Dombrance / République électronique
[E. 47 Records]

4.1 Note de l'auteur
4.1

Dombrance - République électronique Bon, on s’est vu notre abonnement Macron renouvelé pour un quinquennat ; la République sauvée vous le rendra au centuple. Pas sûr qu’elle se trouve dans son meilleur état, mais bon, c’est le jeu (pipé ?). Ne boudons pas notre plaisir, car qui dit sujet sociétal se portant mal dit formidable terrain de jeu pour artiste. On voyait donc d’un bon œil Dombrance et son album République électronique avancés sur l’échiquier musical afin de relever un niveau en dessous des pâquerettes : peindre musicalement le demi-siècle de notre fière et brave 5ème République. Mais bon, ça, c’était avant.

Malaise dans la République

Dès son morceau introductif, nous débarquons sur les terres électroniques des belges de Telex, tout autant que celles, plus feutrées, d’Air. La voix d’hôtesse, serinant son titre,  nous laisse deviner un album conceptuel et situationniste, où chaque titre aura l’ambition de dépeindre un chef d’État, un état d’esprit, un morceau de France. Mais on sent pointé on ne sait quoi de produit attrape-nigaud, une escroquerie à destination de BCBG que la voix de standardiste, cherchant une légitimité, révèlerait à défaut de masquer la duperie. Donc OK : nous voilà accueillis dans une République électronique ressemblant plus à un hub vide qu’aux oripeaux de celle-ci. Et? Eh bien on commence avec De Gaulle n’évoquant… pas vraiment le grand Charles. À part les voix nous martelant le nom du morceau auquel il se réfère, il n’y a pas grand chose, si ce n’est rien, auquel se raccrocher. Incapable de produire une musique incarnée, le membre du groupe de rock DBFC se sent inconsciemment obligé de poinçonner chaque titre à un artiste majeur de la scène électronique. Sauf que De Gaulle et ses nappes calmes aussi stimulantes qu’un stage au Parlement ressemblent à … du Giorgio Moroder sous somnifères (qui officiera surtout dans les années 1980, et non 1960). Aïe! On aurait pu imaginer un morceau aux bonnes senteurs de la France d’après-guerre, le désagrafage de la jeunesse ou le bal musette de la France à bon Papy. Finalement, on nous sert une piste méfiante, tension que l’on devine (mais difficilement) liée à la bombe atomique ou la guerre d’Algérie.

Avec un Pompidou qui swingue, on observe un léger regain d’intérêt, le morceau collant mieux à l’époque et ses chamboulements sociétaux. Il en donne même trop. Bertrand Lacombe utilise ses souvenirs de François de Roubaix ainsi que des récents travaux de Laurent Garnier avec The Limiñanas (Pompidou ressemble étrangement à Que calor), et un texte un tantinet plus sophistiqué que ces « De Gaulle-De Gaulle-De Gaulle« , mais, par excès de zèle (que lui est-il arrivé?), utilise la voix la plus godiche du monde. Si cet album devait participer au concours de la kitscherie niaise, ce vocal évoquant la figure de l’américaine pure et naïve des 70’s et le « Pom-pom-pidou » de Marilyn le remporterait. Le morceau est si calibré pour des oreilles de veaux à la situation ronflante qu’il en devient insupportable. Attention : nous n’avons rien contre les clichés ; Dimitri From Paris faisait cela admirablement, avec grâce et excès, mais voilà, cet album est tout sauf gracieux et excessif : il est d’un calme mort.

Quand on ne connait pas le sens de l’audace, tout devient facile : cet album l’est. Giscard d’Estaing sonne un air pulp de petite « vogue-la-galère sous le soleil, c’est Sa suffisance qui gère » à la San Antonio, avec ses accents de Sébastien Tellier. Ce n’est ni son sex-appeal ni sa presbytie politique qui nous viendraient à l’esprit à propos de feu notre immortel, mais soit. C’est le début des emmerdes, la promesse d’une belle débâcle pour nous. Mais Dombrance en a-t’il conscience? Accordons lui cela. celui-ci choisit alors Kraftwerk pour dessiner le sphynx Mitterrand, et tape enfin dans le mille. Dombrance n’arrivera jamais à la bienfaisance des Oliver, mais on prend bonne note de la tentative. L’informatique se démocratise et le Centre Pompidou devient une référence en beauté architecturale. L’ère n’est pas au beau fixe (récession, sida) mais l’air encore électrique, le morceau sautillant vers une espérance nouvelle qui se verra indubitablement contrariée.

