Can / Live in Cuxhaven 1976
[Mute Records]

6.2 Note de l'auteur
6.2

Can - Live in Cuxhaven 1976Le retour en vogue de Can nous a déjà valu deux sorties live ces dernières années, sous forme de deux concerts géants à Brighton et Stuttgart, captés en 1975, et mettant notamment en avant la période exploratoire et totalement passionnante consécutive au départ du chanteur japonais Damo Suzuki. Ces deux lives mettaient en scène un groupe soudé, en complète ébullition et pratiquant la semi-impro ou le free-jazz mode comme un des beaux arts. Les titres d’alors étaient longs, brillants, tortueux et quasi romantiques dans leur manière d’exprimer la liberté des instrumentistes. A côté de ces disques là, ce live in Cuxhaven, capté une année plus tard, présente un groupe tout à fait différent, moins bavard et dominé par le guitariste Michael Karoli et le bassiste Holger Czukay. Le premier a le jeu vif, souple et comme agité par une pulsation funk qu’entretient savamment le batteur Jaki Liebezeit, dont le jeu métronomique n’est plus à vanter. Liebezeit est ici aussi décisif qu’il l’aura été sur Tago Mago, un guide et une ancre pour tout ce qui se passe autour. Karoli constitue sur les quatre plages que comporte le disque (titres courts pour Can dont aucun ne dépasse les huit minutes) la principale attraction/distraction du combo. Ses entrées sur Drei sont diaboliques et sa manière de broder en touché autour du thème principal est redoutable. A leurs côtés, Czukay jouerait presque comme un fonctionnaire, soutenant le tempo et le rythme avec plus d’application que d’inventivité et de fantaisie.

L’ensemble est paradoxalement plus monolithique qu’en fusion, plus serré que dissolu, contrastant avec la folie furieuse qu’apportaient la voix et la présence de Suzuki. Il n’en reste pas moins que l’impression d’ensemble dégage une vraie fluidité. Irmin Schmidt, le clavier, qui est, de cette époque, le dernier survivant du groupe, a supervisé la reprise de ces enregistrements et arbitré en faveur d’une production souple, proche des instruments et qui rende bien les jeux de texture du moment. Le son est plus turbulent que soyeux, amenant finalement dans ce bruit de fond, le danger qui n’est pas si présent que ça dans les instrumentations.

Ce live in Cuxhaven présente un Can pas si turbulent et agité, pas si fougueux et débridé. Eins est une plage plutôt ennuyeuse et de nature ambient, tandis que Zwei repose beaucoup sur le dialogue entre la batterie et la guitare. Les huit minutes du titre font figure d’échauffement assez peu inspiré et qui ne mériterait pas tant d’attention si le groupe n’avait fourni d’autres travaux plus passionnants. Il faut attendre la 7ème minute de Drei pour que ça s’excite et que l’on ressente un engagement enflammé avec une vraie connexion dynamique entre les instruments. Le final de cette pièce est remarquable et se prolonge sur un Vier plutôt intéressant mais pas décisif non plus.

Si on n’a aucun doute que la soirée d’alors, donnée en Basse-Saxe, était glorieuse et stimulante en ce jour de 1976, sa captation n’est clairement pas un disque indispensable pour qui tenterait de comprendre en quoi Can était un groupe extraordinaire. On peut en apprécier la décontraction et la précision, la légèreté et l’esprit de décision. Pour le reste, c’est clairement un disque pionnier pour l’époque qui n’étonne pas 45 ans plus tard et une présentation d’un des visages les moins connus du groupe : sa sagesse.

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