[Chanson culte # 49] – Cruel Summer de Bananarama (1983) : trois pet shop girls

Bananarama - Cruel SummerA chaque été ou presque, c’est le grand tube qui revient hanter les esprits – particulièrement en période de canicule et de loose amoureuse. Nul doute ainsi que les fêtes estivales de 2020, ou plutôt l’absence de fêtes estivales en 2020, pourraient revendiquer ce refrain culte, éternel : « It’s a cruel, cruel summer / Leaving me here on my own ». Et même donner envie de remonter le temps et de ne plus jamais quitter les années 80 – quand les filles cherchaient à dompter les mecs par leurs looks et leur musique plutôt que par des procès.

Bananarama. Sacré groupe so 80’s, mais finalement guère plus que les Pet Shop Boys ou New Order – à la différence que l’on écoutera une nouvelle sortie des PSB et de NO quand on ne sait plus trop ce que deviennent ces trois anglaises. Pourtant, Sara Dallin, Siobhan Fahey et Karen Woodward dominèrent la quasi totalité de la décennie 80 (disons, de 83 à 88, du premier album au départ de Fahey). La France new wave des radios libres succombait elle aussi aux panaches des filles, encensant leur premier hit (énorme Shy Boy) puis, en 86, la dance pop Stock Aitken Waterman de Venus (reprise extravertie de Shocking Blue). Mais Cruel Summer demeure aujourd’hui encore l’apothéose tubesque de Bananarama, en tout cas la chanson du groupe que l’on écoute toujours avec fébrilité lorsqu’elle passe au PMU, que l’on fredonne inconsciemment à chaque début d’été ou que l’on place inévitablement sur nos compiles consacrées aux « meilleurs chansons électro-pop féminines des années 80 » (juste devant le I’m not Scared de Eighth Wonder).

Cruel Summer est une chanson triste interprétée avec beaucoup de gaieté par les trois filles (dont l’originalité vocale consistait à chanter simultanément sur le même registre). Dans le clip, Sara, Siobhan et Karen, en mécaniciennes, ne semblent guère souffrir de la chaleur exprimée par les paroles (« Hot summer streets / And the pavements are burning / I sit around / Trying to smile / But the air is so heavy and dry »), pas plus qu’elles ne déplorent l’absence d’amis (« The city is crowded  / My friends are away / And i’m on my own ») ou de l’être aimé (« Now you’re gone »). L’heure est aux rires et à la bonne humeur. Sans doute car la chanson détient un pied de nez : « Now you’re gone » certes, mais « You’re not the only one ». Pourquoi broyer du noir en plein été ? Il y aura toujours des rencontres imprévues qui viendront égayer les soirées. Les dernières images du clip valident cette hypothèse puisque les filles, lors d’une party improvisée, se mettent à joyeusement danser en compagnie des protagonistes croisés auparavant. Fun girls free !

Avec leurs fringues de mecs, leur façon de cracher des bananes sur la police, toute l’émancipation féminine qu’elles transmettaient ici, Sara, Siobhan et Karen étaient contemporaines de Madonna – dont les premiers succès, Holiday et Lucky Star, proviennent de la même année. Bananarama aurait pu jouer un petit rôle dans le film Recherche Susan Désespérément : comme Louise Ciccone, cette formation avait suffisamment de bagou pour se sécher les aisselles dans des toilettes publiques. Et de talent pour composer des tubes aussi profonds qu’enivrants, aussi dansants qu’empoisonnés. Bizarre que Neil Tennant et Chris Lowe n’aient jamais collaboré avec Bananarama…

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1 Comment

  • Excellent billet M. Thooris.

    En effet, coiffures gaufrées et crinières sauvages faisaient des ravages capillaires à l’époque. Le titre contient vraiment des sonorités estivales proches des premiers albums de Madonna (notamment “Into The Groove”, mais aussi “Who’s That Girl” plus tard en 1987).

    Il y a cette saveur également douce-amère assez rare dans les hits de cette décennie, sensibilité typiquement british, que l’on retrouve chez Bronski Beat (“Smalltown Boy”) – Somerville y est sûrement pour quelque chose -, les PSB (“West End Girls”, “Domino Dancing”) ou Kajagoogoo (notamment “Hang On Now” et “Too Shy”). Quelque chose oscillant entre la légèreté exaltante des rencontres de vacances, et le spleen des déceptions qui s’ensuivent. D’ailleurs, on entend “Cruel Summer” dans le dernier Ozon (“Été 85”), comme un avertissement aux amours contrariés arrivant à galop.

    À quand un article sur Kajagoogoo, le groupe chewing-gum par excellence auxquels tous les antihéros de Bret Easton Ellis envient les tiffes?

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