Au cœur du milieu du centre

Les contrastes peuvent se révéler intéressants. Le morceau deep house Ce Bon Vieux Jean Lassalle par Vanderkraft en était l’exemple même, ayant fait son petit effet de par son décalage entre la figure généreuse du député provençal et les sonorités froides et techno du titre. L’exercice ne tenait qu’à un titre. Or ici, à chaque pioche des quelques têtes présidentiables restantes, Dombrance commet un contremploi total. Ramené à un album, on conviendra que c’est problématique, la perception de chaque président propre à Dombrance se voyant incapable d’échanger avec celles de ses auditeurs (ou l’imaginaire collectif). Chirac en est l’exemple : évoquant ce qu’on pense être l’avènement du cybernétisme (on se creuse les méninges, mais rien d’autre nous vient), le sur-connectivisme s’étant démocratisé dans tous les logis plutôt au début du règne de Hollande (couac, encore raté), elle rappelle l’univers musical bleuté et froid d’Eric Prydz. Exit super menteur, les conquêtes féminines et Bernadette qui grogne : y a rien à voir. Où sont alors passés la chair, le tourbillon des passions du théâtre politique? À la poubelle. République électronique n’en a ni le bruit ni l’odeur.

Une telle pauvreté musicale nous fait douter de la culture musicale de Dombrance. Kraftwerk nous revient avec Sarkozy, tout comme Moroder avec Hollande et sa belle engeance Oliver avec Macron, qui, cerise sur le gâteau, arrive à nous accoler le mot « romantisme » à Flanby. Pour quelqu’un ayant brillé par sa gaucherie et enterré son propre camp, on ne comprend pas trop ce morceau synthwave tout chevaleresque qu’il est, si ce n’est d’avoir enjambé un scooter pour retrouver sa belle, mais passons. En soldat servile de sa clientèle-cible, Dombrance ne semble porter ni la France sécuritaire de Sarko ni la France start-uppeuse de Macron dans son cœur (étonnant?). La piste étant dédiée au Prince accomplit néanmoins l’exploit de le rendre moins agaçant, son double musical vampirisant l’antipathie de celui-ci et coalisant notre probable irritation. En somme, l’imposture sort toujours gagnante, sauf pour les oreilles décillées et non dupes. C’est là son vice. Face à cet album menu (neuf pistes seulement), on ne sait si l’on doit se réjouir ou non de ne pas avoir vu récemment une femme accéder à l’Élysée, car l’album s’en serait vu agrémenté d’une piste. Dans tous les cas, nos oreilles ou nous (il faut choisir), aurions été perdants. Dans un accès de naïveté, on espère que Dombrance ira au bout de sa ligne en croquant les extrêmes (Le Pen, Zemmour, Mélenchon), mais après une courte réflexion, on ne le souhaite plus (d’ailleurs, s’il le faisait, il se bornerai à la bonne extrémité). L’extrémité centre est confortable.

Nonobstant sa forme conceptuelle (son début, sa fin), République électronique ressemble plus à un long EP qu’à autre chose, exercices qu’il avait finalement déjà commis avec ses précédents titres Poutou, Fillon ou Taubira, tout aussi inutiles et vains. Sans ce tissage marketing enrubannant ce produit, le storytelling tombé retransformerait alors l’album dans sa forme originelle : un vulgaire EP dont les pistes sans âme aurait pu être agencées et attribuées hasardeusement à n’importe quel président. Sorti pile quelques jours avant les législatives (il a le sens du timing), on aurait cru un Bertrand Burgalat (qui avait composé la bande-son de De Gaulle bâtisseur) plus apte à l’exécuter, car on finit avec une horreur torchée côtoyant les fossoyeurs de Bon Entendeur. Cet album est d’une piperie monumentale telle qu’elle aurait dû provoquer un 49.3.

Tracklist
01. République électronique
02. De Gaulle
03. Pompidou (ft. Sarah Rebecca)
04. Giscard d’Estaing
05. Mitterand
06. Chirac
07. Sarkozy
08. Hollande
09. Macron
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