La Fat White Family est-elle encore le meilleur groupe d’Angleterre ?

Fat White Family - Serfs UpSorti il y a quelques jours, le premier morceau tiré du nouvel album de la Fat White Family s’appelle Feet et n’a laissé personne indifférent. Feet annonce Serfs Up! (un clin d’oeil sans doute au Surf’s Up! des Beach Boys), troisième album du groupe, prévu pour le 19 avril chez Domino Records. Nouvel album, nouveau label et une virginité retrouvée à travers un discours de communication qui clame haut et fort que le groupe a changé, est devenu plus mature, moins « abrasif » et a gagné en sagesse.

La page consacrée au disque sur le site Domino France en dit long sur l’ampleur du changement qu’on tente de nous vendre : le groupe s’est relocalisé à Sheffield où il a composé en toute confiance, dans son propre studio, et en se recentrant sur son noyau dur. Serfs Up! appelle un nouvel environnement sonore, un nouveau son, une nouvelle ambition, ce qui, lorsqu’on est fan d’un groupe connu pour ses excès, son extravagance et sa dimension punk est…. tout sauf rassurant. A cet égard, Feet annonce une transformation radicale du son du groupe à la hauteur de l’évolution de son imagerie. En 2013, Champagne Holocaust avait pour couverture un cochon tenant une faucille et un marteau, à poil et avec la bite qui pend. Serfs Up! a pour couverture un superbe paysage de montagne qui nous rappelle la majesté du Enturbulation=No Challenge de Desert Hearts il y a quelques années. Idiot sûrement de faire parler une pochette mais l’effet produit est très différent.

Feet est un titre excellent. Tout le monde ou presque s’accorde là-dessus. Il est dansant, séduisant même et ressemble au mélange entre un bon Spiritualized et une version mature et totalement maîtrisée des Stone Roses. Le chant est impeccable, la structure somptueuse et le développement du morceau impressionnant à lui tout seul. Le groupe montre avec ce titre qu’il connaît les codes du métier et sait développer sur 5 minutes 21 secondes une atmosphère à partir d’une mélodie efficace et de quelques idées de production. Côté textes, le groupe développe la même sobriété. Un homme accède aux pensées de sa compagne/son compagnon pendant qu’ils font (probablement) l’amour et découvre que tout n’est pas rose. Le clip affiche un Parental Advisory pour contenu explicite qui tient à la sensualité du morceau et à son refrain (Feet me now ! mmmm). Rien d’extravagant par rapport à ce qu’on a pu connaître avec ce groupe et même probablement des couplets plutôt sages par rapport au passé.

Feet impressionne par son ambition et son amplitude donc, confirme la qualité de songwriting du groupe mais marque une rupture musicale et d’engagement avec le groupe qu’on tenait jusqu’ici pour le meilleur d’Angleterre en activité. Sur Feet et même si la chanson est belle, on… s’ennuie un peu. Il manque de cette énergie rugueuse qui caractérisait le groupe, de cette étincelle dérangée qui les rapprochaient de the Fall et d’autres groupes réellement menaçants de cet acabit. Le son est limpide mais appauvri; l’énergie est mise sous cloche et l’ambition qui vient avec le développement du son ampute Fat White Family d’une partie de sa force de frappe et de son impact. Il ne faut pas entamer un procès avant l’heure et en faire des tonnes sur la foi d’un seul titre. Mais cette évolution qu’on a connue avec d’autres (Cloud Nothings par exemple, Wavves dans une moindre mesure) qui chante les loups en agneaux, les rageux en philosophes, est suffisamment spectaculaire pour nous inquiéter. On peut très bien tomber au final sur un album immense comme se retrouver avec une banalisation de ce qui était depuis 5 ou 6 ans l’une des machines de guerre (sociale et politique comprise) les plus radicales du rock actuel.

Ecrits aussi par Benjamin Berton

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[Domino Records]

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