Kevin Krauter / Full Hand
[Bayonet Records]

8.5 Note de l'auteur
8.5

Kevin Krauter - Full HandEn d’autres circonstances, probablement aurions-nous accordé que (trop) peu de crédits à Full Hand, le second album de Kevin Krauter. Trop de choses à écouter, trop pressé à chercher le plaisir instantané. Comme si tirer un coup sur le parking à l’arrière d’une boite de nuit pouvait être satisfaisant et procurer du plaisir au-delà de 20 secondes.

Là, Kevin a balancé il y a déjà plusieurs semaines, Surprise, suffisamment bien gaulé pour qu’on cède à son charme et on s’est retrouvé à la maison avec son album dans les mains (et môman) pour un bon moment. Finalement, c’était une aubaine, parce qu’il faut prendre un peu de temps pour vraiment apprécier toutes les qualités de ce “petit disque”. Car, oui, Full Hand ne peut vraiment pas prétendre au prix de l’originalité – peut-être même pas au top de fin d’année. L’album est trop discret, trop modeste, trop casanier. Autant de caractéristiques qui, contre toute attente, en font aujourd’hui ses qualités. On pourrait même mettre en exergue ses absences et manques pour en souligner la justesse et l’à-propos. Il n’y a presque pas de tubes : même si Surprise fait office de single, on ne trouve pas de gimmicks accroches-oreilles, juste des phrases mélodiques sublimes fugacement, sporadiquement. Kevin Kauter est un second couteau : membre de HOOPS (3 albums au compteur dont le dernier chez Fat Possum), il a le charisme d’un étudiant lambda. Il n’a pas une voix remarquable et ses compositions sont de “classic pop-song” d’indy-pop américaine comme il en existe tant. D’ailleurs, son disque, comme le précèdent (Toss Up – 2018), parait chez Bayonet Records qui peut être assimilé à un sous-label de Captured Tracks (pour faire simple), ce qui le confine au rôle d’outsider de Chris Cohen et de Real Estate. Et comme, malgré qu’on apprécie ceux-là, ils ne sont que les descendants de Felt et de The Feelies, entre autres, cela revient à n’être que l’ombre d’une ombre.

Avec un tel pedigree, le voilà promis à l’oubli éternel. Piper est à cet égard symptomatique de ce disque artisanal : le morceau s’achève avant même que le refrain se pointe. La deuxième partie de la chanson qui ne parvient pas à atteindre les trois minutes laisse espérer un crescendo qui finalement s’éteint avant même d’avoir approcher la lumière. Un sommet de contrariété portée par 3 notes de guitares qui tournent en boucle sur une boite à rythme rachitique et par un chant plein de désillusion. Kevin Krauter a vraiment tout du looser romantique mais il a vraiment du talent pour exprimer ses piteuses déconvenues et ses espoirs foireux. Forcément on se reconnaît dans cette posture et comme ses compositions sont éduquées à la “pop anorak” des 80’s ravivées par une production façon twee-pop contemporaine, Full Hand traîne sur la platine plus longtemps que le crédit qu’on avait prévu de lui allouer initialement. A tel point que lorsqu’on appuie sur le bouton “on” de la cafetière, on appuie sur “play” pour passer un nouveau moment avec notre pote Kevin. Comme quoi l’amour, c’est mieux dans un plumard et quand on sait qu’on ne sera pas seul pour le petit déjeuner du lendemain.

Tracklist
01. Intro
02. Opportunity
03. Patience
04. Surprise
05. Kept
06. Intermission
07. Pretty Boy
08. Piper
09. Full Hand
10. Treasure
11. Green Eyes
12. How
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