[Les filles font le printemps #1] – la nuisette de Francesca Blanchard

Francesca BlanchardÉtrange univers que celui de la chanteuse Francesca Blanchard, que le dossier presse décrit tombée dans la chanson dès son plus jeune âge telle Obélix dans un chaudron de potion magique.  Heureusement pour nous, Francesca Blanchard n’en est pas ressortie affublée d’un pantalon extra-large bleu et blanc mais d’une nuisette printanière et d’un goût irrésolu pour les mélodies acidulées et apaisantes. Mi-folk, mi-rock, mi-variétoche, mi-toc, mais aussi mi-envoûtante et mi-fascinante, la musique de Francesca Blanchard offre un contrepoint soul et jazzy, mainstream au jazz soulé et jamais saoûlant d’une Melanie Di Biasio dont on parlait il y a quelques jours. Française et américaine à la fois, Francesca Blanchard a vu du pays avant de devenir grande et belle. Ses parents sont nés de chaque côté de l’Atlantique, l’ont élevé dans un creuset où l’humanitaire et le cosmopolitisme faisaient loi, philosophiquement et musicalement. Rien que de très noble ou de très ennuyeux selon où on se place mais on n’écrit pas des chansons avec une biographie.

Lorsqu’on parle de Di Biasio, l’attitude n’est pas si dissemblable : jolie frimousse (et c’est un euphémisme), voix qui traîne et caresse l’auditeur, expression travaillée d’une tristesse baladeuse et pleine de promesses sensuelles. Francesca Blanchard grimpe, dans le clip de Wanderer, un escalier sans fin qui annonce autant une errance (un peu débile) qu’un cheminement décidé vers un plaisir interdit et… solitaire. Il faut un peu d’imagination pour apprécier la proposition (décente) dans la durée et sauter d’une chanson à l’autre, tant tout ceci paraît tout de même domestiqué et balisé. Sur le single qui annonce la sortie de l’album Deux Visions, prévu pour le 20 mai, on ne peut pas s’empêcher de sourire au Daï Daï Daï vaporeux de la 4ème minute en repoussant vivement le spectre tenace d’Enrico Macias. Et ce n’est pas très gentil.

Francesca Blanchard évolue sur cette marge fine où la musique forcément populaire passe d’une seconde à l’autre du mystérieux au translucide, du léger à l’insignifiant, du séduisant au mièvre. Ceux qui aiment la pop (et New Order) savent qu’il y a du bon à trouver dans cet entre-deux eaux, qu’on peut y trouver son compte et un certain confort. L’album, qu’on a déjà pu écouter, confirme ce mélange d’admiration et d’agacement, de bonne surprise et de déception. La jeune femme a une voix splendide et des tours impeccables. La nuisette est son arme absolue pour ce qu’elle cache et ce qu’elle ne révèlera jamais. Vaut-il mieux une nuisette qui finit par tomber ou une nuisette qui vous échappe à jamais ? Selon ce qu’on répondra à cette question, on aimera un peu ou avec passion la nouvelle venue.

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