Au bout du monde avec U2 (reportage exclusif d’Eric Flitti)

U2 par Eric Flitti

Photos et compte-rendu : Eric Flitti

Le groupe U2 vient d’achever le 15 décembre 2019 à Bombay une mini tournée en Océanie et en Asie de 15 dates dans le cadre du Joshua Tree Tour 2019. Avant le prochain album annoncé en 2020 et un futur film, retour sur cette tournée étonnante aux 4 coins du monde en compagnie d’Eric Flitti, fan historique et reporter infiltré dans la mécanique musicale du plus grand groupe du monde. 

2019 n’est plus 1987 !

« Je t’embête ? Je ne veux pas t’embêter ! Ok, Edge, joue le blues ! » implorait Bono lors d’un des concerts de la tournée Rattle and Hum de U2 en 1988, année où les 4 irlandais s’attendaient à devenir le plus grand groupe au monde après la sortie de l’album Joshua Tree un an auparavant. Pendant les trente années qui ont suivi la sortie de Joshua Tree, U2 s’est battu contre lui-même ou plutôt contre cet album monument avec l’antithèse Achtung Baby ou des albums plus conservateurs comme No Line on The Horizon voire plus intimistes comme les récents Songs of Innoncence et Songs of Experience.

En plus d’être un album mythique, Joshua Tree est aussi la bande son de toute une génération qui découvrait le rock héroïque de Where the Streets Have No Name ou le refrain entêtant de With or Without You sur les radios FM, dans leur walkman à K7 ou pour les plus fortunés sur vinyles ou compact disc. Joshua Tree c’est aussi pour beaucoup de fans la bande son d’une partie de leur vie (premier amour, premier enfant, années lycées, etc..).

L’industrie musicale a bien changé depuis. Les albums ne se vendent plus. Les fans écoutent la musique sur des sites de streaming dont les clics ne rapportent que quelques centimes. Les maisons de disques ne sont plus rentables et seules des tournées démesurées assurent des revenus confortables aux groupes de rock. Live Nation qui sponsorise toutes les tournées de U2 depuis quelques années, l’a bien compris : les tournées du groupe irlandais ont été plus nombreuses et plus lucratives ces derniers temps. Les revenus engrangés par les différentes tournées de U2 donnent le vertige (54 millions de bénéfices aux USA pour la seule année 2017 selon Billboard ce qui fait de U2 le groupe qui a engrangé le plus de revenus aux États Unis).
Une fois ce préalable rappelé (toute similitude avec la poule aux œufs d’or qu’est Star Wars n’étant qu’une simple coïncidence), il paraît moins étonnant que le groupe irlandais se déplace en Océanie en 2019 pour une nouvelle tournée anniversaire de l’album éponyme après avoir achevé la tournée Expérience Tour à Berlin le 13 novembre 2018 et fêté les 30 ans de Joshua Tree dans les stades américains et européens en 2017.

De la poule aux œufs d’or à l’amour des fans de l’autre bout de la planète

D’après la version officielle (pas celle plus officieuse avec les dollars), la production, en planifiant des dates de la tournée anniversaire de Joshua Tree en 2017 aux USA, en Europe et en Amérique du Sud (la tournée Joshua Tree 2017 s’est terminée à Sao Paulo le 25 octobre 2017) aurait oublié les fans de l’autre bout de la planète en excluant l’Australie et le Japon dans la liste des pays visités. Les fans australiens se seraient mobilisés sur les réseaux sociaux en multipliant les pétitions pour convaincre la bande à Bono de fêter l’anniversaire de l’album mythique même avec… un peu de retard. Le mal a pu être réparé en 2019 (l’album Joshua Tree est sorti le 9 mars 1987) après la tournée euro américaine « Expérience Tour » de 2018.

U2 par Eric Flitti
C’est donc une mini tournée de 15 dates qui a démarré à Auckland en Nouvelle Zélande le 8 novembre 2019 et qui s’est terminée le 15 décembre à Bombay en passant par l’Australie, Singapour, Manille, Séoul, et Tokyo. Le choix de la ville de départ de la tournée (Auckland) ainsi que celle de fin (Bombay) n’est pas anodin. Concernant Auckland, le groupe voulait absolument s’y produire afin de rendre hommage à Greg Caroll (assistant néo zélandais de Bono décédé en 1987 dans un accident de moto) et aux victimes de la tuerie de Christchurch du 15 mars 2019. Concernant Bombay, U2 planifiait un concert (maintes fois annulé) depuis près de 37 ans !

Il faut dire aussi que les australiens et les Néo-zélandais n’avaient pas revu le groupe depuis 2010 et la fameuse tournée 360. Les japonais, rongeaient leur frein depuis 2006 et les 3 concerts au Saitama Super Arena de la tournée Vertigo. Pour les autres pays (Corée du Sud, Singapour, Inde, Philippines), les fans locaux auront eu la chance de voir pour la première fois en concert le groupe U2 en 2019 (qui a fêté ses 43 ans d’existence).

