Festival Art Rock 2025 : une programmation à large spectre

En ce week-end de Pentecôte, comme chaque année depuis 42 ans, le festival Art Rock faisait battre le centre-ville de Saint-Brieuc. Avec sa programmation à large spectre qui a donc les avantages de ses inconvénients, ou le contraire. C’est-à-dire qu’elle nous permet de nous faire une image générale assez lisible des tendances musicales actuelles, mais ne nous fournit forcément pas une représentation détaillée et d’une netteté parfaite. À chacun ensuite d’aller y regarder de plus près. De ce fait, Art Rock est évidemment du genre de festival que les mélomanes pointus snoberont peut-être. Il a par contre tous les atouts pour satisfaire les amateurs de musique ouverts à l’éclectisme, ou tout simplement un large public à la fois curieux et heureux de découvrir ou redécouvrir sur scène des artistes incontournables ou plus confidentiels dans un cadre festif confortable. Samedi après-midi, au deuxième jour du festival, dans « un sentiment d’excitation de la suite et de bonheur de la veille », la directrice artistique, Alice Boinet, nous a éclairés sur cet ADN du festival briochin, dont elle a repris la direction artistique en 2018. Celle qui, par son éclectisme, s’amuse à perdre les algorithmes des plateformes musicales qu’elle consulte quotidiennement nous a accordé un entretien, l’occasion de revenir sur ce week-end, de décrypter certains aspects de la programmation et d’en pointer quelques prestations marquantes.

Texas Art Rock 2025

Texas Art Rock 2025

Comme le fait remarquer Sharleen Spiteri, la chanteuse et guitariste de Texas, qui assure la tête d’affiche de cette première soirée, c’est sous une météo écossaise que débute le festival. Un climat que cette formation a peut-être amené dans ses flight cases. Avec Franz Ferdinand, une seconde formation écossaise d’envergure clôturera d’ailleurs le festival. Ce qui fait  dire à Alice Boinet, un peu amusée, que, côté météo, elle a peut-être tendu le bâton pour se faire battre. De toute manière, les spectateurs bretons sont habitués et savent s’équiper en conséquence. Et au moins, dans les rues de Saint-Brieuc, où se tient le festival, même sous la pluie, on n’est pas dans la boue. Mais, cette année, fort heureusement, les ondées auront ensuite la délicatesse de se manifester de manière assez peu insistante, laissant aux festivaliers le loisir d’apprécier les concerts au sec et dans une douceur toute printanière.

Yelle Art Rock 2025

Yelle Art Rock 2025

La ligne artistique du festival s’articule autour de trois idées fortes. D’une part un savant équilibre entre une fidélité à des artistes reconnus et une attention à construire l’émergence. C’est cette alchimie revendiquée qui permet de tisser des histoires communes, qui se construisent au fil des éditions et des projets artistiques. Franz Ferdinand est de retour un peu plus de 20 ans après son apparition en 2004. Katerine, lui, était à Saint-Brieuc en 2006. Pour ce qui est de La Femme, les spectateurs briochins les avaient déjà croisés en 2013 et en 2017. Mais c’est sans doute la nouvelle création de Yelle, pour les 20 ans de ce projet emmené par Julie Budet, qui illustre le mieux cette fidélité. Cette figure locale, déjà 6 fois présente dans la programmation du festival, notamment en 2008, en 2010 puis encore en 2015. Ce qui, au-delà d’une grande fidélité, manifeste aussi la volonté de promouvoir des artistes régionaux. Et au-delà, se manifeste aussi dans un souci d’impulser sur la carrière d’artistes que le grand public ne connaît pas encore, Alice Boinet insiste ainsi sur l’importance « de participer à faire connaître des artistes », tout en leur permettant de rester fidèles à leur esthétique à leur identité. À ce titre 63% de la programmation relève de la scène dite émergente.

