William Rouached : le Ed Sheeran Chti fait-il le poids ?

William Rouached

Dans le film Yesterday de Danny Boyle, sorti en 2019, un jeune chanteur pop se réveillait soudain, suite à un accident, dans un monde où les Beatles n’avaient jamais existé. Déconcerté puis roublard, il transformait son numéro de guitariste et chanteur pop maladroit en un cover band des plus belles pièces du répertoire de Lennon et Mc Cartney et finissait par en imposer, lors d’un “plus que caméo” déroutant, à un Ed Sheeran interprétant son propre rôle.

A l’écoute de Chaser of Light, premier EP du Lillois William Rouached, on se dit qu’il pourrait avantageusement bénéficier d’une telle contingence. A 22 ans, William Rouached s’appuie sur une base encore fragile de quelques dizaines de fans sur Facebook mais a comme les grands sorti une vraie chanson de confinement, A song about quarantine, qui témoigne de sa sensibilité exacerbée et de son attention aux choses du monde. Son premier ep est un joli 7 titres, qui brille par son engagement, la justesse de ses approches et la sérénité qu’il dégage, à défaut d’envoyer au front des mélodies imparables et décisives. William Rouached comme Ed Sheeran chante l’amour avec une grande simplicité, des approches assez convenues mais qui mettent des papillons dans les yeux et les oreilles. C’est du mainstream en devenir, de la guimauve en couveuse. Bird évoque ainsi le sentiment façon Jonathan Livingstone le Goéland qu’on éprouve à l’idée de devenir un oiseau et donc de… voler… avec des ailes. Il ne parle pas des plumes, du bec et de la façon dont, de fait, on serait obligé aussi de manger des vers. Ce qui est quand même moins cool. C’est une thématique éprouvée, voire archi-rebattue, de la poésie depuis l’Antiquité et on mentirait en disant que Rouached apporte au traitement quelque chose de nouveau. Cela ne l’empêche pas de le faire dans un style élégiaque avec une vraie conviction et un certain charme. D’aucuns diront que tout ceci ne vaut pas tripette et que l’intéressé, comme Sheeran et d’autre, ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes. Ce n’est pas faux. Mais son jeu de guitares est fier et assuré, sa manière de relancer l’intérêt au sein d’une chanson un poil trop longue tout à fait louable. Rouached a pour lui le cœur, une intensité presque encore juvénile qui rend ses chansons attachantes. Il a une pointe (assez prononcée et qui en gênera beaucoup) d’accent dans son anglais qui risque de l’handicaper pour une carrière internationale ou européenne menée en anglais.

Mais sait-on jamais. Comme dans le film Yesterday, un accident est si vite arrivé. Un miracle aussi. Si demain, il fallait reconstruire le patrimoine pop de mémoire, peut-être est-ce que William Rouached aurait une petite chance d’en être. Dans le monde actuel, avec les embouteillages et la profusion, avec l’obsolescence et la dispersion, son succès est une grosse côte. Plus grosse qu’un tas de moules abandonné au pied du lion des Flandres un soir de braderie. La pop est faite de rêve et de désespoir.

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