Filles de septembre (4) : Parlor Snakes ou la revanche du diable roux

Parlor SnakesCe n’est pas moi qui ai commencé mais la chanteuse du groupe, Eugénie Alquezar, qui en dégainant cette pochette s’est tout naturellement frayé une place de choix dans notre série salace les Filles de Septembre (pour ceux qui n’avaient pas fait le rapprochement, le titre de la série est une référence à la chanson September Gurls, oui, avec un « u » pour l’accent de Memphis, du groupe Big Star). Comme on a reçu de nombreux messages (3, en fait) nous disant : 1. que Samantha Crain n’était pas aussi jolie que les précédentes  et qu’il fallait y rémédier 2. qu’on snobait éhontément les rousses…. les Parlor Snakes s’imposaient. Le groupe lui-même est un vieux machin, actif depuis 10 ans, qui évolue en quatuor classique (guitare, batterie, basse et chant) et qui a sorti son seulement deuxième album au printemps. Le premier, Let’s Get Gone, au titre pas forcément très heureux, était sorti trois ans avant et leur avait permis de se faire repérer et d’engager une très belle série de concerts, renouvelée cette année et cet été notamment, le groupe ayant (mais on y revient) de nombreux atouts.

Côté musique, parce qu’on est un peu là pour cela, le groupe évolue dans un registre rock n’roll option trash garage, c’est-à-dire un truc un peu remuant, vaguement rétro et punchy. Sur l’album, ça donne une entrée en matière We Are The Moon puis Here Comes The Hell qui a défaut d’être follement originale déploie une puissance euh… puissante. Parlor Snakes ressemble à un mélange du jeune Marillion, de Garbage et de Hole (après le shampoing du soir), ce qui dit ainsi ne veut strictement rien dire mais évoque une sorte de tambouille un peu bruyante, globalement séduisante mais avec parfois un parfum de fabrication industrielle. Watch Me Live, l’un des singles, est à cet égard assez symptomatique de ce que produit le groupe : un bon morceau emmené par la voix rauque de la chanteuse, tenu à bout de baguettes par une batterie qui en fait des caisses, mais qui ne dédaigne pas la facilité. Le groupe est bon et solide, mais cela s’entend un peu trop. L’ambiance peine à garder une cohérence, passant de morceaux vraiment rock à des balades puis à des tentatives plus gaies, voire carrément festives ou dansantes. Le résultat, du coup, prend des tours de foire mainstream et ravira surtout ceux qui ne craignent pas de passer du coq à l’âne et prennent leur pied en empruntant des sortes d’autoroutes émotionnelles à guitares.

Mais ce n’est bien sûr pas tout. Ce groupe (français, par ailleurs) dispose bien entendu en la personne de sa chanteuse d’un atout charme non négligeable qui change complètement les conditions de réception de sa musique. Si l’écoute (en canapé) du disque n’est pas franchement bouleversante et pourrait faire penser à une version indé de Niagara (oh, la vieille référence) ou à une Izia dont on n’aurait pas envie de fracasser la tête sur chaque note, voir les Parlor Snakes sur scène ou dans l’un de leurs clips apporte une dimension autrement plus… corporelle à leur musique. Leur dernier clip, Man Is The Night, est un excellent exemple de l’effet de fascination qu’exerce le groupe. Selon le vieil adage rockabilly « rousse au clocher, boules au panier » (qui signifie en clair que la réunion d’une jolie fille rousse et de symboles religieux conduisait immanquablement à l’excitation masculine – désolé!), le groupe produit ici ce qui n’est pas loin d’être son meilleur titre calme. Quelle aisance ! Quelle belle guitare rocko flamenco ! Et quelle voix ! Ainsi apprêtée, la jeune chanteuse est irrésistible au point qu’on oublierait presque les vocalises de boucher islandais qui terminent le morceau. On pense à ce côté magnétique et horripilant qui nous faisait adorer la Liz Phair des débuts, cet air mutin et vénéneux des filles de septembre qui appelle sur elles une immédiate indulgence. Parlor Snakes n’est pas et ne sera probablement jamais un groupe qu’on fréquente dans la durée, mais l’espace d’un single ou deux, d’un concert ou d’un LP fantasme, on ferait bien de ce succube rouge notre démon préféré.

Ecrits aussi par Benjamin Berton

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