Viagra Boys / Cave World
[Year 0001]

8.3 Note de l'auteur
8.3

Viagra Boys - Cave WorldUn an seulement après le chouette Welfare Jazz, les Suédois de Viagra Boys sont déjà de retour avec un Cave World, punk et chaud comme la braise, enregistré rapidement à partir de morceaux que le groupe avait en stock et pour lesquels Sebastian Murphy a intégralement repris les textes.

Au programme, un presque album concept, entendre un disque où le groupe se concentre de bout en bout sur les théories du complot et l’idéologie alt-right qui les a beaucoup marqués, divertis, effrayés et intéressés ces deux dernières années. Cave World (le monde des cavernes, littéralement) fonctionne comme une satire plutôt poilante et premier degré d’un univers alter où les vaccins sont pétris de composants mystérieux prêts à nous changer en esclaves, en singes ou en robots, et où tout est remis en cause et détourné pour servir des intérêts obscurs, religieux ou obscurantistes. Les chansons de ce disque dressent un portrait à charge de cette galaxie qui occupe une belle place sur Internet, chargeant tantôt sabre au clair, tantôt avec humour voire une certaine tendresse pour la crédulité des « types d’à côté » qui mordent à l’hameçon et font les beaux jours du continent américain. Disque d’actualité et de circonstance donc, pour un groupe qui écrit et joue plus vite que son ombre, répond à l’époque et fait vivre l’esprit d’outrance et de dérision de l’âge punk.

Les Viagra Boys, ce faisant, ne nous servent pas tant un pensum politique et engagé qu’une série d’épisodes assemblés à la va vite et qui agissent comme autant de dénonciations azimutées et de coups de poing dans la face. Cave World est un album qui ne se regarde pas penser et déroule son propos avec la joie, la grâce, l’insouciance et l’aspect un brin bordélique des meilleures créations punk.

Ca démarre fort avec un Baby Criminal impeccable, incandescent et carrément inquiétant où la dinguerie se joue au saxo et au cri de bête. On retrouvera cette frénésie et cette folie ambiante  sur l’assez génial Creepy Crawler et le joueur Troglodyte. D’autres chansons sont un peu moins subtiles voire carrément balourdes ou mainstream. C’est le cas d’un Punk Rock Loser assez commun ou d’un Big Boy mal écrit et mal fichu. Car avec ce genre de cahier des charges (disque en mode commando), il va de soi que les Viagra Boys n’ont pas trop le temps de s’arrêter sur ce qu’ils font et de peaufiner la matière première. Certaines chansons semblent encore en fusion, comme saisies sur le vif d’une créativité aigue et nourrie au grain (de morphine). C’est le cas de l’excellent Ain’t No Thief, très Fat White Family, mi-hip hop, mi-The Fall, mi Madchester en slip. Et ça fait évidemment trois demies pour un seul morceau. Rebelote sur le grand n’importe quoi The Cognitive Trade Off Hypothesis. On dirait un mélange de Super Furry Animals et d’ABBA sous ectasy. C’est con et bon à la fois, toujour stupide, souvent excellent.

Parfois, il n’y a juste pas assez de matière pour faire une vraie chanson. Mais on s’en fout un peu et on y trouve son compte : une ligne de synthé et une mélodie vocale suffisent à faire de ADD un truc plutôt cool à écouter. Le montage est serré avec quelques pièces intersticielles qui marchent plutôt bien et assurent le remplissage jusqu’aux morceaux de bravoure comme le space punk démentiel de Return To Monke. On est venus pour ça et on est pas déçus. La basse est dominante et le reste s’organise autour dans un désordre magnifique de discipline. Voilà une chanson qui vous fait l’été entier, une chanson qui n’y va pas par quatre chemins et qui tabasse le pavillon. Ces gars-là ne sont jamais meilleurs que lorsqu’ils donnent l’impression de ne pas avoir de limite. Return To Monke est une tuerie à ciel ouvert, un machin qui justifie chacune de ses 388 secondes.

Ceux qui s’appuieront sur ce disque pour commencer à dénigrer le groupe font fausse route. Viagra Boys n’est pas Radiohead ou The Smiths. Ils ne feront jamais d’albums parfaits ou propres ou tenus de bout en bout. Ils sont là pour mettre la merde et dessiner des aurochs avec de grosses burnes bleues au fond de la grotte. Ces types sont cons comme des Stooges authentiques, beaux comme des dieux torses nus.

Tracklist
01. Baby Criminal
02. Cave Hole
03. Troglodyte
04. Punk Rock Loser
05. Creepy Crawlers
06. The Cognitive Trade Off Hypothesis
07. Globe Earth
08. Ain’t No Thief
09. Big Boy
10. ADD
11. Human Error
12. Return To Monke
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