Qu’est-il VRAIMENT arrivé à Madonna ? [Mystère pop #1]

Madonna dans son bain pendant le confinement

Madonna dans son bain pendant le confinement (capture d’écran)

La question est rarement posée aussi frontalement mais elle taraude les observateurs, les fans et ses millions de followers depuis maintenant quelques années : qu’est-il en train de se passer avec Madonna ? La transformation physique qu’elle a entreprise est désormais manifeste, on y reviendra, mais s’accompagne surtout d’un positionnement “personnel” incarné par le récent tétongate intervenu fin novembre qui interroge et déconcerte. Dans une énième publication, pas si différente des précédentes dont la fréquence s’est accélérée depuis 2019 et la sortie de son Madame X, Madonna s’y affichait dans une tenue d’apparence sexy, cuir et résilles, prenant la pose sur un lit en une série de clichés aux postures ouvertement sexuelles et que d’aucuns ont jugé peu respectueuses de son public et d’elle-même. L’une d’elle (pas la plus moche) laissait apparaître un téton, tandis que d’autres, dont une fameuse photo dite “des cuisses de grenouille” la présentait enfouie sous le lit ne dépassant qu’à travers une paire de jambes/cuisses aux allures morbides et globalement avilissantes.

Certes, ce n’était pas la première fois que Madonna choquait par ce type de mises en scène. Son histoire est émaillée d’épisodes similaires, le plus célèbre restant la publication en 1992 du livre SEX, compagnon de son album Erotica, et regroupant un ensemble de photos prises par Steve Meisel. Les photographies n’ont pourtant rien à voir à trente ans ou presque de distance. La question n’est pas tant l’âge de l’intéressée (63 ans aujourd’hui contre 33 hier) que ce qu’elles renvoient. En 1992, Madonna intégrait la mise en scène de sa sexualité dans un discours plutôt jouisseur, féministe et libérateur. La démarche était nimbée d’une ambition artistique, un livre, des films, une esthétique qu’on pouvait renvoyer au porno chic ou à sa négation, mais qui, par sa nature même, pouvait aisément se rattacher à sa démarche artistique.

En 2021/22, les photos de Madonna nous arrivent quasi exclusivement par les réseaux sociaux, noyées dans un flux qui mêle oeuvre et vie personnelle, à travers de multiples clichés et snippets semblant pris sur le vif lors de soirées privées, de scènes de vie où la chanteuse se met en scène (on ne peut pas imaginer que ce soit réellement sa vie) entourées d’amis-créatures branchés aux looks improbables, beaucoup plus jeunes qu’elle et qui semblent rendre hommage à la star comme faisant partie des leurs : colorés, transformés, lookés, futuristes. Les photos sont soit “posées en soirées”, canapés, essayages, clubs, scènes d’intérieur irréelles, soit shootées en des gros plans saisissants qui multiplient les effets Bogdanovien (des frères donc) allongeant qui le front, dilatant les pommettes, tout en maquillant sous des surexpositions manifestes l’âge de tout ce qui s’affiche. Les encore plus récentes fesses rebondies et cul gonflé, surjoués et surréalistes, ajoutent au tableau qui, mises en scène, aidant est tout simplement TERRIFIANT.

Ses quarantine diaries, pendant la période du Grand Confinement de 2020, étaient tout aussi flippants, mettant en scène une Madonna plus isolée que jamais et en perte de repères qui alternait les vidéos plutôt marrantes, émouvantes (dans ses interactions avec son fils de 14 ans et ses deux jumelles de 8 ans notamment) et d’autres complètement hallucinantes comme cette série prise nue dans sa baignoire emplie de pétales de rose et de… lait où elle discourait en roue libre sur le virus. On ajoutera en guise de témoignage et de preuves à charge, la reprise de Vogue entonnée en se peignant les cheveux où les textes originaux étaient remplacés par des histoires de poissons frits ou encore l’ensemble des vidéos gag de sa dernière tournée où Madonna s’est blessée au genou et a multiplié les retards et les catastrophes vocales.