Des concerts pour des fans aux revenus (très) aisés

Revenons maintenant sur cette tournée 2019 et sur les 6 concerts auxquels nous avons pu assister (Brisbane, Melbourne, Sydney 1 et 2, Adelaide et Tokyo). Ce qui est toujours étonnant en suivant U2 en tournée c’est de voir toujours les mêmes quelques milliers de fans internationaux qui les suivent partout dans le monde et qui sont prêts à faire la queue pendant des dizaines d’heures (voire plusieurs jours) pour les croiser à l’hôtel et/ou être parmi les premiers à entrer dans la fosse. Il faut dire que depuis les années 2000, les concerts de U2 ne sont plus des évènements populaires (où les places se vendaient entre 100 et 200 francs) mais plutôt réservés à un public aisé tout acquis à leur cause qui est prêt à débourser entre 100 et 400 euros pour s’offrir un souvenir légendaire qu’il pourra partager sur Facebook et Instagram ou sauvegarder sur son iphone dernier cri.

U2 par Eric Flitti

Oui, il existe quelques milliers de fans venant du monde entier et qui suivent U2 dans toutes les tournées (quel que soit l’endroit où ils se produisent). Certains sont des fans historiques comme ce couple formidable de Français qui faisait toute la tournée 2019 et que j’ai croisés en Australie ou encore Mac Phisto (toujours grimé en Bono Mac Phisto version Pop Mart 1997) qui a eu la chance de monter sur scène à Sydney ou encore Brigitte, fan française, qui en est à son 150ème concert. Ces fans sont méritants car outre le fait que les places soient beaucoup plus chères, les dates de concert sont beaucoup plus espacées et surtout contrairement au passé, les set list (et les répliques de Bono) varient très peu d’un concert à l’autre.

Les défauts de la tournée 2017 sont toujours là en 2019 mais en plus cheap !

Il faut aussi être un très grand fan (voire un fanatique) pour suivre U2 pour la tournée Joshua Tree Tour 2019 car les défauts de la tournée 2017 n’ont pas été corrigés. Ainsi, le son est toujours très médiocre (sans nuance, très compact, parfois grésillant où la voix de Bono est parfois à peine audible et la guitare de The Edge a du mal à se détacher). On peut aussi s’étonner que les moyens scéniques et visuels déployés pour le show soient très en dessous des tournées précédentes (360, Popmart Tour, Zoo TV Tour..) ou de concert de groupes contemporains tels que Muse ou Coldplay.

U2 par Eric Flitti

La configuration de la scène est telle que seuls quelques milliers de spectateurs peuvent vraiment profiter visuellement du concert (ceux qui achetés les places les plus chères ou qui ont fait la queue la veille pour avoir la meilleure place en fosse). Les autres dizaines de milliers de spectateurs devront se contenter au mieux de voir de manière très éloigné le groupe (aucun écran ne filme en permanence les 4 irlandais) ou au pire seulement les projections visuelles du grand écran. Les moins chanceux en fosse auront le champ de vision fortement obstrué par la régie son à plusiers étages au milieu de la pelouse ou par les immenses pilonnes ou encore par la mini grue qui sert de bras géant à la caméra (notez en matière de respect des fans, on a connu des jours meilleurs).

L’arrangement scénique de la tournée Joshua Tree Tour 2019 est identique par celle de 2017 : au centre une scène secondaire en forme d’arbre imitant un Yucca brevifolia (dit aussi arbre de Josué dont les climatologues prédissent l’extinction totale avant la fin du siècle) et au fond une grande scène au bout de laquelle quel trône un écran gigantesque en haute définition (61 m de long pour 14 m de haut, le plus grand écran en HD utilisé pour un concert à ce jour dans le monde). Certaines parties de l’écran géant ont toutefois été allégées par rapport à la tournée 2017 : l’arbre de Josué constitué de dizaines de milliers de composants en fonds d’or a été remplacé par une simple projection en haute définition.

Une attente agréable avant l’arrivée du groupe

Il faut souligner toutefois l’attention particulière qu’a eue la production pour le public avant l’arrivée du groupe. Ainsi les spectateurs d’Océanie (pas ceux d’Asie) ont pu bénéficier en première partie de l’excellent Noël Gallagher accompagné des High Flying Bird. Ce dernier, très en forme (et toujours aussi fan de Manchester City dont le logo accompagne chacun de ses concerts) a gratifié son auditoire de ses nouvelles compositions (Black Star Dancing, Wandering Star) sans oublier les plus grands succès d’Oasis (Wonderwall, don’t look back in Anger) ou rendre hommage aux Beatles.

