
Le Monochrome Set s’est produit ce samedi 15 mars dans une toute petite salle du 18e. Leur concert était à l’image de leur musique : soigné, raffiné, sobre mais avec une pointe d’ironie. Un set monochrome donc, si je puis dire. Coïncidence: Peter Hook jouait le même soir à l’Élysée Montmartre à guichets fermés. Et comme on ne peut pas être à deux endroits en même temps et que je suis plutôt du genre “partisan des perdants”, voir un groupe un peu oublié de la même époque ne pouvait être une mauvaise idée.
Il faut dire que le Monochrome Set aurait mérité une meilleure reconnaissance: formé en 1978 par l’anglo-indien Bid (de son vrai nom Ganesh Seshadri) Lester Square et Andy Warren à la basse, ils sortent d’abord quatre singles de qualité chez Rough Trade avant un premier album en 1980, Strange boutique à la pochette signée Peter Saville, le graphiste de Joy Division.
Néanmoins leur pop classieuse à guitares puisant dans les sixties se situe davantage du côté d’Orange Juice, de Felt ou des TV Personalities (mais sans la fragilité de ces derniers) et influencera les Smiths, Morrissey et Johnny Marr ayant un intérêt commun pour ce groupe dont ils possédaient les singles. Mais Bid, loin du maniérisme flamboyant de Morrissey, est beaucoup plus posé. Lui et son groupe ont cette ironie et ce flegme typiquement anglais. Leur pop est intelligente et subtile mais sans prétention, et leurs paroles sont absurdes et décalées.
Et comme pas mal de groupes anglais, ils excellent dans les singles. Citons entres autres He’s Frank et sa face B Alphaville, ou encore Eine Symphonie des Grauens, des titres que Bid et sa bande nous ont joué au Hasard Ludique pour notre grand plaisir. (A noter que He’s Frank sera même repris par Iggy Pop en collaboration avec Fatboy Slim)
Vient ensuite un second album la même année que le premier, Love Zombies puis un troisième, Eligible Bachelors en 1982, dans lequel figure Jet Set Junta, un de leurs titres les plus connus. Séparation en 1985 puis reformation en 1990 sous l’impulsion d’un fan japonais. Le Set continue depuis d’enregistrer des albums (le dernier datant de 2022) et de partir en tournée, comme en atteste ce concert parisien du 15 mars, leur premier en plus de cinq ans. Accompagnés par un nouveau batteur et une nouvelle claviériste, Bid et Warren ont fait la part belle à leurs anciens morceaux (dont les singles cités plus haut) sans toutefois oublier leur répertoire récent, qui reste tout à fait convenable. Un concert très agréable, entrecoupé de petites plaisanteries de Bid, le dandy post-punk qui n’a rien perdu de son élégante nonchalance.
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