S’il y a bien une question Madonna, le sens qu’elle entend donner à tout ça (si tant est qu’il y en ait un) est encore trouble. Tentatives de réponse.

Hypothèse 1 : Madonna entreprend une grande transformation d’avant-garde

La Madonne a parfois et encore récemment revendiqué quelques velléités de résistance au temps qui passe qui pourrait faire passer sa transformation comme une volonté délibéré de transformer son corps vieillissant en “autre chose”. Sa pratique chirurgicale (non affichée) intense et globale pourrait, selon cette hypothèse, se concevoir comme un dépassement de l’âge et du sexe qui prolongerait au XXIème siècle son entreprise de libération de la femme. En gros, Madonna poursuivrait une finalité proche de ce qu’avait mis en place (en y ajoutant un changement de sexe) feu Genesis P-Orridge, l’immense leader du Throbbing Gristle. Selon cette thèse, Madonna sait ce qu’elle fait et entreprend en dépassant l’art snob (= “utiliser le vecteur populaire qu’est Instagram”), en se réinventant comme une créature sans âge et sans référence au corps sexualisé strictement jeune et féminin, en train de déconstruire son propre vieillissement pour offrir au monde autre chose. Plutôt que de présenter une sexagénaire “naturelle” et bienveillante, elle inventerait une sorte d’outre-vieille débordant de tous les cadres, postmoderne et innovante. Le but non avoué serait alors de ne pas rester simplement une femme mais bien de devenir un être augmenté, non pas difforme (ce qu’elle est en train de devenir) mais a-forme ou sans référence au corps humain.

► Crédibilité : 20%  (et on est sympa)
► Modèle : Genesis P-Orridge
► Chances de succès : Modérées à nulles

Hypothèse 2 : Madonna ne supporte pas de vieillir et tente maladroitement de survivre dans un environnement concurrentiel

C’est l’hypothèse qui a la faveur des tabloïds et d’une partie du public. Madonna tente de se maintenir à flots. Elle s’entoure de gens jeunes, couche quasi exclusivement avec des boyfriends qui ne dépasse JAMAIS la trentaine, continue de vouloir clubber, danser, bouger comme si elle avait toujours 25 ans et tente de se donner l’illusion d’une jeunesse éternelle. Cette thèse est crédible : les chorégraphies de Madonna, sur sa dernière tournée, marquait clairement une volonté de tenir la distance et de continuer à accomplir des prouesses dans la danse sportive qui n’étaient pas adaptées à son corps vieillissant (d’où les blessures, etc). On peut supposer que les interventions chirurgicales (au visage pour démarrer) succédant à la pratique forcenée de la musculation engagée dans les années 80 procédaient du même mécanisme : soutenir la comparaison avec les chanteuses pop les plus jeunes et sémillantes.

En essayant de paraître toujours jeune, Madonna prolongeait son entreprise de démonstration qu’une femme battante et volontaire n’est jamais finie, qu’une sexagénaire peut toujours être belle, séduisante, sexy, sexuelle et rivaliser sur le marché de la pop. L’ensemble de ces derniers mouvements artistiques n’ont témoigné (ce qui est assez rare pour être soulignés) d’aucune inflexion dans les tempos, les registres, laissant penser que Madonna allait prendre en compte son vieillissement dans son art. On l’imagine mal se changer en chanteuse à voix ou en crooner au féminin, et encore moins en Barbra Streisand. On peut se demander toutefois (comme on pose la question aux Rolling Stones) jusqu’à quel stade on peut prolonger ce type de musique/danse sans sombrer dans la parodie et mettre le public mal à l’aise.

Penser que Madonna serait simplement mue par une volonté évidemment désespérée de résister au temps fait tout de même injure à son intelligence. Veut-elle simplement être aussi ridicule que Kim Kardashian ? La qualité de ses réflexions passées sur son positionnement commercial et artistique, sa recherche des “nouveaux courants” qui l’a rendue en habileté assez comparable à David Bowie dans ce registre (on se souvient du bouleversant Ray of Light, mais aussi de son enchaînement quasi impeccable sur Music et American Life, dernière séquence artistique majeure pour elle) rend assez peu probable qu’elle cherche juste à faire barrage au temps de façon désordonnée.