Après cette première partie, les spectacteurs peuvent bénéficier pendant une petite heure du U2 pre show qui consiste en une bande son de titres cultes des années 60 à 90 (Prince, David Bowie, Kraftwerk, Inxs, The Beatles, Depeche Mode, etc…) afin de tenir en éveil le public.

U2 veut aussi aller sur la lune !

U2 par Eric Flitti

Puis pendant que les dernières notes de Whole of the Moon (toute la lune) des Waterboys (chanson sortie en 1985) retentissent dans le stade, Larry Mullen suivi de The Edge, Bono et Adam entrent en scène tout en saluant rapidement les fans surexcités. Le choix de Whole of The Moon est-il un clin d’œil aux 50 ans des premiers pas sur la lune ?

Sans aucun artifice lumineux (avec seulement quelques effets d’une machine à fumée), les quatre irlandais s’installent sur la petite scène secondaire et interprètent les grands classiques « héroiques » de leurs débuts pour chauffer le stade : Sunday Bloody Sunday, I Will Follow, Bad, New Year’s Day et Pride. Difficile d’imaginer un meilleur début de concert, le choix de la set list est tout simplement magnifique et les enchainements sont très aboutis. Bono veut montrer qu’il est encore un « monstre » de scène.

Même si les titres ont un peu vieilli et que la voix de Bono de 2019 n’a rien à voir avec celle des années 1980, le démarrage intense du concert et l’énergie que le groupe s’efforce de déployer dès le début du concert sont remarquables. A la fin de Pride, le groupe s’avance lentement vers la grande scène du fond, fait une pause en levant le poing pendant que des lumières rouges remplissent le stade et que démarrent les premières notes mythiques de Where the Streets Have No Name. Une fois encore, l’enchainement Pride/Where The Streets Have Name est l’un des plus aboutis de toutes précédentes tournées du groupe.

La face A de Joshua Tree plutôt réussie contre une face B plutôt classique

Le groupe va offrir aux fans (presque sans aucune pause) l’intégralité en live des 11 titres de l’album. Pendant que Where The Streets Have No Name prend son envol sous des lumières rouges qui réchaufferaient les morts (et dont l’ouverture est un délice pour tout fan des années 80), l’écran géant affiche des images d’Amérique spécialement créées pour chaque chanson. L’effet visuel est étonnant et ajoute de l’émotion et de la profondeur artistique à la performance du groupe.

Avec des enchainements réussis, une bonne rythmique de Adam à la basse et de Larry Mullen à la batterie, une guitare très dynamique de The Edge et Bono qui tire sur sa voix pour donner le meilleur : la première partie de Joshua Tree est très réussie et les enchainements très soignés (I Still Haven’t Found What I’m Looking For, With or Without You, Bullet the Blue Sky se succèdent parfaitement).

En revanche, la face B de l’album ne s’éloigne pas beaucoup de la version originale de l’album. D’ailleurs le terme même de « side B » donnera lieu sur scène à une plaisanterie de Bono en évoquant l’époque révolue et dorée des vinyles et des K7. Malgré une belle performance de The Edge au piano et le solo d’harmonica de Bono, Running to Stand Still est très proche de l’album et ne parvient pas à envoûter la salle.
Running to Stand Still est enchainé sur Red Hill Mining Town avec en fond d’écran un film de Anton Corbijn sur la fanfare de l’armée du salut. Là aussi, malgré une prestation intéressante The Edge au piano et de Bono au chant (Bono a gardé une belle voix malgré ses 59 ans), le titre est identique à la version originale de l’album et endort un peu le public.

Après un mini discours écologique et pacifique de Bono, le groupe enchaine (derrière un arbre de de Josué de toutes les couleurs) le titre In God’s Country. Cette version, bien que quasiment identique à celle de l’album est plus convaincante grâce à l’excelle prestation de The Edge à la guitare aidé par une bonne rythmique à la basse de Adam Clayton. Pendant qu’apparaît le drapeau irlandais sur l’arbre de Josué, Bono propose au public un petit break de 3 minutes en interrogeant ses compagnons de route sur les inventions irlandaises. Il joue ensuite à l’harmonica les premières notes de Trip Through your Wires. La version 2019 est beaucoup moins habitée que celle de 1987 (en comparaison notamment avec le concert parisien du 4 juillet 1987). Le tempo paraît plus lent. Toutefois, il faut souligner la qualité de l’interprétation à l’harmonica de Bono et l’intéressante performance de The Edge tandis qu’une playmate habillée en cow boy tente de l’attraper au lasso sur l’écran géant.

U2 par Eric Flitti

Le groupe propose ensuite une version émouvante de One Tree Hill en hommage à Greg Caroll.

Trump et l’Argentine finissent la première partie du concert en beauté

Après un extrait de la série télé de western, Trackdown, dans lequel un escroc appelé Trump arrive en ville et met en garde les habitants contre la probable destruction du monde (destruction que lui seul peut empêcher), U2 propose une version dynamique de Exit (chanson trop rarement jouée en live).

