Route du Rock 2025 – La Nouvelle Vague (Saint-Malo, 1 mars)

C’est avec un plateau constitué de 5 groupes que la Route du Rock clôture cette année son édition hivernale, trois groupes français pour ouvrir le bal, dans une forme de relecture esthétique des meilleures sonorités indie-pop, et deux formations anglaises aptes à bousculer les lignes.

Alva Starr - La Route du Rock 2025

Alva Starr – La Route du Rock 2025

Les Parisiens de Alva Starr ouvrent la voie. Ceux-ci sont à l’indie-pop ce que les experts du Guide du routard sont au tourisme. Un moyen aussi adroit qu’avisé de filer à l’essentiel. Leur set nous emmène dans un voyage musical où les références guident nos pas et commandent les haltes. Depuis la scène de La Nouvelle Vague, le périple nous emmène directement aux États-Unis, avec, à peine débarqué, une promenade dans les rues de Hoboken où nous croisons les échos du trio Yo La tengo. Une traversée du nord du continent américain impose ensuite une halte à Olympia afin d’apporter une savante touche de désinvolture appliquée. L’escapade se poursuit de l’autre côté de l’océan Pacifique tout en tirant franchement la barre vers l’hémisphère sud, ce qui nous permet d’accoster avec bonheur entre Australie et Nouvelle-Zélande, où se font entendre les rythmiques et les timbres des productions du label Flying Nun records ou ceux des Go-Betweens. Le périple, de retour vers l’Europe, ne serait pas complet sans un détour par l’écosse des Pastels et de Belle and Sebastian et éventuellement par le Pays de Galles de Sarah records et de tant d’autres tenants de la Twee pop. Un tee-shirt de Heavenly, ostensiblement affiché par le clavier du groupe, nous rappelle, si besoin, que, accrochés à leurs étoiles, les 5 musiciens cultivent une pop lumineuse et joyeusement naïve, navigant entre raffinements adroits et indolence, faite de voix à l’unisson, couplets refrains, orgues aériens et lyrics malicieux : Je veux un U-boot pour noël / Pour saper mes ennemis et mes rivaux qui m’ont pris ton cœur… avec Alva Starr le tourisme musical offre de plaisants compagnonnages, fourmillant d’hôtes d’étapes tous plus charmants les uns que les autres. Cette prestation évoque avec bonheur une adolescence déjà lointaine que seule la musique permet de retrouver.

Sinaïve - Route du Rock 2025

Sinaïve – La Route du Rock 2025

Après un changement de plateau, la place est à Sinaïve. Le trio strasbourgeois s’est imposé ces derniers mois comme la sensation francophone dans le Landerneau des musiques indépendantes, bruitistes et rocailleuses. La guitare acérée, grinçante et puissante, la rythmique mécanique, digne d’un automate en fer blanc, la basse claquante, qui fouette les mélodies, cette formule est bien connue et n’apporte pas de réelle surprise, si ce n’est celle d’une alchimie qui, si elle ne transforme pas encore le plomb en or, réussie à produire de belles étincelles et de copieux panaches de vapeurs colorées aux parfums appréciables. On se sent en terrain connu et on s’y sent bien. Évidemment les amateurs de précision et de rectitude passeront leur chemin, mais les amoureux de fougue turbulente, décomplexée et franchement indisciplinée y trouveront leur bonheur. Les sonorités oscillent adroitement entre transe psychédélique répétitive, no-wave minimaliste et pop shoegaze grinçante. Cette formation post-covid, a largement profité des périodes de confinement pour produire en vase clos, ce qu’illustrent bien les maux et les ardeurs d’une jeunesse malmenée, dont les pieds sont bien lourdement ancrés dans notre époque et dont les horizons sont forcément un peu voilés. Si les paroles sont teintées de nihilisme, cette formation, parfois déconcertante, parfois follement excitante, ne pourrait-elle pas annoncer le nouvel âge d’or d’un rock français, à la hauteur de ce que les Toulousains de Diabologum avaient su proposer au milieu des années 90.

