TOMORA / COME CLOSER
[Universal Music]

7.8 Note de l'auteur
7.8

TOMORA - COME CLOSERC’est un peu la fête en ce moment niveau sorties électroniques. Entre l’annonce de Boards of Canada et les sorties récentes de Tiga, Craig David ou Mr. Fingers, on ne peut que se réjouir. On doit avouer être également assez friand en croisements d’univers, comme avec l’excellent Nine Inch Noize. C’est une manière de s’essayer à une hybridation, tout en prenant un certain risque ; la preuve d’un certain niveau d’aération du milieu de la musique qu’on appelle évidemment à s’élever encore. TOMORA est le fruit d’une toute autre alliance, celle de Tom Rowlands, moitié de The Chemical Brothers et de la chanteuse norvégienne, la fameuse Eve of Destruction AURORA.

Yestera ou restera pas ?

Et comme il existe des univers étendus au cinéma et dans les séries, on peut dès lors considérer ce COME CLOSER comme un dérivé (spin-off) des Chemical Brothers plus que d’AURORA, puisque la jeune chanteuse n’atteste (et c’est naturel) pas du même CV, voguant dans une pop plus inoffensive à la Sia. La voix est ici l’ornement vocal prenant place dans un décorum caractéristique à Rowlands. De suite, on reconnaît la pâte big beat, les effets sonores très intuitifs, géométriques, spectaculaires. Les influences extérieures et concomitantes à cette scène sont elles aussi présentes. L’admiration de Rowlands pour Tricky ou Massive Attack est évidente, tant Mezzanine (1998) est cité. Pas une semaine ne passe sans qu’on entende l’influence du Ray of Light (1998) de Madonna, présente aussi. A Boy Like You a un truc à ne pas mettre dans toutes les Garbage, quand My Baby, lui, a l’intelligence de The Prodigy. On a l’impression de courir après l’aiguille tranchante d’une montre dans un film du Danny Boyle des débuts alors Cours Lola, cours, fuit cette réalité qui ne peut plus être vraie ; on saute les obstacles avec la dextérité d’un cabri, avant que se ferme la psyché électronique. On pique moins du nez qu’en compagnie de Robyn. Et pourtant…

Il faut avouer qu’elle dérange un peu, cette voix presque identique à celle de Jenny Hval. Non par sa qualité évidente ni de ce qu’en fait Rowlands, mais par ses afféteries et manières typiquement scandinaves, très Björk et qu’on déplorait parfois chez l’anglaise Kate Bush. On en viendrait presque à lancer l’énormité qu’il y a quelque chose d’exclusivement sensible à la superficie, en ces voix forgées par le froid, comme ces voix d’I.A. qui n’ont que de réel leurs effets de synthèses. C’est évidemment faux… mais pas totalement, peut-être. L’album souffre lorsqu’il touche au pathos. On lui préfèrera l’abrasif et excellent Ring The Alarm, avec ce sentiment de peur et d’urgence, et on ne sait si on entend l’exhortation du titre ou un plus étrange et impératif “Bring me love!” On a comme l’impression d’avoir été saucissonné par une tribu de moutards robotiques hésitant entre la clique de Peter Pan et celle plus inquiétante de Sa Majesté des mouches, humaine de laboratoire prête à alimenter le feu de joie d’apprentis sorcières. On aimerait que tout l’album soit de ce tonneau : une énorme explosion, même dans ses moments d’accalmie. Mais cette science du gimmick ne peut s’empêcher de garder une certaine retenue.

Hommes studio

Cela faisait longtemps qu’un album de The Chemical Brothers ne s’était pas essayé à autant d’expérimentations. Mais à cette réflexion, on se dit qu’il y a toujours eu un petit truc brutal, presque de “mauvais garçon” qui manque chez The Chemical Brothers ; pourtant, nous ni sommes jamais bien loin, le duo ne s’étant jamais musicalement targué d’être propre comme un sou neuf. Il ne nous viendrait jamais à l’idée de réclamer cela à Plaid, plus onirique, par exemple ; néanmoins, on sent Tom (étrangement) plus libre encore que sur For That Beautiful Feeling (2023). Somewhere Else est encore très solide, preuve que les singles ont été adroitement sélectionnés. L’album est donc inégal comme n’importe quel voyage astral ou chamanique, mais intérieurement diversifié, une qualité souvent reconnue des TCB. L’étonnant Have You Seen Me Dance Alone et ses airs orientaux-balkaniques nous donnent envie de décapoter notre boîte crânienne, comme on ouvrirait de biais un globe terrestre, et plein d’avions de papiers en sorte ou y atterrissent, pleins de petits bonhommes (dont ceux de Gorillaz) faisant la danse du ventre ; parait qu’on les voit passer derrière nos yeux translucides.

La musique de COME CLOSER est toujours un peu inquiète, dansante, jamais loin du trouble. Le morceau, sorte de marche funèbre à rebours, vers la révélation vitaliste, a cette légère Atmosphere de Joy Division. Peut-être est-ce finalement en ce monde de fée, de robots et de pixels que repose notre salut ? On pourrait très bien concevoir cet album dans un épisode de Love, Death + Robots, comme une sorte de relecture écolo-cyber-punk d’Hanna (le film de Joe Wright de 2011 avec les TCB pour compositeurs). On regrettera certaines pistes inutilement longues, d’autres, très rares, dont on se serait passé. L’album n’est pas parfait, parce qu’aventureux, et peut-être se pose alors la question de la sensibilité ; mais apprécier TOMORA n’est sans doute pas ce qu’il y a de plus dégradant à faire à notre époque, avouons-le. Nous nous réjouissons donc de l’engouement et appelons à un pétage de plombs sans vergogne.

Tracklist :
01. Please
02. Come Closer
03. A Boy Like You
04. Ring The Alarm
05. My Baby
06. Have You Seen Me Dance Alone
07. Somewhere Else
08. I Drink The Light
09. Wavelenghts
10. Side By Side
11. The Thing
12. In A Minute

Liens :
Le site du duo
Le groupe sur Facebook
Le groupe sur Instagram

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