Cette programmation est ensuite construite sur une attention toute particulière portée à la scène féminine. Alice Boinet note ainsi que la programmation est cette année à 60% féminine. « Finalement, il y a une majorité de femmes et ça fait du bien. Beaucoup de lives féminins, mixtes et de minorités de genre. » En amenant ce regard féminin dans la programmation, c’est aussi une manière de casser un cercle vicieux installé depuis de trop nombreuses années et de ne pas fournir uniquement des exemples et des modèles masculins aux nouvelles générations, tout en croisant les générations. Ainsi de Sharleen Spiteri, chanteuse guitariste à la tête de Texas depuis la fin des années 1980, ou de Chan Marshall qui nous régale avec Cat Power depuis le milieu des années 90, jusqu’à la jeune garde, représentée notamment par Baby Volcano et Uzi Freyja, dont la discographie est encore en devenir, en passant par des projets en pleine maturité, comme Yelle, ou en pleine ascension comme Juniore c’est un panel complet de l’évolution d’une carrière artistique qui est proposé, ce qui permet de créer des relations durables entre le public et les artistes.

Le festival se construit ensuite sur une dimension urbaine et humaine, qui « permet d’utiliser l’architecture de la ville comme enceinte, comme scénographie même du festival. » Les concerts de la scène B, avec pour décor la magnifique façade de la cathédrale, sont ainsi dans un véritable écrin. Chacun des 12 lieux du festival est situé en cœur de ville, l’ensemble du site du festival se situe, à échelle humaine, dans un périmètre de 5 minutes de marche, tout en offrant des modalités de mise en scène diversifiées, de la grande scène, pouvant accueillir jusqu’à 11 500 spectateurs, à la petite scène du forum, ce « chaudron bouillonnant de 1000 places » aux allures de club underground, en passant par les jauges confortables de la scène B où l’intimiste petite scène du village, il y en a pour toutes les formes. D’autant que la musique n’est pas seule représentée. Les arts visuels et les arts de la rue sont toujours très présents avec une exposition au musée, présentant les œuvres de 14 artistes-plasticiens, autour du thème de la mélancolie ou du vague à l’âme estival et avec la présence de la compagnie Royal de luxe pour une première présentation de sa nouvelle création Apesanteur.

Internet Girl Art Rock 2025

Internet Girl Art Rock 2025

De la première soirée, nous retiendrons principalement la performance époustouflante de Yelle. Ce lancement d’une tournée, célébrant les 20 ans d’une carrière largement saluée, est un coup gagnant, dont toutes les qualités ont littéralement électrisé la grande scène. Cette création était un sacré défi. Ce retour, attendu par un public intergénérationnel et de fidèles, a comblé les attentes. Scénographie et chorégraphie impeccable, dans un dispositif pourtant assez sobre et minimaliste. Julie Budet, véritable élastique longiligne, tressaute de manière précise aux rythmes des deux batteurs qui l’encadrent. Dans une alternance de moments de liesse aussi joyeuse, frondeuse que vaguement impertinente et de purs flottements oniriques, ce spectacle est une belle et prometteuse réussite. Un peu plus tard dans la soirée c’est une madeleine, tout droit venue de l’adolescence, qui s’empare de la scène. Une pop-rock teintée d’accents soul, blues et folk alliant langueurs voluptueuses à des envolées à la dynamique tubesque imparable. À la tête de Texas, Sharleen Spiteri, est armée d’une imposante Grecht, d’un vert électrique à paillette, les cheveux de jais coupés courts, légèrement ébouriffés. Elle pourrait ainsi passer pour une parfaite synthèse du sex-appeal de Debbie Harry et de la majesté d’une Marianne Faithfull. Sa voix a d’ailleurs parfois des accents de cette dernière. Nous avons là à faire à une formation aussi assurée que rassurante pour un public immédiatement comblé. Texas débute en effet son show par les deux hits I don’t want a lover et Summer son, ce qui met de suite dans l’ambiance, mais casse un peu l’horizon d’attente. Au final un show de très belle tenue, d’une grande efficacité, sans grande surprise, si ce n’est celle de réaliser que, derrière les futs de la batterie se trouve une tête bien connue. C’est en effet Cat Myers, que l’on a eu l’occasion de croiser sur scène avec Mogwai, qui assure la rythmique, d’un jeu aussi dynamique que démonstratif. La première soirée se terminera pour nous dans l’effervescence moite du Forum avec les Sud-Africains d’Internet Girl. Sur scène, ce trio c’est avant tout la présence et la voix de son chanteur Ntsika, dont le frêle charisme irradie. Dans un intrigant mix d’énergie canalisée issue du punk, de rigueur rock et de spoken word acide, soutenu par des rythmes électroniques alternant fraicheur exaltante et urgence, cette prestation clôture notre soirée dans une tension explosive.

