On a trop peu parlé chez nous du travail artisanal et précieux de Manuel Bienvenu. Cela fait une vingtaine d’années maintenant que le musicien et compositeur nous offre ces magnifiques montages soniques, instrumentaux et chantés, généralement à raison d’un tous les cinq ans, ce qui les rend si importants, présents et rares à la fois. Le prochain disque du Français sort le 7 mars. Il s’appelle Oh Do We et comprend une petite dizaine de compositions qui se situent dans la lignée du précédent, Glo, sorti en 2020.
Le nouvel album, à l’image du single éclaireur Combini, est peut-être plus joueur, pétillant et joyeux que le précédent. On trouve toujours chez Bienvenu une vie qui déborde, des sources d’émerveillement qui tiennent au dialogue ou à la cohabitation/juxtaposition d’instruments, de sons, d’harmonies. Les chansons sont comme des touches de peinture, constituant un tableau chaleureux et empli de bienveillance, qui n’a pas vraiment de thème défini ou qu’on pourrait qualifier de “figuratif”.
Manuel Bienvenu impressionne et il imprime : il parle ici des éléments, d’une petite ville, d’une supérette japonaise, de la pluie, d’un tas de choses qu’on identifie pas vraiment et auxquelles, saisis par la poésie et l’élégance du tout, on s’en remet sans chercher à comprendre ou entrer dans le détail. L’ensemble s’applique comme une caresse ou une bulle de bonheur, un peu hors du temps et très pop. On pense assez souvent en écoutant Bienvenu, tant pour la musique que pour le chant du reste, aux travaux tardifs de Talk Talk (disons période Spirit of Eden) mais en plus léger et en plus artisanal encore, comme si la musique du groupe (qui accueille ici de nombreux contributions, de nombreux instrumentistes), se construisait dans un atelier à la campagne, une maison du bonheur plutôt que dans un studio professionnel. Il y a dans cette orfèvrerie DIY une vraie volonté d’embrasser les sons du monde et de les laisser courir en liberté devant nous. Le précédent single Nureta Bara (composée par la fille adolescente de l’artiste et qui signifie “rose détrempée” sur ce qu’on a trouvé…) renvoyait tout comme Combini à l’empreinte japonaise du disque marquée sur plusieurs morceaux dont celui-ci chanté par la chanteuse Mmm.
La grâce qui se dégage de l’ensemble est aussi évidente qu’elle nous paraît fragile et précaire. La pochette élémentaire d’Oh Do We renvoie à ces travaux manuels de pliage, de découpage, de froissement des sons, des musiques et des voix qui offrent en retour des chansons comme autant de dépôts d’émotions, un peu jazz, un peu pop, et bonbons à laisser fondre sous la langue. C’est sophistiqué, beau et impénétrable. La musique tournoie, danse et puis s’en va.

