Karl Bartos, l’ancien Kraftwerk, corrige ses erreurs de Communication

Karl Bartos par Katja RugeCela a beau ne pas être la stricte vérité, Karl Bartos est, malgré lui, l’homme d’un seul groupe, Kraftwerk, et d’une seule histoire, celle d’un départ du groupe allemand le plus influent de tous les temps en 1990. Dans l’étrange temporalité ralentie de Kraftwerk, dix années passent comme un battement de cil sans qu’il ne se passe grand chose. Entre le départ de Bartos, homme clé des grandes heures du groupe post Autobahn, et l’album Tour de France en 2003, Kraftwerk n’a rien fait ou presque. L’album The Mix, qui retriture d’anciens morceaux, sort en 1991, le single Expo 2000 en 1999. Rien d’autre En 10 ans, Bartos, qui est parti pour s’échapper de ses longs tunnels créatifs (ou pas) qui ornent maintenant le parcours du groupe de Florian Schneider (parti depuis) et Ralf Hütter, ne chôme pas. Sous l’étiquette Electric Music, il sort deux albums en 5 ans puis s’associe avec Bernard Sumner de New Order et Johnny Marr, l’ancien guitariste de The Smiths, pour signer Raise The Pressure. En 2000, il livre le single 15 minutes of fame, morceau qui fait une référence directe à la citation d’Andy Warhol, et qu’on retrouvera sur l’album à venir, Communication, aujourd’hui réédité par Trocadero/ La Baleine (sortie le 26 mars).

Comble de malchance pour Bartos, alors que Kraftwerk ne sort que rarement de sa léthargie, le groupe choisit de revenir sur le devant de la scène alors que sort à peine cet album solo, Communication, qui n’a pourtant rien à envier au Tour de France Soundtracks de ses anciens amis. La presse fait son boulot avec négligence (comme d’habitude) et ne dit pas un mot de Bartos, se concentrant essentiellement sur le caractère exceptionnel de l’album de Kraftwerk. Numéros spéciaux, interviews mystère, dossiers dédiés, Bartos assiste impuissant à la déferlante et est d’autant plus marri qu’il a très largement participé à l’écriture du morceau originel, Tour de France, ayant servi de matrice au nouvel opus, le premier véritable album de Kraftwerk depuis son départ. Cela sent la malédiction. Et le titre de l’album prend des allures de mauvaise blague qui se retourne en boomerang contre son auteur.

La maison de disque, minée par des problèmes budgétaires, lâche l’affaire et l’album est assez vite sacrifié. Trois ans après son très réussi Off The Record en 2013, Karl Bartos a choisi de redonner une chance à cet album qui le mérite. Son son y est ample, diversifié et évidemment dans la lignée de ce qu’il faisait avec Kraftwerk. Dans le groupe, Bartos a toujours été celui qui amenait la fantaisie et les idées, les improvisations et les envies d’aventure. C’est ce qu’il a fait dès son arrivée au côté du duo fondateur et jusqu’à son départ. Cela s’entend sur la version originale de Communication et sans nul doute sur la version 2016 qui est agrémentée d’un titre supplémentaire appelé Camera Obscura.

Sur scène, le show mis en place par Bartos est infiniment plus intelligent et séduisant (malgré des moyens un peu inférieurs) que ce que propose Schneider sous l’étiquette officielle du Kraftwerk actuel. Cela ne veut pas dire que la partie est désormais meilleure que le tout, mais qu’il est sans doute temps de prêter (enfin) une oreille à celui qui a tant apporté aux mélodies de Kraftwerk. Découvrir Communication une seconde fois ou une première nous en fournit l’occasion. Il ne faut pas s’en priver. A l’instar de son ancien camarade, Bartos sait qu’on peut revenir sans cesse sur d’anciens motifs et que c’est au coeur de ceux-ci qu’on trouve parfois l’étincelle pour aller de l’avant. En cela, il y a des rééditions qui sonnent plus comme des progressions que comme une retraite facile.

Ecrits aussi par Benjamin Berton

[EXCLU] – Réédition anniversaire de l’album-culte d’Anarchist Republic Of Bzzz

Il y a des groupes dont la musique défie le commentaire. C’est...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *