Dominique A & Astrid Sonne – Route du Rock 2025 – La Nouvelle Vague

Début en douceur pour cette 33e édition du festival malouin. La soirée d’ouverture, comme tous les étés depuis 2013, se déroulait à La Nouvelle Vague. Bien que très agréable, autant dans sa dimension acoustique que visuelle, cette salle, un peu vieillissante, souffrait d’un défaut de climatisation par cette chaude soirée estivale, les murs suintaient littéralement. Ce léger désagrément n’en a pas pour autant entaché la qualité de la soirée, composée d’un double plateau, pour une inauguration du festival en douceur, mais dans une atmosphère torride qui préfigurait finalement assez bien de la suite de cette édition.

Astrid Sonne - Route du Rock 2025

Astrid Sonne – Route du Rock 2025 – La Nouvelle Vague – 13 août 2025

C’est Astrid Sonne, qui ouvrait la soirée. Cette compositrice et altiste danoise, installée à Londres, présentait en duo avec une violoniste un set tout en apesanteur où les climats des cordes répondaient aux atmosphères électroniques. Une alliance dans laquelle cette jeune compositrice excelle. Tout ici travaille sur d’énigmatiques et allusives ambiances, à la frontière de l’abstraction. Le chant éthéré et rare répond aux évolutions obsédantes des claviers qui alternent rondes et progressions tortueuses, plages vaporeuses et envols aériens. Les cordes, centrales et exploitées dans toutes leurs possibilités, du jeu d’archet classique au pizzicato nerveux, s’imposent dans cet ensemble avec une palette de jeu très maitrisée. Ce duo offre des paysages sonores qui pourraient parfois rappeler l’approche musicale de Colleen / Cécile Schott, ou certains climats inquiets ou mélancoliques croisés dans les compositions de Rachel Grimes. Ce premier concert du festival installe une atmosphère à la limite de la méditation, imposant une écoute cérébrale, active et propice au rêve éveillé, onirique, parfois même inquiétante, mais en tout cas propice à une introspection très cinématographique.

En tête d’affiche, c’est évidemment Dominique A que la grande majorité du public attendait avec impatience. Pour cette soirée courue, puisqu’elle affichait complet. Dominique A, en grand abonné du festival, se présente cette fois avec une formation réduite. Sur cette tournée, il forme un trio avec Julien Noël au Fender Rhodes et au piano à queue et Sébastien Boisseau à la contrebasse. Deux musiciens d’exception, déjà présents à ses côtés depuis l’album Le monde réel. Une formation inédite donc pour les scènes du festival malouin. Si Dominique A s’impose bien comme l’artiste le plus souvent programmé dans ce festival, c’est toujours une évidence de venir le retrouver quand il vient y jouer. Présent notamment en 1993 pour la troisième édition, puis il y a trente ans tout juste, pour la seconde édition dans le fort, en 1995, puis en 2009, pour un seul en scène absolument renversant ou encore, en 2012. On peut dire qu’il est ici chez lui, ou en tout cas devant son public de gothiques déprimé comme il le qualifie en ironisant. Évidemment, tout cela ne rajeunit personne, comme il ne manque pas de le rappeler en évoquant sa venue à Saint-Malo en 1993, alors que le festival élisait pour la troisième et dernière fois domicile à la Maison des associations. Mais fort de ce constat cela nous conforte dans une fidélité réciproque et dans la certitude de compter en lui un artiste aussi attachant que talentueux et exigeant.

Dominique A - Route du Rock 2025

Dominique A – Route du Rock 2025 – La Nouvelle Vague – 13 août 2025

Cette date était une reprise de tournée, engagée ce printemps et interrompue à l’approche de l’été. Dominique A ne manque pas de noter, avec l’humour un peu pince-sans-rire qu’on lui connait bien, qu’aucun festival n’a voulu de lui cet été. Grand mal leur en a pris, et tant mieux pour le public malouin qui s’offre ainsi une belle prestation, pleine de fraicheur et d’élan, de la part d’un trio reposé par quelques vacances bien méritées. Pour cette tournée en trio la formation qui accompagne Dominique A est tout au service de la voix, des textes, mais aussi de la présence scénique du chanteur, tout en proposant des interprétations aussi délicates que raffinées. Elle distille avec délicatesse et à propos des climats quasiment jazzy et aérien où les silences font sens et où le corps et la gestuelle du chanteur peuvent alors emporter les mots. On se prendrait presque parfois à voir poindre la figure tutélaire de Mark Hollis et les climats intimistes des deux derniers albums de Talk Talk. Avec une vingtaine de titres, en un peu plus d’une heure trente de set, le public n’a pas été frustré. Sur cette tournée, Dominique A revisite généreusement son répertoire et croise les époques, replongeant même dans l’incontournable Courage des oiseaux, déjà présent, comme il le signale malicieusement, lors de son set de 1993. Mais aujourd’hui, le clavier Casio et la boite à rythmes rudimentaire ont laissés la place à un instrumentarium plus confortable et chaleureux. Une superbe demi-caisse noire au vernis perlé, une guitare classique et une très classique Fender Telecaster pour quelques moments plus rock qui concluent le set. Dans son dos sur sa droite les claviers de Julien Noël et en léger recul à sa gauche, l’imposante contrebasse de Sébastien Boisseau. Un instrument rare à la Route du Rock comme le chanteur le note, amusé. En effet, de mémoire, il me faut remonter à la venue de Sparkelhorse à la fin des années 90 pour en croiser une autre sur les scènes rock malouines. Un concert de Dominique A c’est aussi maintenant une gestuelle plus affirmée, les mains ne cessent de voler, la tête de se projeter, le torse de se tendre et de se relâcher, tendant même vers des pas d’une danse qui évoque une marionnette malmenée. La scénographie tend, elle aussi, vers l’épure, déployant les teintes bleuâtres, majoritairement un bleu profond, d’abimes évoquant aisément le glaz, celui-là même qui pourrait évidemment rappeler les couleurs de l’océan présent dans certains textes.

De Ce geste absent à Oklahoma, 1932 en passant par le poignant Immortels ou le déchirant Au revoir mon amour, sans oublier un logique enchainement entre l’Horizon, qui conclut le set, et l’Océan qui débute le rappel, puis nous amène vers le Twenty-two bar, titre qui souffre toujours un peu maintenant de l’absence de la voix de Françoiz Breut, mais n’en reste pas moins une chanson aussi incontournable qu’essentielle, le rappel se conclue sur un splendide Eléor, avant un dernier titre en guise de second rappel avec Oklahoma, 1932. Dans ces évocations de souvenirs, ces récits intimes ou ces fantaisies, emplies d’une humanité fragile et chargée de poésie, on ne pouvait trouver meilleure manière d’entamer le festival.

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Photographie : La Route du Rock 2016
De tous les Dominique A qu’on a vus

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