Compilation / ChiPsTape volume 2
[Petrol Chips Records]

8.1 Note de l'auteur
8.1

ChiPsTape volume 2En tant qu’architecte du projet et principal animateur du label Petrol Chips, le musicien Ray Borneo apparaît un peu partout tout au long des quinze pièces qui composent ce volume 2 compilé par le label de Haute Loire : en son nom propre, sous son étiquette la plus ancienne de Tarah King TH ou à travers divers featurings. Proposée en prix libre en guise de compagnon estival, la compilation est un assez beau cadeau pour ceux qui aiment cette scène française faite avec peu de moyens mais qui en dit beaucoup plus que la variétoche ou la pop décalée sur l’état du pays.

On démarre avec le Sick de ZEL qui, s’il n’est pas le meilleur morceau de l’ensemble, s’en approche de très près et marque d’emblée les esprits. Le son est très variété mais électro-cheap et un peu branché sur les bords. Le motif est addictif et cette impression de pénétrer dans l’intimité d’une jeune fille indisposée (a-t-elle fait la fête ? pourquoi est-elle seule?) chargé d’un érotisme assez redoutable. Pas certain que le morceau soit très représentatif du mauvais esprit Petrol Chips mais cela démontre qu’un tel label alternatif peut aussi accueillir des morceaux qui ne dépareilleraient pas dans le mainstream, ce qui vaudra aussi pour l’irrésistible et non moins subversif, Générique Anxiolytique de Vestale Vestale et Ray Borneo. On enchaîne avec un diptyque Bleu Russe (Les Corbeaux, merveilleux) et Gontard (le non moins chouette La Lutte des Chasses) qui hausse le ton politique et réaliste, et emporte tout sur son passage.

On a beau connaître un grand nombre des morceaux qui suivent, l’effet produit est dévastateur. Que le label travaille avec Ray Borneo dans un registre électro, qu’on rigole en mode hip-hop avec l’envoûtante, ou dans la reprise de Gainsbourg (pour le Premiers Symptômes d’Olivier Depardon), le catalogue Petrol Chip époustoufle par sa diversité et son intensité, mélange d’humour amer et de cynisme jouissif, de mauvais esprit rentre-dedans et de poésie brute. On ne dira pas que tout se vaut ici. Ce ne serait pas vrai. Il y a des titres qui pèsent et parlent plus que d’autres, certaines voix qui sont plus critiques et d’autres plus superficielles, mais le savoir-faire transversal de Ray Borneo ramène cette bande d’artistes dans une même veine qui constitue, à elle seule, un courant salvateur pour une pop franchouille souvent faisandée et évoluant en vase clos.

Les deux dernières années ont laissé tout ce monde là exsangue, les privant du revenu des concerts (mini) qu’ils donnaient jadis en région et un peu partout, mais pas sans créativité, ni capacité de rebondir. Avec le sacro-saint retour à la normale, on espère que les curieux se presseront dans les bars, dans les prés et les champs, sur les places publiques et sur Bandcamp, pour allonger l’argent et faire vivre cette scène florissante agonisante, qui est l’endroit où tout se joue, où tout se détruit et s’énonce.

Tracklist
01. ZEL – Sick
02. Bleu Russe – Les Corbeaux
03. Gontard – La lutte des chasses
04. Ray Borneo – Module 0 Vidéo
05. Vestale Vestale & Ray Borneo – Générique Anxiolytique
06. W0rk – The Scourge
07. Jean-Michel Jarret – Dick
08. Tarah King TH – Odd Bird (feat Vestale Vestale)
09. Sébastien Tillous – Sei Eta Zazpi
10. Poupard – Petite Princesse
11. L’envoûtante – Dans ton festif
12. Ray Borneo & The Bystanders – Fuzzy Colors
13. Olivier Depardon – Premiers Symptômes
14. 8 (Brisa Roche & Ray Borneo) – Get You Later
15. Lomostatic – Marginal (feat Ray Borneo)
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