Juniore Art Rock 2025

Juniore Art Rock 2025

La soirée du samedi débute avec Juniore. Ce projet a un charme fou, délicieusement rétro, il adopte une esthétique cinématographique, jouant tour à tour de plages planantes, de tempos envolés et nonchalamment entrainant. Mais derrière l’évocation musicale teintée des 60’s françaises, du meilleur des Yé-yé, s’affirment des compositions raffinées. Ces trois filles s’avèrent de très adroites conteuses de l’époque. Bien contemporaines, elles évoquent les états vaporeux d’une fin de soirée solitaire auxquelles succèdent les inquiétudes légitimes d’une époque anxiogène. Voix lointaines et délicieusement sensuelles, bercées par le flottement de synthés surannés, les titres s’enchainent comme autant de singles à offrir en pâture au diamant de votre Teppaz, pour une écoute paresseuse sur la terrasse, dans la pelouse ou alanguie au bord de la piscine en sirotant lascivement des mojitos jusqu’à la nuit. Ces sucreries, tout droit sorties d’une chambre d’écho, n’ont qu’une vocation : vous trotter en tête. Dans l’adresse de ces textes, il y a parfois de la fantaisie gainsbourguiennes. Le trio bénéficie de la présence de Samy Ostar. Celui qui s’est imposé ces dix dernières années comme l’artisan de disques acclamés, notamment aux commandes des albums de La Femme et de Feu! Chatterton, officie cette fois sur scène, à la guitare. Son allure de gourou psychédélique et la maitrise de sa Fender Jazzmaster pourraient lui accorder un ticket d’entrée inconditionnel pour intégrer le Brian Jonestown Massacre. Juniore nous livre au final un set musicalement impeccable qui manquait cependant un peu de dynamisme, mais avouons qu’il est difficile de s’endiabler à une heure où le ciel est encore lumineux et le public clairsemé.

Katerine Art Rock 2025

Katerine Art Rock 2025

Plus tard, dans la soirée, c’est devant une foule compacte, bouillante d’impatience que Philippe Katerine entre en scène. Ou plutôt qu’une réincarnation Bibendum bleutée de la reine d’Angleterre s’empare de la scène et capte immédiatement son public. Avec 3 changements de costumes au cours des trois premiers titres, ou plutôt deux costumes et un strip-tease, le décor est planté dans l’outrance. Il est bien loin le jeune homme timide qui, en décembre 1992, dans la pénombre de la scène de l’Ubu, débutait sa carrière en relisant ses Mariages chinois. Ces trente dernières années, Katerine s’est construit un personnage de second rôle, aussi indispensable qu’inoubliable, un peu caméléon farceur, aussi attachant pour certains qu’il est hérissant pour d’autres. Le Zouzou tour actuel, dans sa forme festival, est un condensé du spectacle présenté au printemps dans plusieurs grandes arènes. Cette tournée est aussi l’onde de choc amorcée par son improbable et hilarante apparition Schtroumpfesque lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Ce soir, il retourne malicieusement les commentaires acerbes sur sa personne. S’avère meneur virtuose d’une troupe improvisée, constituée d’un cœur de bananes récoltées dans le public. Katerine et son groupe excellent dans le décalage, la facétie et la provocation. Jamais vraiment vulgaire, toujours piquant, il reste avant tout follement amusant, tout en jouant à merveille de son personnage de bouffon. C’est-à-dire celui qui amuse par le grotesque et le fantasque, peut dire et faire tout ce qui lui passe par la tête jusqu’à l’insolence. En résumé, je me permets de citer l’analyse avisée de mon ami Christian : « en général un musicien essaye de percer en choquant, en faisant chier les vieux en mode punk, avant de s’apaiser progressivement, tenter des piano-voix, des guitares acoustiques. Pour Philippe Katherine ça semble être l’inverse. » CQFD !

