Filles de septembre (2) : La séduction tranquille de Tina Refsnes

Tina RefsnesIl y a des musiques et des filles dont le charme entre facilement en résonance avec les saisons. Ce n’est pas seulement parce qu’on se nourrit récemment à haute dose du September Gurls de Big Star, qu’on en pince un brin pour la jeune Norvégienne Tina Refsnes, mais sans doute faut-il chercher dans le refroidissement pré-automnal, la reprise de notre train-train quotidien et la mélancolie du retour aux affaires, une raison pour laquelle on accorde à sa musique, à sa frimousse et à sa voix sublime des vertus dont on est pas si certains. Avec un album qui sort début novembre, No One Knows That You’re Lost, Tina Refsnes, qui a vécu longtemps à Liverpool, a trouvé son groupe et sa vérité à Toronto, rappelle ces filles (à lunettes)à la voix triste et aux joues rondes dont on a rêvé depuis l’origine de la guitare acoustique. Elle parle de petites choses : des nuages qui tournent la tête comme sur ce single Upside Down Clouds, de l’immense Alaska (l’un des morceaux découverts en début d’année), et de solitude amoureuse. Le groupe qui l’accompagne est un groupe de techniciens de la peine (l’un d’eux a bossé avec Ron Sexmith), ce genre de gars invisibles qui jouent sans avoir l’air de jouer et ne gaspillent pas une note de peur qu’on leur demande de faire un pas en avant.

Tina Refsnes rappelle Karen Dalton, Bridget Saint John, ces créatures légendaires qualifiées jadis de Nick Drake au féminin, dans un raccourci sexiste éhonté, et qui avaient le pouvoir en chantant de faire tomber les feuilles ou d’annoncer l’hiver. Plus près de nous, on fait partie des rares personnes à soutenir que Lisa Loeb (mêmes lunettes, mêmes chemises rétro-fashion, même voix sexy d’étudiante malheureuse) était une artiste incroyable. La musique de Tina Refsnes évolue entre la folk anglaise disparue et la country débonnaire (mais jamais vulgaire…) d’une Americana de conte de fées. Le jeu de guitare est solide, habile et gracile comme un été indien. Les chansons passent comme les émotions, un peu tendres, un peu trop vite : des villes, des campagnes, des clichés montagneux et des flocons de neige qui recouvrent des chagrins d’amour et des caresses délicieuses. C’est une musique qui agit comme un feu de cheminée, en grésillant et en donnant le rouge aux joues. On y prend au final ce qu’on veut : la douceur, la promesse d’érotisme (bien sûr), ou la naïveté hipster. Paradoxalement, si l’interprète a ses talents, c’est à l’auditeur de faire la majeure partie du boulot pour rapatrier cette proposition minimaliste dans son quant-à-soi de fantasmes bucoliques ou cochons. La musique de Tina Refsnes ne sert à rien d’autre qu’à se donner du plaisir. C’est évidemment une qualité essentielle.

Ecrits aussi par Benjamin Berton

Camp Claude : le clip jeu-vidéo qui se danse sans les mains

Chaque sortie de Camp Claude semble destinée à nous rendre accros. On...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *