[Loco Pop #8] : Slovenly, le Moz du Pacifique, n’est pas un ténor !

SlovenlyA force de l’entendre éructer ou déclamer ses textes comme un lama (salut Serge !), on pourrait croire que le chanteur de Slovenly alias Steve Anderson a attrapé le syndrome de Narcisse ou celui de la cantatrice godiche dans Marguerite (le film avec Catherine Frot). Ou encore, tel le fils d’un aristocrate milliardaire capricieux et facétieux qui veut à tout prix chanter, le pauvre se serait payé un groupe et tout ce qui va avec. Mais est-ce possible ? Et comment se fait-il que personne n’ose lui dire qu’il chante faux ? Et comment se fait-il que tous les musiciens (à son service) gardent toujours ce rictus indélébile aux coins des lèvres ? Manieraient-ils l’art du camouflage derrière leur instrument, par crainte d’une grosse poilade collective ou de peur de perdre leur salaire ?
C’est qu’il leur en a fallu du courage et de la persévérance pour arriver jusqu’au terme des morceaux et éviter un désastre. Il leur en a fallu du talent pour sortir ce merveilleux album Thinking of Empire. C’était en 1986 et de loin leur meilleur opus, même si on raconte que le chanteur ne l’a toujours pas écouté pour ne pas se faire de la peine.

Malheureusement ce n’est pas tout a fait ça. La vérité est ailleurs et c’est voulu ! C’est VOULU comme nous dit si bien le speaker français de la vidéo à la plage movement. Voulu si le chanteur n’est pas un ténor. Fait exprès cet espèce de punk endimanché. Pourquoi ? Pour se la jouer genre dandy à la Morrissey, genre je-m’en-foutiste, qui sait qu’il n’est pas trop mal foutu ou plein aux as. Voulu, celui qui sait que ses textes sont foutrement bons, et qu’il choppe toutes les gonzesses après les concerts contrairement à ses comparses au physique moins avantageux. C’est sans doute une technique de drague qu’il a dû élaborer et calibrer à la perfection afin de toucher dans le mille la gente féminine complètement désemparée. Voulu ? On peut en douter encore une fois hélas ! Femmes idéales qui dans ses textes « coulent entre ses doigts », n’arrivant pas à s’amouracher d’un seul consentement, comme perdues dans une mer infinie et toujours à la fin se noyant dans leurs propres larmes. Romantisme, ce naufrage.

Il est vrai aussi que si Steve Anderson était bien le meilleur chanteur du groupe, ils avaient quand même du souci à se faire lorsqu’ils ont démarré leur carrière, les pauvres Slovenly. On ne sait pas comment ça s’est passé. Parfois on entend aussi ses comparses qui le soutiennent dans ces moments difficiles comme s’ils voulaient partager sa douleur. Pas celle de chanter comme un pied, non, mais plutôt comme s’ils lui marchaient tous dessus. Et puis quoi ? Les autres s’expriment eux aussi de temps en temps mais guère mieux malheureusement, et finalement toute fébrile qu’elle est, la voix d’Anderson se transforme et s’accommode, se fondant  inconsciemment et naturellement dans le groupe.

Donc pour résumer, le chant de Steve Anderson se situe entre le chant d’un Mark E Smith au sommet de sa forme et d’un David Gedge au plus bas de sa forme. Voire en dessous de tout ça, c’est-à-dire au-dessus de pas mal de choses quand même. Mais qu’est ce que la perfection pour nous humains puisque de toute façon, par définition complètement subjective et artificielle (comme le bon ou le mauvais goût), nous qui sommes, depuis l’enfance, manipulés par les mass media détenus par des milliardaires au flair si sûr.

En tout cas hormis le pseudo problème de corde vocale, les cordes des guitares sont bien accordées et au diapason, jouent dans la bonne tonalité une musique post punk énergique et incisive à la Wedding Present, Wire etc. C’est enjoué et ça sonne carrément juste, avec de vivaces gimmicks moulinés à la va-vite comme savent le faire The Clean ou Pavement. Rien que ça et c’est immense. Le batteur Roz Holman est à l’origine du groupe, issu  du punk jazz métal et du groupe antisocial Saccharine Trust, on le devine aisément avec ses longs cheveux bouclés et son marcel près du corps. Le groupe sur sa lancée s’est profondément amélioré et au fur et à mesure des albums, a trouvé une justesse musicale routinière. C’est le secret des bons groupe qui durent, et ayant trouvé la bonne formule magique, ne la quittent plus.

Formation ayant vécu de 1981 à 1994 entre San Francisco et Los Angeles et avec 5 albums à leur actif, on pourrait croire que Slovenly reste un banal groupe post-punk comme tant d’autres, mais non ! Son post-punk classique enjoué et l’amusante inflexion de la voix restent une curiosité qui étonne et dénote par son dynamisme. Du coup on dirait que les musiciens font tout ce qu’ils peuvent pour donner le maximum d’eux-mêmes et contre balancer les erreurs du chant. On assiste à une sorte de dualité interne au groupe : l’un qui massacre, les autres qui sauvent les meubles.

En tout les cas la musique bancale de Slovenly, ça reste du solide et certainement pas en bois de cagette, un bon produit culturel comme diraient les investisseurs, un alliage résistant à toute épreuve diraient les ingénieurs. Bref que du bon et qui passe les années mieux que ce qu’on vous vend dans certains magasins.

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