Placebo / Collapse Into Never – Live in Europe
[So recordings]

6.7 Note de l'auteur
6.7

Placebo - Collapse Into Never - Live in EuropeOn est si vieux qu’on a connu et vécu en direct et avec un enthousiasme non feint l’émergence de Placebo au milieu des années 90. Si vieux que le groupe, qui a fêté ses 30 ans d’existence désormais, nous semble toujours avec le recul un groupe jeune et flamboyant, quand bien même son chanteur Brian Molko a maintenant dépassé la cinquantaine. Sur nos souvenirs de jeunesse, on a toujours eu le plus grand respect pour la carrière du groupe qui a signé (selon nous) trois bons disques (dont deux très très bons) au début de sa carrière avant d’habilement se transformer en une belle machine à conquérir de nouveaux publics et à remplir les stades/grandes salles. C’est ce double aspect que nous donne à voir et à entendre ce disque live, Collapse Into Never, capté sur différents sites durant la tournée 2022-2023 du groupe. D’un côté, on y comprend comment, en durcissant le son (en le gonflant mais aussi en le ralentissant un tantinet comme l’avait fait Cure en 1992) et en flattant certaines caractéristiques de son art (le soufre, l’ambiguïté sexuelle, l’aspect gothique et technologique), Placebo est devenu un groupe moderne à succès, un groupe international et à la puissance aussi dévastatrice qu’horripilante. De l’autre comment, ce même groupe s’est quelque peu paumé en route, épuisant quelque peu son stock d’ambiguïtés, pour aboutir à une forme de boursouflure à guitares et un poil fainéante. Placebo a perdu en subtilité et en fraîcheur ce qu’il a gagné en impact et en lisibilité.

La tracklist de ce disque live effraiera les plus anciens fans et ceux qui ne jurent que par les trois premiers disques. C’est un album live pour la nouvelle génération, un cadeau (le disque est sorti 10 jours avant Noël) pour ceux qui ont croisé la route du groupe en concert et pourront revivre le grand frisson de leur rencontre avec Molko et sa bande. Les vieux morceaux ont disparu ou presque : de Placebo, leur premier album, ne subsiste ici que l’excellent Bionic qui a perdu à peu près tout ce qu’il avait de fragilité et de charme à l’époque, ainsi présenté dans un lancement en espagnol et applaudissements, et exécuté de manière brouillonne et sans âme. Black Market Music résiste avec un Slave to The Wage toujours efficace et tendu entre les époques. On ne trouve nulle trace du meilleur disque du groupe, Without You I’m Nothing. C’est le nouvel album qui se taille bien sûr la part du lion. On a déjà dit ce qu’on pensait de Never Let Me Go, l’album est bon et surtout bien meilleur que ce que Placebo avait fait les années précédentes. Les rythmiques sont appuyées, dures et mécaniques, si bien qu’on a l’impression parfois d’avoir à faire à une musique jouée par des robots ou des métalleux/métallos de synthèse. Molko, dont on admirait jadis la façon de transformer les diphtongues en triphtongues, semble désormais faire des mots avec de simples syllables, soulignant avec une telle intensité ses qualités naturelles qu’elles en deviennent des défauts. Forever Chemicals et Beautiful James à l’entame souffrent un peu de cette balourdise et de ce surjeu généralisé, sans perdre toutefois leur valeur. On préfère toutefois les morceaux à double ou triple détente tels que Scene of Crime (tiré pourtant du sinistre Loud Like Love) qui permettent au groupe d’exprimer un peu plus de subtilité.

Le départ de Steve Hewitt, le départ originel (depuis 2007), a laissé un grand vide dans l’équilibre du groupe que les batteurs réguliers ou occasionnels ont du mal à remplir. Sur scène, l’envie de tabasser est souvent la plus forte et ne présente aucun charme lorsqu’elle atterrit sur un disque tel que celui-ci. Une bonne partie des titres de ce live sonne ainsi un peu trop durement, un peu trop brutalement pour ce qu’on a d’oreille. On peut aimer la rudesse et l’âpreté du vigoureux calin Hugz, mais aussi trouver que le déferlement de puissance est disproportionné par rapport à l’intention de départ. Collapse Into Never est beaucoup plus séduisant quand Placebo use de son charme légendaire. Happy Birthday In The Sky est émouvant et magnifique, comme l’est le très progressif et paranoïaque Surrounded By Spies.  Placebo est aujourd’hui plus habile quand il joue sur sa vitesse d’engagement que lorsqu’il veut piquer un sprint. Les titres du dernier album s’en sortent à ce jeu plutôt mieux que les anciens. Try Better Next Time est un single presque tubesque qui focntionne à merveille. On prend plaisir à exploser de bruit sur le vieux Infra-Red (période Meds), tandis que The Bitter End manque d’étagement dans l’effort. On a la même réaction de déception face à un For What It’s Worth qui sonne beaucoup moins agile et acrobatique qu’à l’époque de sa création (2009).

Collapse Into Never est un disque live qui se contente de saisir sur le vif et de manière photographique le Placebo de 2023 sans aucune intention de dire autre chose. Il valait de toute évidence mieux être sur place que de se refader cela sur son canapé. Placebo a choisi sur cette tournée de vivre et de jouer au présent, ce qui est un choix à la fois osé, conquérant et louable mais qui (en écoute passive) ne peut totalement convaincre ceux qui aiment du groupe sa continuité historique et sa valeur patrimoniale. Placebo se veut encore trop vivant et vivace pour faire un beau mort-vivant comme le font Cure et quelques autres grands groupes dinosaures.

Tracklist
01. Forever Chemicals
02. Beautiful James
03. Scene of the Crime
04. Hugz
05. Happy Birthday in the Sky
06. Bionic
07. Surrounded By Spies
08. Sad White Reggae
09. Try Better
10. Too Many Friends
11. Went Missing
12. For What It’s Worth
13. Slave To The Wage
14. Song To Say Goodbye
15. Bitter End
16. Infra Red
17. Shout
18. Fix Yourself
19. Running Up That Hill
Écouter Placebo - Collapse Into Never

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