► Crédibilité : 35%

► Modèle : Blanche Dubois (dans un Tramway Nommée désir)
► Chances de succès : Nulles

Hypothèse 3 : Madonna est mal entourée et à la dérive humainement

On en vient à l’hypothèse la plus intéressante et qui permet de combiner les deux autres. En juin 2015, un communiqué en apparence anodin annonce la fermeture de l’agence Liz Rosenberg Media pour cause de départ en retraite de sa patronne et fondatrice Liz Rosenberg. Journaliste, conseillère, publicitaire, amie, Liz Rosenberg a été aux côtés de Madonna durant plus de 35 ans, jouant ce qui pouvait (selon son premier cercle) bien être un rôle majeur, structurant et essentiel au cadrage des actes publics et de la vie personnelle de l’artiste. Apparue à ses côtés en 1983, c’est-à-dire au tout début de l’aventure pour l’artiste, Liz Rosenberg n’a jamais été complètement responsable des mouvements artistiques de l’artiste (encore que…) mais a semblé, à ses côtés, jouer un rôle déterminant pour la forcer à travailler, assainir son entourage et l’aider à ne pas dériver. Rosenberg l’aurait notamment protégé des dérives de la Kabbale, pratique et organisation que la star fréquentera cependant pendant plus de 15 ans avant de s’en retirer suite à la révélation de malversations dans l’organisation religieuse. Rosenberg était surtout l’unique personne capable de dire “non” ou “je ne suis pas sûre” à Madonna qui, depuis 2015, n’a plus autour d’elle que des amis et amies incapables de lui opposer quoi que ce soit, de la restreindre ou de la couper de son désir.

L’hypothèse selon laquelle le départ de Rosenberg n’explique pas tout (sur le plan sexuel, par exemple, elle multiplie les jeunes boyfriends de manière frénétique depuis son divorce d’avec Guy Ritchie en 2008) mais on peut effectivement considérer que les phénomènes de décrochage de Madonna interviennent tous ou presque après le départ de Rosenberg et, en gros, après la campagne plutôt réussie qui a accompagné la sortie au second semestre 2015 de l’album Rebel Heart, dernière réalisation convenable. On peut ainsi comparer l’impact de ce disque et celui du suivant à presque tous les points de vue. L’absence d’un garde-fou personnel, proche auprès de Madonna pourrait être à la source de sa nouvelle bizarrerie. Dès lors, elle se laisse guider par ses passions, aveugler et surtout influencer par la cour d’amis qui circulent auprès d’elle. Madonna est sans boussole, sans cadre et a aussi perdu le sens de ce qu’elle faisait.

Comme d’autres avant elle, cette question du soutien et de l’expression du “non” au sein de son entourage lorsqu’on a le statut de star internationale majeure est un déterminant fondamental du succès et de la santé mentale et émotionnelle, c’est un déterminant de la capacité à (bien) évoluer et à produire avec sérénité. Les chances pour Madonna de redresser la barre dès lors sont loin d’être nulles (elle peut retrouver un guidage) mais sont rendues compliquées par l’âge auquel cette déstabilisation intervient. Retrouver des jours meilleurs est bien une option mais il est très probable qu’ils n’auront rien à voir avec son brillant passé.

Crédibilité : 75%
Modèle : George Michael
Chances de succès : 50%

Hypothèses 4, 5, 6 : Madonna est une extraterrestre/droguée/folle du cul/démon des enfers…

On a choisi de ne pas traiter ces diverses hypothèses qui traînent également sur le net. Pourquoi Madonna aurait-elle attendu tout ce temps pour céder à la came, à sa nature alien ou à une forme de nymphomanie débordante. Cela ne tient pas plus la route que de penser qu’à force d’outrages, elle est victime d’une vengeance (tardive) du tout puissant.

Crédibilité : 0,1%

Modèle : Lady Gaga (voir Men in Black 1)

Chances de succès : inconnues

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