La Femme Art Rock 2025

La Femme Art Rock 2025

La soirée se poursuit ensuite avec La Femme et son odyssée spectaculaire, 12 ans après un concert dans le forum, c’est un grand écart impressionnant qui propulse le groupe sur la grande scène, pour l’apothéose de cette soirée. La troupe, emportée par Sacha Got et Marlon Magnée, distille les ingrédients d’un rock explosif, hypnotique, d’une new wave dansante, assaisonnée aux influences australes. Dans une scénographie torride, le groupe, à l’allure indomptable, concocte des cocktails survitaminés, irrésistibles et euphorisants. La Femme réussit là une alchimie parfaite. On y décèle des emprunts à l’esprit alternatif français, incarné au tournant des années 80 et 90 par La Mano Negra ou Les Satellites, actualisés par l’urgence inquiète de notre époque, nappée d’un gout insolent pour les passerelles stylistiques. La soirée se conclut ensuite au Forum avec Baby Volcano. Le projet, mené par la chanteuse et performeuse Suisso-Guatemalteque Lorena Stadelmann, s’applique à bousculer les lignes. Dans une débauche d’outrances, l’image féminine est très méticuleusement malmenée. À base de postures lascives explicites, de regards vénéneux, Stadelmann, très dénudée, semble convoquer l’image de la sorcière, dans un set qui lorgne vers l’actionnisme. Musicalement, la proposition est un clash frontal entre une electro rugueuse, des tempos mêlant hip-hop et reggaeton à des sonorités tribales. Dans ce maelstrom décoiffant, il est cependant difficile de distinguer les textes polyglottes qui revendiquent des préoccupations éco-féministes. S’ensuit le trio techno-électro post-punk californien Sextile. Une prestation qui marquera la fin de soirée de manière opportune dans une ambiance de club berlinois, où les outrances décomplexées s’expriment au rythme d’une techno matinée de big beat, de hard tech, de gabber et de dark wave. Une formule assez teintée 90’s, gentiment sulfureuse et décadente, mais qui invite assez rapidement, sous le poids de la fatigue, à abréger la soirée.

Cat Power Art Rock 2025

Cat Power Art Rock 2025

Pour conclure ces trois journées, la programmation du dimanche débute pour nous en douceur, mais avec un événement : la prestation de Cat Power. Après trente années d’une carrière aussi impressionnante et acclamée que ponctuée de déchirements, Chan Marshall nous fait ce soir l’honneur d’une unique date en France, après l’Espagne et avant la Belgique et les Pays-Bas. Autant dire que, pour les admirateurs de cette artiste, l’occasion résonne comme un incontournable. En y ayant déjà consacré trois albums, l’Américaine est une grande habituée des reprises, s’affirmant ainsi comme une interprète de haut vol. Elle puise allégrement dans le meilleur des répertoires, celui des grandes figures de la folk, et de ses mariages avec le rock, le blues et la pop. Elle opère cette fois, avec l’album qu’elle est venue défendre, une sorte de retour aux origines. C’est en effet à Bob Dylan, celui dont elle écoute la musique depuis la petite enfance, que cette tournée est consacrée, plus particulièrement au concert donné au Manchester Free Trade Hall en 1966, un enregistrement pirate qui est aussi parfois présenté comme celui du Royal Albert Hall de Londres. Nous laisserons aux hagiographes le soin de démêler la polémique. Marshall et son groupe s’emparent avec autant d’aisance, de virtuosité que de révérence et une pointe d’audace, à ce répertoire. Comme il se doit, la dame entame ce set en acoustique, en trio, accompagnée par un guitariste et un clavier. Vêtue d’une veste noire et d’une chemise d’un vert gazon éclatant, le regard souligné d’un imposant trait d’eyeliner, les cheveux courts d’un blond décoloré, elle déroule les titres d’une voix délicieusement éraillée. À tel point que l’ombre bienveillante de Karen Dalton pourrait parfois montrer le bout de son nez. Chan Marshall, en véritable crooneuse, uniquement appliquée à son chant, laisse voler et se contorsionner ses mains, semblant tour à tour attraper les mots et les sons au vol, pour mieux les sculpter à sa mesure, ou s’y raccrocher pour se maintenir debout. La formation réduite et intimiste est bientôt renforcée. C’est alors un sextet qui entame la seconde partie électrique, plus envolée et incisive. Cette quinzaine de morceaux, qui nous emporte de She Belongs To Me à Like a Rolling Stone, en passant par Just like a woman ou Mr Tambourin Man, est revisitée dans un mélange d’authenticité et de singularité qui compose une interprétation d’une intensité déchirante. Un regret subsiste tout de même, suite à cette prestation mémorable, celle d’un contexte inadapté que cette grande scène. Un tel concert aurait effectivement gagné à être présenté dans un lieu plus intimiste et propice à une écoute attentive, on pense alors évidemment à la grande salle du théâtre. Après la distinction, la classe et l’excellence de Cat Power, difficile de véritablement se plonger dans le rock efficace, mais un peu brut de SBRBS qui s’empare de la scène B. La formule est très efficacement rodée, même peut-être travaillée à l’excès, dans le sens d’une sophistication spectaculaire manquant de spontanéité.

