On aime tellement cet album qu’on pourrait en faire notre “événement de la semaine” s’il bénéficiait d’une reprise par Julien Doré ou Jul (on est pas sûrs quand même). Heureusement, ce ne sont pas ces deux joyeux lurons qui sont ici convoqués par Dan The Automator, l’architecte en chef du meilleur album de hip-hop de ces 25 dernières années (le disque originel date de l’an 2000), Deltron 3030. Le disque a eu sa suite, sa version instrumentale, sa version live mais on en parle jamais assez. A l’époque où la musique numérique ne régnait pas en maître encore sur l’industrie du hip-hop et tout le reste, des producteurs accouchaient encore (c’était les années 2000 avec Prince Paul et d’autres) de savoureux albums concept (souvent galactiques) qui exigeaient qu’on les écoute en ENTIER. L’idée est un peu folle trente ans plus tard où plus grand monde n’écoute un album dans l’ordre et en intégralité (sauf quand il s’agit de performances de vieux croulants qui sont payés pour faire le contraire de tout ce que tout le monde fait et capitaliser sur la nostalgie de cette période là) mais Deltron 3030 aura été le couronnement de cette aventure précise, né de l’association du producteur Dan The Automator Nakamura et du génial MC Del The Funky Homosapien.
2013, la suite Event 2, est comme une suite, un peu moins cool. 2016 : Event 2 Live est tout de même supra cool. Et on retiendra donc qu’en 2025, un EP de remixes est enregistré avec Automator et le producteur qui monte qui monte Adam Weissman aka Real Bad Man. Le bonhomme implanté à Los Angeles a fait fructifier sa petite affaire de label, de production de rap et de… fringues à une vitesse folle en 3 ou 4 ans et c’est donc tout à fait naturellement qu’il s’attaque en 4 pièces à l’album de légende. Weissman et Automator étaient fait pour se rencontrer puisque le premier a fait son fond de commerce d’emprunts plus ou moins référencés à la pop culture qui irrigue les travaux du second : des séries B et Z, de vieux machins de science-fiction mais aussi des relectures vintage modernisées de “standards” de la culture qui vont donc de Tangerine Dream ou Can à… Deltron 3030. Weissmann est dans le business depuis 20 ans et a façonné une marque qui affiche une croissance exponentielle en s’alliant à des marques en vue comme Nike ou Stussy. Il a aussi et bien sûr signé plusieurs albums collaboratifs avec notamment Kool Keith.
Peu importe le pedigree et les références, ce qui compte c’est le EP et c’est un bon délire marqué par une relecture splendide de Time Keeps On Slipping qui accueille des feats de Blu, autre rappeur de L.A., et surtout Alexis Taylor (Hot Chip). On ne sait pas trop comment la connexion s’établit ici mais le résultat est épatant. La deuxième chanson est une reprise de l’une de nos tracks préférées, le merveilleux Things You Can Do qui est étirée, sensualisée et un peu trafiquée. C’est carrément moins bien que l’original mais on s’en fout un peu, le plaisir reposant principalement dans le souvenir qu’on a de la version de départ. Le boulot est complété par deux instrus, intéressants.
C’est du business mais du bon business. Un beau travail, un casting royal et un matériau de premier ordre. Pour le weekend, c’est tout à fait recommandé et c’est en écoute gratuite ou payante, on ne va pas s’arrêter à ça.

