Supergrass ne fait ça que pour l’argent (mais en version deluxe)

Supergrass - In It For The MoneyOn pourrait se demander en écoutant la version alternative de leur single It’s Not Me, révélée en vidéo pour annoncer la sortie de cette réédition de luxe, si les Supergrass ne sont au final pas le chaînon manquant entre les Beatles, les groupes des 60s et… la britpop. A moins qu’ils ne soient juste une version un peu rétro et speedée de ce qu’offraient par ailleurs les frères Gallagher à travers les hymnes d’Oasis. Peu importe ce qu’en dit la mémoire. Si I Should Coco reste aujourd’hui et 26 ans plus tard, un OVNI qu’on peut réécouter soir et matin, son successeur, sorti en 1997, In It For The Money, passait déjà à l’époque pour un album bizarre, amorçant la mutation du groupe d’un truc de jeunes amuseurs à quelque chose de plus sombre et menaçant. Si I Should Coco pétillait et virevoltait, In It For The Money tentait d’apporter une forme de profondeur politique et sociale à la colère, d’amener un peu de vinaigre à la potion vitaliste des Supergrass comme si quelque chose se passait en coulisse (le vieillissement, le devenir star) qu’on ne mesurait pas vraiment et qu’on refuserait à jamais à ce groupe d’ailleurs.

A la réécoute, le disque est juste beau, équilibré, presque adulte dans sa volonté de ne pas l’être, et regorge d’excellents morceaux, d’évasion (Going Out), surréaliste (Richard III), sur le temps qui passe (Late In The Day), qu’on peut décrire aujourd’hui un peu librement en disant qu’ils ont « bien vieilli ». Continuant de capitaliser sur leur patrimoine, les Supergrass proposent le 27 août chez BMG une édition de Luxe de l’album, en 3 CDs, vinyles, machin chose (il y a une demi-douzaine de déclinaisons avec des trucs limités et rares à s’arracher pour les fans), qui permettra d’entrer dans les coulisses du disque avec des raretés, faces B, versions alternatives, etc.  On y aurait pas pensé tout seul même si le disque tient la route, mais c’est évidemment toujours intéressant de se plonger dans ses réinterprétations et réévaluations des disques qui nous ont plu hier. A l’époque, on adorait Sun Hits The Sky. On est un peu moins sûr aujourd’hui. Des guitares et du gros son  notamment. Supergrass grandissait vite. Et cela ne nous plaisait pas tant que ça. Le groupe reformé en 2019 devrait tourner à nouveau autour de cette réédition. Les Supergrass sur scène sont toujours aussi bons. C’est déjà ça. Comme hier, ils font ça pour l’argent, et sûrement aussi un peu pour le plaisir d’y revenir.

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