Yseult Art Rock 2025

Yseult Art Rock 2025

Nous passerons rapidement sur les prestations malaisantes de Yseult et Uzi Freyja. Yseult, noyée dans un nuage de fumée, s’agite un peu vainement sur la grande scène, harangue la foule d’une manière provocante qui se voudrait vénéneuse, mais ne parvient qu’à atteindre le stade du vulgaire un peu toc. Elle convoque une attitude rock. Dommage pour elle, tout cela fait un flop, achoppant sur l’accompagnement exclusivement composé d’une bande-son préenregistrée. On s’extrait assez vite de ce set, après seulement une poignée de titres et avec le sentiment d’avoir assisté à un karaoké un peu fumeux. Pour poursuivre la soirée, sur la scène B, la prestation débridée de Uzi Freyja, nous plongera dans un sentiment voisin. Celui de voir évoluer deux talents potentiels tristement mal canalisés, malgré leurs aptitudes vocales et leurs charismes aux qualités indéniables. Ces deux artistes, par leurs postures hyper sexualisées, égocentrées, hautaines et à l’arrogance provocatrice, ne parviennent finalement qu’à susciter une forme de sentiment d’indifférence et l’envie de vite passer à la suite, et quelle suite ! Après cette parenthèse restait encore à venir un très beau moment, apte à balayer toutes les ombres de ce milieu de soirée.

Franz Ferdinand Art Rock 2025

Franz Ferdinand Art Rock 2025

Le climax de cette clôture de festival revient en effet aux Écossais de Franz Ferdinand. Dans un show éclatant, porté par une scénographie assez minimale, mais complètement opérante, les musiciens, pleinement au service de leur musique et de leur public, impressionnent immédiatement. Alex Kapranos, leader charismatique, virevoltant avec sa Fender Télécaster léopard, est en performeur impressionnant d’agilité. Ses éclats explosifs servent au public conquis d’avance tout ce qu’il attendait : une véritable brochette de tubes et de titres imparables. Si le talent des Écossais n’est plus à confirmer, il est évident de constater qu’une telle formule rock, aussi classique soit-elle, opère toujours, pour le plus grand bonheur d’une foule transportée.

TVOD Art Rock 2025

TVOD Art Rock 2025

Pour clôturer la soirée, de retour au forum, les Américains de TVOD peinent un peu à séduire. L’étiquette Post-punk, un peu lassante, ne joue certainement pas en leur faveur. Les références psychédéliques et krautrock surnagent difficilement. Pour leur défense, la dynamique scénique est évidente et contagieuse. En embrassant ce son dur et brut, manquant cependant d’approche mélodique, ces artistes sont les très fidèles échos de certains aspects inquiétants de notre époque et à ce titre s’avèrent assez pertinents. Mais cette fin de week-end, altère peut-être la qualité du jugement et pousse alors à un repli stratégique.

De ce week-end subsiste un léger regret, celui d’être certainement passé à côté de deux belles prestations, n’étant toujours pas doté ni du don d’ubiquité, ni de capacités de téléportation instantanées. Manquent cruellement à l’appel de cette édition les concerts de Ne rangez pas les jardins, de Totorro et de Goodbye Karelle. Malgré ces quelques manques, cette 42e édition d’Art Rock confirme son statut de festival de premier plan et sa capacité à balayer le panorama de la création d’une manière aussi généreuse que curieuse, parcourant autant les chemins balisés que s’appliquant à reconnaitre et défricher des voies encore à ouvrir. Rendez-vous est d’ores et déjà pris pour le week-end du 22, 23 et 24 mai 2026.

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