L’élégance et l’ampleur d’Andy Shauf, le sens du rythme de LCD Soundsystem, l’audace cuivrée et électrique de The Who, ce sont des comparaisons, en s’emballant un peu, qu’on pourrait amener au chevet de cet excellent morceau du Français Amaury Laurent Bernier, Too Early At The Party.
L’itinéraire de ce Français de 44 ans qui vit en Allemagne est assez singulier puisque le bonhomme vit de sa passion, la musique, depuis longtemps maintenant, mais principalement en tant que compositeur de musiques de films ou de publicité. Son talent en la matière lui a permis ainsi de décrocher la récompense allemande pour la meilleure musique de film pour son travail sur Meine Totemtier und Ich, l’histoire d’un gamin en fragilité qui adopte un porc-épic géant sur fond d’agitation sociale (on n’a pas vu le film mais la bande annonce vaut le détour).
Son premier travail qui a été porté à notre connaissance en dehors des musiques de film est peut-être bien l’excellent 34 days in Lockdown, disque paru au début de l’année, sans doute composé en partie durant la période du covid, et qui montre tout l’appétit du musicien pour la pop dans toute ce qu’elle a de pur et luxuriant. C’est cet amour inconditionnel de la pop, celle de Jake Skillingford, de Neil Hannon et de quelques autres, arrangée et flamboyante, qui donne à ce Too Early At The Party, au titre trop cinématographique pour qu’on ne pense pas aussi au film de Blake Edwards avec Peter Sellers, un vocabulaire musical si immédiat et communicatif. Ce qui surprend chez Amaury Laurent Bernier, c’est aussi l’assurance et l’aplomb qui lui permettent d’assumer la démesure, l’extravagance de productions qui prennent parfois des allures grandiloquentes à la Queen ou renvoient aux meilleurs moments pompiers et quasi psychédéliques de The Who. A côté de Too Early At The Party, sur le premier EP de la nouvelle série qui mènera à un premier album d’après nos sources, on trouve aussi le magistral The Blue Box In The Sky (Dr… Who ?), magnifiquement chantée en voix de tête, et qui s’offre de magnifiques crescendos de guitares électriques qui, derrière leur allure très années 70, s’intègrent parfaitement à un édifice ample et inspirant.
La pop d’Amaury Laurent Bernier se situe donc à rebours de ce qu’on qualifie (mal) de pop chichiteuse pour verser du côté de la grande pop, celle qui avec des ailes et un orchestre (ou du moins, la partie de l’orchestre qu’on peut se payer quand on est pas encore Brian Wilson), va aider vos sentiments à s’élever bien au delà du plancher des vaches (sacrées). S’il est un peu en avance pour la fiesta, Bernier n’est pas en retard sur le talent et les mélodies emballantes, nostalgiques et consolatrices. L’un des morceaux d’un été chic et chill, sans aucun doute. Ça se trouve et ça se télécharge sur le Bandcamp des amis de Quixote Music.

