Welcome Strawberry / Welcome Strawberry
[Too Good To Be True / Cherub Dream Records]

8 Note de l'Auteur
8

Welcome StrawberryQuand on passe ce genre de disque pour la première fois, on a beau connaitre la raison par cœur et l’avoir déjà évoquée ici 100 fois, on ne peut s’empêcher de se poser la question de ce qui pousse deux jeunes gens d’Oakland, Californie, à se mettre à jouer une musique à ce point estampillée « années 1990 ». L’avertissement est donc une nouvelle fois de rigueur : allergiques aux grosses cavalcades bruitistes, passez votre chemin. Welcome Strawberry, premier album éponyme de Welcome Strawberry est un condensé de noisy pop académique que sortent en ce début d’automne les américains de Cherub Dream Records pour la version cassette et les brestois de Too Good To Be True pour un CD présenté dans une livrée encore une fois remarquable grâce notamment aux collages de Morgan Cuinet, co-fondateur du label bisonto-londonien et designer attitré des sorties de Hands In The Dark. La noisy pop ou shoegaze, un style qui a ses adeptes inconditionnels qui n’hésitent pas à se plonger inlassablement dans des productions que l’on croirait sorties d’une autre époque, que l’on jurerait avoir déjà entendues sous d’autres noms et qui pourtant, de façon un peu surnaturelle, magique, s’impose malgré tout comme une évidence. S’il n’y a comme souvent rien à attendre de franchement révolutionnaire dans une telle sortie, c’est bien que l’essentiel est ailleurs.

C’est comme les saisons : qui se lasse de retrouver tous les ans les couleurs de l’automne ? L’endroit est le même ; on a beau changer légèrement de point de vue, d’heure, de compagnie parfois, l’émerveillement reste identique et ce depuis des dizaines et des dizaines d’années. Est-ce à dire que Welcome Strawberry ne passera pas la saison ? C’est possible même s’il reviendra à chacun de se faire son idée. La musique est une chose tellement intime qu’il est à peu près certain que sur cette terre, quelques personnes en feront un des disques de leur vie pour ce qu’il leur aura apporté à cet instant T si particulier. Pour les autres, il sera le compagnon plus ou moins durable de quelques moments privilégiés quoique peut-être éphémères, peu importe. Mais un compagnon agréable à n’en pas douter car ce qui est certain, c’est que Welcome Strawberry, dans son genre, est un disque plutôt réussi.

Un fois ce parti-pris accepté au préalable (il sera inutile de venir se plaindre), force est de constater que Cyrus Vanderberghe et Daniel Baylis ont mis dans ces 11 titres tout leur savoir faire musical et technique en ne reniant, vous l’aurez compris, aucune de leurs influences, y compris chez les seconds couteaux du mouvement. Si le petit jeu du name-dropping pourrait fonctionner à chaque titre (ah, ce riff… ah, ces congas psyché…, ah, cette batterie chaloupée…), mieux vaut retenir la dynamique d’ensemble qui lie les morceaux de l’album du début à la fin dans une étonnante cohésion. Comme le veut le cahier des charges du genre, chaque titre est porté par une mélodie entrainante soutenue par des refrains la plupart du temps bien enlevés. La voix de Cyrus Vanderberghe, vaporeuse à souhait, est étayée sur la plupart des titres par la présence féminine de quatre copines venues ici ou là s’occuper des chœurs et des dédoublements masculin/féminin qui fonctionnent parfaitement dans une approche mélancolico-amoureuse propre au genre, surtout quand il s’assagit et glisse, le tempo ralenti, vers une dream pop parfaitement maitrisée (You In Your Rare Ugliness). La rythmique est franche et solide, entrainant la plupart des morceaux dans des échappées maitrisées, ni trop rapide, ni trop lente, parfaite pour tenir la distance sans fatiguer personne tout en s’accordant, toujours un peu comme il se doit, en milieu de disque avec Sluggo + Magenta une pause bien méritée.

Tantôt lorgnant vers les tourbillons psychédéliques (The World Is Derived From Pleasure, Harvest Apartments, Cant’ Fall), tantôt plus cotoneuse, rêveuse et romantique (Prettier Than You, Rebecca), la pop bruyante de Welcome Strawberry parvient toujours à accrocher l’oreille et même parfois à surprendre. The Stream Guides Me Along avec son intro discoïsante, ses guitares acérées et son refrain presque poppy propose une hybridation plutôt convaincante tandis que Hooted Ooraloo en proposant une approche moins bruyante offre au groupe et à l’auditeur une intéressante perspective un peu décentrée par rapport à la teneur générale du disque. Mais c’est sur Theme For June, malgré sa longue introduction de guitares façon Isn’t Anything que l’on retrouve le duo se lançant dans une chouette balade soutenue et sautillante, l’esprit plus libre et clair, pour finir par s’imposer comme le petit morceau de bravoure d’un disque tout à fait en mesure de vous faire frissonner.

Disque au tirage limité, conscient de sa portée underground, Welcome Strawberry ne cherchera pas à convaincre celle et ceux qui n’ont jamais été convaincus mais ravira sans aucune difficulté les inconditionnels d’un genre dorénavant installé dans le temps. Mieux, il ouvrira aux novices des portes inconnues en dressant un panorama assez complet du genre mais qui prend surtout ici une allure promotionnelle véritablement attrayante. Ça n’était peut-être pas l’effet recherché mais à défaut de se montrer franchement innovants et aventureux, Cyrus Vanderberghe et Daniel Baylis avec ce premier album sous le bras se font de parfaits ambassadeurs de cette marque plus que trentenaire. Une boite qui survivra à toutes les crises.

Tracklist
01. The World is Derived From Pleasure
02. No One Online
03. Prettier Than You
04. The Stream Guides Me Along
05. You in Your Rare Ugliness
06. Sluggo + Magenta
07. Hooted Ooraloo
08. Theme for June
09. Harvest Apartments
10. Can’t Fall
11. Rebecca
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