Pere Ubu : Ils sont la légende…

Pere Ubu ProjexFire Records qui pilote cette affaire là est à la manœuvre et la réalisation s’avère comme pour le précédent coffret à la hauteur de la légende du Pere Ubu : petit film promotionnel remarquable sur lequel David Thomas, le leader charismatique et omnipotent du groupe, évoque son choix délibéré (il y a de cela une petite trentaine d’années) de la clandestinité et de l’art pour l’art, tandis qu’on lui prédisait une destinée de paillettes, affiche soignée, messages subliminaux et bien sûr, coffret exceptionnel vinyle à prix réduit avec coupon de téléchargement etc. Rien n’est trop beau pour le pape de l’avant-garde.

Le volume 2 des coffrets rétrospectifs de Pere Ubu est disponible à la pré-commande et sera délivré dans les chaumières à compter du 18 mars. Ce volume baptisé Architecture of Langage, embarquera trois albums clés du groupe américain, New Picnic Time, The Art of Walking et Song of The Bailing Man, soit les albums 3, 4 et 5 du groupe à la discographie plus longue que le bras, et l’instant clé où la bande de David Thomas va véritablement devenir ce groupe singulier, déjanté et expérimental qu’il reste jusqu’à aujourd’hui. Après l’inaugural Modern Dance qui reste leur plus connu et le sublime Dub Housing, New Picnic Time sort en septembre 1979 et marque un tournant vers plus de radicalité post-punk. Le groupe connaît quelques soubresauts et rotations de personnel pour la première fois, ce qui allait devenir par la suite une valse régulière et presque aussi difficile à suivre que celle qui agite le The Fall de Mark E. Smith. David Thomas a d’ailleurs récemment théorisé sa conception du groupe comme quelque chose qui n’avait aucune forme fixe. Il prophétisait du reste que le groupe continuerait après sa mort avec d’autres personnes ou selon un protocole quasi magique à définir. Sur chacun de ses trois albums qui servent de repère à ce coffret magnifique, on trouve des joyaux qui ont pu marquer l’histoire du rock underground et influencer pas mal de monde. N’oublions pas que tout ceci se passe en 1979, à l’heure où le coeur de Manchester commence à battre au rythme du post-punk local. Le caractère avant-gardiste du Pere Ubu de l’époque apparaît alors avec le recul comme à la fois prophétique et quasi visionnaire, comme si David Thomas et sa bande dépassaient en un instant les oeuvres en cours ou à venir de Joy Division et consorts pour se projeter dans un après-après-après le post-punk qui deviendra leur propre référence. A 25 ans de distance, le choc des chansons, du chant et le sentiment de maîtrise qui se dégage encore de ces albums expérimentaux et en avance sur leur temps sont tout à fait stupéfiants. On pense à Small Dark Cloud ou à Goodbye sur New Picnic Time, à Rhapsody in Pink ou Loop sur le suivant et à des morceaux incroyables comme The Long Walk Home ou Petrified sur le dernier. Après Song of The Bailing Man, le groupe connaîtra sa première interruption majeure pour ne réapparaître (sur disque) qu’en 1988.

Le coffret est enrichi d’un 4ème LP appelé Architecture Salvage qui reprend des morceaux sortis uniquement en single à l’époque ainsi que des prises alternatives. Le détail de tout ça est exposé sur le site du groupe (lien ci-dessous) avec un luxe de détails qui donne une idée de l’exigence de David Thomas et de la méticulosité avec laquelle ces événements discographiques sont abordés. Comme un bonheur ne vient jamais seul (il y aura une suite à cette initiative), le groupe a décidé d’accompagner la sortie du coffret par une tournée européenne qui marquera trois stations françaises à Marseille, Le Mans/Allonnes et Paris, les 5, 6 et 7 avril. Le guitariste « historique » du groupe Tom Herman est le chef d’orchestre de ce rassemblement et a sélectionné 4 chansons dans chacun des 5 premiers albums du groupe (plus quelques titres épars issus des premiers singles) qui composeront le fil rouge de ces concerts qui s’annoncent exceptionnels.

Selon les mots du chroniqueur Paul Mather en 1985, la prédiction la plus connue concernant le Pere Ubu vaut encore aujourd’hui : « Soit le groupe sera considéré comme le groupe américain le plus important ayant sévi ces quinze dernières, soit ils seront entièrement oubliés. » Avec ces coffrets, Pere Ubu travaille immanquablement en faveur de la première option. On y reviendra dans un vraie rétrospective très prochainement.

Ecrits aussi par Benjamin Berton

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *