entrave que le groupe propose ses chansons les plus fortes. In Spite of Ourselves est passionnant, tout comme l’est l’horrifique déclaration d’amour de Into The Sun. Sur une pulsation minimaliste, Murphy chante comme un Joe Cocker défoncé pour regagner l’amour de sa nana. Chanson de conquête, de rédemption et de rupture, la pièce est remarquable, touchante et déglinguée.

If you don’t want anything to do with me now
Then there ain’t no reason for, for me to stick around
I’ll pack all my things and I’ll head to the next town
I’ll stop all my ramblin’, try to settle down
I know that it’s over, babе, this much I can see
But I promise I’ve changed a lot, I’vе destroyed the old me
But if somehow you got a little love for me left
Well, join me tomorrow and we’ll ride off into the sunset

Des chansons de ce calibre, Welfare Jazz nous en réserve quelques unes. To The Country lorgne dans les mêmes eaux blues/folk et s’impose comme la meilleure chanson de Bruce Springsteen qu’on a entendue depuis quinze ans. Toad est une tuerie rockabilly tendue entre le souvenir d’Alan Vega et celui de Jerry Lee Lewis. On pense aussi au fabuleux Panther Burns de Tav Falco qui proposait ce même mélange de fusion de la Nouvelle Orléans, de rock traditionnel et de punk, une musique sauvage, sanguine, jouée à mille à l’heure mais qui gardait un charme et une séduction animale sur chaque note feulée par le crooner. Avec l’instru magistrale de 6 Shooter, on tient une autre pépite et l’impression d’être balayé par une foutue tornade.

Pas certain que Welfare Jazz soit le plus cohérent des disques mais il dégage une telle impression de force, d’énergie et d’urgence, qu’il emporte tout sur son passage. On peut s’arrêter sur les petits défauts, faire la fine bouche ou bien s’y engager avec l’appétit des pionniers pour la nouveauté, la violence, la barbarie érotique. Tout y est : la mauvaise foi, le goût pour le n’importe quoi et la rage au ventre. Ces types sont juste sales comme il faut. Il est plus probable qu’ils ne vieilliront pas bien. Mais en l’état, ils ne sont pas loin d’incarner ce qui se fait de mieux et de plus excitant. Pensez à protéger vos filles, à enterrer vos ados. Il n’y a rien de tel que de jouer à se faire peur. C’est à peu près tout ce qu’il nous reste.

Tracklist
01. Ain’t Nice
02. Cold Play
03. Toad
04. This Old Dog
05. Into The Sun
06. Creatures
07. 6 Shooter
08. Best in Show li
09. Secret Canine Agent
10. I Feel Alive
11. Girls and Boys
12. To The Country
13. In Spite of Ourselves
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2 Comments

  1. says: daniel

    J’ai également* la chance d’avoir vu le groupe deux fois en concert dans des conditions privilégiées ( dans un bar et dans une piscine en Suisse …) et j’ai été littéralement soufflé par le charisme de Sebastian ( le chanteur ) . J’ai vu un grand nombre de concerts mais j’ai rarement été aussi impressionné par de telles prestations . Ca n’est pas travaillé ni maîtrisé , c’est vraiment inné chez lui .
    ( * : c’est mon deuxième commentaire de la journée . le précédent portait sur votre article à propos de Motorama).

    1. Vus une seule fois à Paris il y a 2 ou 3 ans maintenant et c’était une foutue tornade… quelque peu désordonnée à l’époque. Ce deuxième album me semble beaucoup plus riche que le premier. Plus ambitieux aussi.

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