Bryan's Magic Tears - La Route du Rock 2025

Bryan’s Magic Tears – Route du Rock 2025

Avec la prestation de Bryan’s Magic Tears nous sommes là encore dans des territoires où chaque sonorité nous parvient comme par un sentiment de déjà entendu. Mais là où la forme était à l’indolence et même à une pointe de désinvolture chez Alva Starr et Sinaïve, nous avons au contraire chez Bryan’s Magic Tears une forme de rectitude appliquée et une implacable précision ou le son et le sens de la composition sont sacrément en place. Tout semble nous emporter dans un même élan, à la manière d’une marée montante que rien n’arrête. La leçon des 90’s est là. Cette période est une page d’histoire musicale parfaitement maitrisée et même très largement écumée par ces jeunes gens qui n’avaient visiblement pas encore l’âge d’enregistrer leur première cassette compilation quand le siècle dernier tirait sa révérence. Ce set évoque donc davantage une brillante playlist, adroitement composée, ou les sonorités d’une Amérique grunge et pop-rock rêches tendent la main aux plus belles plages de la pop et du rock indé anglais. Après ce set très convaincant, si vous en redemandez, sortez votre stylo Bic pour rembobiner.

Fat White Family - Route du Rock 2025

Fat White Family – Route du Rock 2025

Après ces trois prestations très référencées, l’entrée en scène de Fat White Family opère un changement de ton radical. Lias Saoudi, comme à son habitude, soigne son entrée en scène, arrivant comme par effraction, fendant la foule, accompagné d’un accessoire improbable : un ficus, croisé sur sa route, qu’il installe ostensiblement en front de scène. Pendant ce temps un concert de flatulences à la viscosité disparate brise la glace. Le guitariste Adam Brennan aurait-il répondu positivement au KickStater de, l’auto proclamé « silly projects guy », Steve Gadlin afin de développer sa Fart Pedal, la seule et unique pédale d’effet apte à « faire sonner votre guitare comme un pet ». Si !  si ! je vous assure, cette pédale d’effet existe bel et bien. Et, aussi inutile que douteuse soit-elle, elle s’est déjà imposée comme un must have. Passé cette plage introductive tonitruante « la famille dysfonctionnelle » menée par les frères Saoudi, emporte le public dans un set aussi accompli, qu’implacable et incontrôlable. Moins grandiloquent que lors de leur passage sur la grande scène du fort Saint-Père en aout 2023, la prestation s’avère cependant plus convaincante encore. Lias est presque sage, n’empoignant ses parties génitales que de manière très fugace (comparativement à ce qu’il a pu nous donner à voir par ailleurs). Le groupe soutient, dans une présence cinglante et vrombissante, les mots de Saoudi. Au milieu d’évocation du « ressentiment, de la peur, de l’anxiété, de l’appréhension, de l’amertume, de la jalousie, de la culpabilité, de la paranoïa », il ressort de ce cette prestation un certain fatalisme, inévitable fruit de la course incontrôlée et incontrôlable de notre époque. Mais ce qu’il reste au final de cette prestation c’est l’explosive efficacité d’un groupe qui, derrière son apparence de chien fou et de trublion fantaisiste, est en fait une véritable machine à bousculer nos certitudes, en partageant ainsi leur regard hautement décalé, ils parviennent, dans une soif d’authenticité, à laisser un peu groggy et décontenancé.

Adult DVD - La Route du Rock 2025

Adult DVD – Route du Rock 2025

Après cette démonstration, c’est Adult DVD qui vient conclure la soirée. Ce sextet de Leeds, dont le projet s’est ébauché au cours du confinement, monte sur scène quasiment étonné de constater la persistance d’un auditoire à cette heure tardive. Le plateau est bardé de synthés, interconnectés par d’ostentatoires câbles orange fluorescents. Au milieu de cette pieuvre acidulée, la formation déroule une électro-dance-rock gonflée par des breaks teintés alternativement aux sonorités électro des années 80 et du début des années 90. Ces évocations, parfois un peu gadget, ne manquent pas d’atteindre l’effet escompté quand elles revisitent, comme sur Sandman Mancave, les échos des soirées transe, c’est alors l’ombre bienfaisante des Mancuniens de 808 state qui semble planer avec insistance sur la nuit malouine. Au final, ces six musiciens parviennent, dans une esthétique un peu fourre-tout et luxuriante, à cultiver un sens de la débrouille très convaincante où guitares et synthés cohabitent pour mettre un terme jubilatoire à cette fin de soirée.

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