Mirrored Daughters / Mirrored Daughters
[Fika Recordings]

8.7 Note de l'auteur
8.7

Mirrored DaughtersNotre fréquentation des musiques folk anglaises ayant pas mal régressé ces dernières années, on n’avait pas vu venir le premier album des Mirrored Daughters chez Fika Recordings, dont un ami/conseiller avisé nous a recommandé l’écoute.

Le groupe pourrait être qualifié de supergroupe si les groupes dont sont issus ses membres (on connaissait Firestations et The Leaf Library mais pas Marlody) n’étaient eux-mêmes des franchises quelque peu clandestines et n’ayant pas acquis une immense renommée de ce côté-ci de la Manche. Firestations a notamment signé le très chouette Thick Terrain il y a deux ou trois ans dans un registre électro-pop plaisant et très soigné. Mais voilà…. le caractère anti-spectaculaire et assez peu commercial de ces groupes fait qu’on en parle pas ou peu, ce qui est bien dommage. Mirrored Daughters réunit ainsi Lewis Young (batteur de The Leaf Library), Mike Cranny de Firestations (guitares et à peu près tous les instruments), quelques autres musiciens et surtout la chanteuse Marlody (de Marlody donc) aux vocaux cristallins et aériens.

Peu importe tout ça finalement puisque, par delà l’identité des membres, il y a avec ces Mirrored Daughters qui mêlent sonorités électro-synthétiques/drones et instruments organiques, un vrai projet musical qui consiste à nous offrir une balade dans la célèbre et métaphysique forêt d’Epping. Pour les connaisseurs, l’ancienne forêt d’Epping située au Nord Est de Londres et qui déborde sur le Comté d’Essex est une des forêts les plus réputées de l’Histoire de l’Angleterre, ayant la réputation d’être à la fois très belle et charnue mais surtout un véritable coupe-gorge quasi magique où des meurtriers de divers époques ont enterré leurs victimes. Dans cet écrin véritablement historique et quasi sacré, les membres de Mirrored Daughters ont développé une pérégrination folk douce et raffinée qui chante les grandes heures d’Epping, décrivant plusieurs stations entre romantisme (l’arrêt au bord de l’eau sur Waiting At The Water), tours bucoliques, et abstraction métaphysique (Something Hollow).

Le résultat est tout bonnement génial, dépaysant, onirique, inspirant, ouvrant des champs et des espaces à la rêverie et à l’imagination qui sont sidérants et presque infinis. On adore la tranquillité pop qui se dégage de l’excellent City Song :

We’ve already given in
Gone over, woven dirt
Maybe it won’t even hurt
The city’s over us
A whole city over us
Sky rushing, never still

Invitant l’esprit à se rendre et à répondre à cet appel de la forêt. La voix de Marlody est irrésistible sur le tout aussi excellent The New Design, chanson majuscule sur le départ et l’amour (“leaving is all we know“). L’accompagnement est millimétré, d’une richesse folle et le travail de production absolument époustouflant dans sa manière d’étager les voix et les instruments. Certaines pièces instrumentales sont habitées par des sonorités fantastiques, un violon, des clochettes à l’image du titre d’ouverture ou de The Ambresbury Daughter.

Malgré cette ambiance quelque peu irréelle, le disque ne sonne pas anti-moderne, bien au contraire. Les harmonies sont sophistiquées et les textes pas si bucoliques ou “forestiers” que ça. La ville et sa modernité pointent le bout du nez, au même titre que des enjeux sentimentaux contemporains comme Unreturning Sun qui parle (semble-t-il) d’une séparation amoureuse. Decrowned ou Something Hollow renvoient à la musique ambient et à ce qu’on appelait parfois la musique folktronica, un mélange de folk et d’électro. Des oiseaux chantent à l’arrière-plan et on ne sait pas trop si on se situe dans une musique médiévale, une musique venue des années 60 ou un enregistrement moderne. Le tout est vivifiant, apaisant et souvent très stimulant, même si on garde une préférence de coeur pour les morceaux chantés. Les deux dernières pièces sont muettes. On s’attardera particulièrement sur le superbe Mirror Ascend et ses délicates notes de saxo qui renvoient, en cercle parfait, un écho gracieux vers le premier titre, Mirror Descend.

Ce disque ne vous donnera clairement pas envie d’aller faire la bamboche en boîte de nuit. Peu de chances que vous l’entendiez en faisant vos courses au supermarché. Mais c’est une création de toute beauté, feutrée, sensible et à bien des égards pleine de magie et de paix. Difficile de résister à cet appel de la forêt.

Tracklist
01. Mirror Descend
02. City Song
03. The New Design
04. The Ambresbury Daughter
05. Unreturning Sun
06. Something Hollow
07. Waiting At The Water
08. Decrowned
09. An Open Door
10. The Lanthorn Daughter
11. Mirror Ascend
Liens
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

Plus d'articles de Benjamin Berton
Scratch Massive / FCK’n’NUTS (Original Soundtrack)
[bORDEL Records]
On ne criera pas au génie parce qu’il n’y a ici que...
Lire
S’abonner
Notification pour
guest

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires