Below The Sea / Luminaria
[Autoproduction]

8.5 Note de l'Auteur
8.5

Below The Sea - LuminariaPas facile, quelques jours après avoir vanté les facultés d’une bande de texans à renouveler un genre souvent accusé à juste titre de tourner en rond depuis bien longtemps, depuis ses débuts même selon ses détracteurs, de venir vous expliquer exactement l’inverse. Heureusement, dans la manche de tout chroniqueur qui se respecte se cache un atout « mauvaise foi patentée » bien utile dans ce genre de situation. Mais à vrai dire, c’est aussi parce que l’histoire n’est pas tout à fait la même qu’elle mérite aussi de s’y attarder. Ces histoires avec les dizaines, les centaines de groupes que l’on écoute se construisent de façons bien différentes qui influent sur la relation qui se noue, parfois assez personnelle : un disque que l’on a sorti pour les uns, un label que l’on a distribué et des albums que l’on a vendus pour les autres suffisent à nourrir cette proximité. Alors, retrouver les canadiens de Below The Sea 18 ans après Blame It On The Past, leur avant-dernier album et se rendre compte que rien n’a changé, c’est exactement comme retrouver des amis que le temps a éloignés et se rendre compte que, contrairement à ce que l’on pensait, on n’a pas tant que ça changé non plus.

Dès les premières secondes de Luminaria, ce quatrième album qu’ils auto-produisent dans une somptueuse livrée carton mat / vinyle (vraiment) doré, on est frappé par cette atmosphère familière empreinte de la même mélancolie automnale que celle que révèlent les couleurs chaudes et maritimes de la pochette. La réalité, c’est aussi que cet album du retour est avant tout le fruit de 10 années d’enregistrements épisodiques, de jams éphémères et de bières partagées sans doute un peu moins fréquemment qu’auparavant mais on l’imagine avec toujours le même plaisir intact de se retrouver qu’on pu ressentir Gianni Trono, Victor Meyer et Patrick Lacharité, toujours tête pensante d’un projet que l’on ne pensait plus recroiser un jour. Combien de ces groupes jadis aimés, adorés, disparus sans faire-part ni scandales et dont on n’entendra effectivement plus jamais parler ? Alors que, sans les avoir complétement oubliés, on les pensait perdus pour la cause, la simple idée d’un nouvel album suffisait à raviver la flamme d’une idylle aujourd’hui confortée par ces sept titres tout droit sortis d’un temps que l’on croyait révolu.

Below The Sea fait partie de ces groupes qui, comme les français de Bathyscaphe ou leurs compatriotes de Destroyalldreamers, ont divagué au tournant des années 2000 sur les voies d’un post-rock qui tentait de se frayer un nouveau chemin entre la technicité jazzy chicagoane, les envolées bruitistes d’écossais juvéniles et un renouveau kraut toujours aussi allemand. L’étiquette un peu fainéante et globalisante, marquée le plus souvent par la mort du chanteur qui n’a toujours pas pris ici la peine de ressusciter, marquait avant tout l’envie d’aller de l’avant dans la recherche de nouvelles textures mais aussi de nouvelles façons de les assembler et les faire fonctionner entre elles. Le hiatus que se sont accordé les canadiens n’a en rien hypothéqué leurs chances de façonner un quatrième album qui, non seulement, contribue près de 20 ans plus tard à conforter une signature sonore personnelle mais s’inscrit aussi dans une progression linéaire qui voyait les canadiens s’affirmer de disque en disque. Le résultat est aujourd’hui sans équivoque : si la sortie de Luminaria a été l’occasion de se replonger dans les œuvres précédentes de Below The Sea, cette rétrospective opportune a surtout permis de confirmer une impression tenace dès la première écoute.

Les sept titres de Luminaria virevoltent comme jamais et se jouent du temps qui coule. Il est ici si peu question d’envolées dantesques ou de constructions alambiquées. Le trio déroule comme on s’en douterait une succession de mélodies limpides et lumineuses à l’architecture quasi parfaitement équilibrée. D’un côté, une rythmique qui, sans en faire des tonnes, relève le défi de ne jamais sombrer dans la facilité et de l’autre, des claviers en nappes mais surtout des guitares étincelantes qui modèlent chaque titre comme une pièce d’orfèvrerie. Se révèle alors une puissance évocatrice et émotionnelle dont le groupe a toujours été l’un des chantres qui le reste aujourd’hui, haut la main et, l’effet de mode étant passé, l’un derniers représentants. Les poils qui se dressent lorsque reprennent les arpèges sur Light Onward Cedar Woods valent toutes les cures de bien-être et les séances de coaching-bonheur distillées par les charlatans du net.

Pourtant, on pourra toujours reprocher à Luminaria une certaine uniformité probablement liée à l’absence de poids de l’un des membres originels. Pascal Asselin qui en était à la fois le co-créateur, le batteur et l’électronicien n’a pas cette fois rejoint l’aventure, préférant se consacrer à ses innombrables autres groupes (on se souvient des très beaux et transatlantiques Glider avec Gavin Baker de Billy Mahonie ou Northern Lakes avec Jon Atwood de Yellow 6) mais surtout à son projet de toujours, le plus personnel Millimetrik. Une absence qui coïncide avec la disparition sur Luminaria des respirations ambiant et des incursions électroniques qui jalonnaient les albums précédents et que ne suffisent pas à faire oublier la jolie flûte traversière d’Anahata ou le saxophone ténor lancinant comme une corne de brume sur Ananda’s Ritual Through Unseen Dancers, seuls éléments venant rompre cette tranquille monotonie.

Alors, passé l’effet de surprise, passée la joie des retrouvailles et le goût mélancolique de la madeleine du quart de siècle intense et foisonnant, passé outre aussi ses quelques petits défauts, ce quatrième album est sans conteste le plus dense, le plus complet, le plus émouvant des travaux de Below The Sea et peu importe qu’en 2023, ils en soient encore là où ils en étaient en 2005 ou 2006, comme si Blame It On The Past ou ce que l’on pensait être le point final de leur discographie, le Sceneries EP n’étaient sortis qu’avant-hier. Luminaria nous rappelle que s’il est toujours plaisant d’avancer et de regarder vers l’avenir, cela n’empêche en rien de se réfugier parfois en terrains connus et se sentir en sécurité dans une zone de confort qui n’a jamais aussi bien porté son nom. Ce lieu où l’on partage les amitiés fidèles et les souvenirs communs qui font aussi l’histoire d’une vie.

Tracklist
01. Agni’s Igniter
02. Remote Viewing Onto Our Celestial Sun
03. Submitting To The Moon
04. Anahata
05. Light Onward Cedar Wood
06. Aeons
07. Ananda’s Ritual Through Unseen Dancers
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