Un disque qui s’appelle Le Télescope de la Mort ne pouvait que nous plaire. C’est le titre du nouvel album du duo venu de l’Est, Fantôme Josepha, curiosité messine à deux têtes (et au moins quatre ou cinq bras) composé de Arnaud Marcaille et Josepha Mougenot. Le prédécesseur, Dramarama (si on a rien raté entre les deux), faisait partie des albums les plus fous qu’on a écoutés ces dernières années, mêlant un univers post-industriel voire punkisant un peu déjanté, à des arabesques folko-magiciennes, réellement hallucinantes. On est toujours tenté en décrivant ce genre de musique d’associer beaucoup trop d’adjectifs les uns aux autres pour expliquer à quel point c’est singulier, bizarre, mais aussi super bien… quand même ou alors pour cette raison là. Fantôme Josepha est le genre de groupes qui emmerdent ou désarçonnent les critiques, ce qui nuit forcément à leur rayonnement dans les supermarchés et les radios FM.
Voici donc le duo de retour qui après un premier single libéré il y a quelques temps, Wie Aus Wie Ein, nous livre un deuxième extrait de ce nouvel album en 7 pièces, intitulé Da Guerra. Cette fois-ci comme les précédentes, on ne se risquera pas à décrire la chose de trop près. L’argumentaire officiel évoque des influences médiévales, des résonances ghost-wave (on connaissait surtout les coiffures avec des ondulations très souples en forme de S comme zozo) et évidemment de pop électronique. Oui et sur-oui, c’est bien tout cela qu’on trouve ici avec des flutiaux et des lignes de synthé shamanico-fantastiques et un chant qu’on qualifiera faute de mieux de psychédélique et gothique. La chanson démarre comme un pur produit expérimental dont l’effet est amplifié par un clip fauché dansé assez fascinant avant de prendre une tournure plus profonde autour d’un clavier/synthé et d’une basse fantomatiques et lugubres. Fantôme Josepha sonne ici comme une version sylvestre du Dead Can Dance ou de Siouxsie arrangée par Chris & Cosey, à peine échappés de Throbbing Gristle.Comprenne qui pourra. La pop est spectrale mais on voit et on rigole à travers.
Le rythme faunesque est chancelant, branlant mais suffisamment cadencé pour donner le sentiment qu’on bringuebale quelque part, sous la pluie, avec un faucon sur le poignet et une outre de peau au flanc, emplie d’eau fraîche ou de vin. Mais où ça ? Vers la guerre, l’affrontement, la baston ou la science selon Clausewitz. A guerra. A cette lecture (du titre), la marche prend une toute autre allure, comme si on s’en revenait déjà de l’affrontement ou qu’on cherchait à y aller sans le vouloir vraiment. Il manque un membre ou deux et cela fait bien longtemps que la fleur n’est plus au bout du fusil. Le médiéval et le folklorique sonnent la charge. Le spectacle est burlesque mais aussi macabre.
Qu’on se rassure, le reste du disque (qu’on a eu la chance d’écouter) est à l’avenant : plein de mystère et de charme.
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