Wild Nothing / Life Of Pause
[Captured Tracks / Bella Union]

Wild Nothing - Life Of PauseAlors que Charlie Hilton roucoule sans sa Blouse et que DIIV bande ses muscles pour conjurer ses errements addictifs, Wild Nothing préfère célébrer l’amour en publiant Life Of Pause quelques jours avant la Saint-Valentin (avec une offre promotionnelle pour les amoureux qui veulent offrir le disque à leur moitié). Le valet de cœur complète ainsi le parfait brelan de l’écurie Captured Tracks de ce début d’année.

La mèche bien coiffée, la barbe méticuleusement taillée, le regard perdu au loin, un look élégamment négligé et la posture légèrement tourmentée : Jack Tatum a tout du parfait romantique, du garçon un peu différent, lunaire, capable de captiver par sa culture révélée d’une voix douce et qui préfère observer les autres dans un coin plutôt que d’être sous la lumière pour faire le show. Typiquement le genre de gueule d’ange qui fascine les jolies filles et qu’on aimerait écraser sur un terrain de sport. Rien d’étonnant donc que dans son bled de Virginie, il se soit réfugié dans l’apprentissage des canons de la twee-pop britannique et qu’il connaisse à la perfection les préceptes de la C86 (d’ailleurs, il a rendu hommage à The Wake sur un tribute partagé avec les copains Beach Fossils). Avec ces deux premiers albums, Gemini (2010) et Nocturne (2012), il avait ainsi su séduire tous les fans de Sarah Records et de Felt.

Mais à l’heure du troisième album, l’Américain a semble-t-il éprouvé le besoin d’assouvir de nouvelles ambitions. Oh, Life Of Pause ne sonne pas l’heure de la rupture : si révolution il y a, elle est de palais, elle se joue dans les alcôves feutrées et les chuchotements qui font frémir la rumeur. Wild Nothing a juste étoffé le son, en glissant moult détails plus (les marimbas de Reichpop) ou moins saillants (des chœurs tellement discrets qu’il faut une écoute au casque pour les entendre), en appuyant sur les arrangements aux synthétiseurs (eux sont par contre, omniprésents sur l’album) et en forçant – un peu – certaines lignes de guitares ou une rythmique plus soutenue. Tatum y gagne en efficacité (Japanese Alice, franc et concis comme The Pastels, le single sautillant Tv Queen, entre autres) ce qu’il perd en fragilité. Certaines chansons souffrent ainsi de ce régime un peu trop riche : c’est très bien fait, toujours agréable à écouter, souvent d’une évidence mélodique irrésistible, mais un peu trop policé pour laisser expirer les troubles d’une adolescence romantique révolue qu’il sait si bien raviver. On espérerait presque que le bonheur et la réussite fuient Jack Tatum et que le quotidien le plonge dans la tourmente et l’errance des sentiments.

Tracklist
01. Reichpop
02. Lady Blue
03. A Woman’s Wisdom
04. Japanese Alice
05. Life of Pause
06. Alien
07. To Know You
08. Adore
09. TV Queen
10. Whenever I
11. Love Underneath My Thumb
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