Pour l’occasion, Bono revêt un chapeau hauteforme et se maquille en brigand à l’aide de mascara. La version 2019 de Exit est très nettement supérieure à celles des précédentes tournées : Bono semble habité sur ce titre et multiplie les performances scéniques entre les riffs de guitare de The Edge et les quelques paroles de la chanson enfantine de Eeny Meeny Miny Moe ajoutées pour l’occasion. Enfin le groupe termine l’album Joshua Tree en beauté avec un très émouvant Mothers of the Disappeared, chanson écrite en hommage aux mouvement des mères de la place de mai et des 30 000 enfants disparus pendant le coup d’Etat de Videla en Argentine en 1976.

La version de 2019 n’a rien à envier à celle de 1987 lors du mythique concert de Tempe du 12 décembre 1987 où la chanson fut jouée pour la première fois en live (en 1998, Bono rejouera cette chanson à Buenos Aires où les mères furent invitées sur scène pour dire le nom de leurs enfants disparus). La version 2019 est très émouvante (même si Bono ne joue plus à la guitare) : après l’introduction du chœur en forme de supplique, Bono retire sa veste, se met à genoux et chante en implorant tel un prêcheur devant des images de fidèles portant des bougies.

Le groupe remercie le public après joué presque sans aucune interruption l’intégralité de l’album Joshua Tree puis offre sur la petite scène en guise de conclusion une version dynamique de Desire en hommage à la tournée Rattle and Hum.

U2 par Eric Flitti

Une deuxième partie du concert assez inégale

L’intérêt des dernières tournées de U2 réside dans la très grande qualité des set-list, très supérieure aux tournées précédentes tant dans le choix harmonieux des chansons que dans la qualité des enchainements. Pourtant, lorsque le groupe revient pour offrir au public la seconde partie, on regretterait presque le choix pour démarrer des titres des années 2000 Elevation et Vertigo. Non pas que les performances en live soient ridicules (au contraire, The Edge joue de la guitare à merveille surtout sur Elevation) mais parce ce que deux titres rendent finalement le groupe beaucoup plus petit après avoir enchaîné l’album Monument Joshua Tree.

Après avoir rappelé que « The Edge était un grand scientifique qui sait que la guitare peut faire exploser le monde», Bono semble déchainé sur la fin du concert avec la meilleure version live connue à ce jour de Even Better Than The Real Thing (chanson entièrement revisitée musicalement presque) et qui électrise le stade. L’ambiance retombe un peu avec Beautiful Day suivi par Ultra Violet (light my way) joué en hommage aux figures féminines qui défilent sur l’écran géant (Greta Thunberg, Marie Curie…).

Le pouvoir de la musique de changer le monde

Après l’émouvant Love is Bigger than Anything in this Way (remplacé à Sydney par Stuck in a Moment en homage à Michael Hutchence, leader du groupe Inxs qui s’était suicidé à Sydney le 22 novembre 1987), Bono dédie One à la paix dans le monde. La chanson culte de Achtung Baby est jouée en semi acoustique sans aucun éclairage (si ce n’est celui des dizaines de milliers de téléphones portables).

A Bombay, U2 jouera pour la première fois en live Ahisma (qui signifie non violence en sanskrit), invitation à une méditation pour la paix et l’harmonie. Ce nouveau titre annonce t-il un futur album dans les mois à venir tandis que des rumeurs parlent d’un biopic sur le groupe tourné par Anton Corbijn en 2020 ? La retraite annoncée du groupe ne semble pas pour tout de suite à la plus grande joie des fans.

Certains diront que U2 en 2019 n’est plus un groupe de rock parce que la folie, le punch et l’intensité propres au rock ne semblent plus les habiter comme dans les années 80. Certains ajouteront que U2 relève plus aujourd’hui du groupe de variété internationale comme Coldplay. Mais c’est oublier que U2 est un groupe qui a toujours cru au pouvoir de la musique pour changer le monde et qui, conscient que leurs plus belles créations musicales sont maintenant derrière eux, offre tout ce qui leur reste de générosité à un public conquis.

Le programme 2020 n’est pas encore devenu public mais on parle pêle-mêle d’un nouveau contrat maousse avec Live Nation synonyme d’une nouvelle tournée, de l’autobiographie de Bono par Bono (depuis trop longtemps en chantier), d’une nouvelle compilation U2X, d’un nouvel album et de la mise en chantier du tournage d’un film documentaire avec Anton  Corjbin. Autant dire que les amateurs comme ceux qui ne les aiment pas n’en ont pas fini encore avec le plus grand groupe du monde.

U2 par Eric Flitti

Photos et compte-rendu : Eric Flitti

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