Lovecraft Country HBO Original Soundtrack
[Watertower Music]

8.8 Note de l'auteur
8.8

Lovecraft Country Original Soundtrack

Certaines séries méritent autant d’être vues que d’être écoutées. C’est le cas de l’intrigante et plutôt chouette adaptation du roman de Matt Ruff, Lovecraft Country, pour HBO. On pourrait chipoter sur un tas de choses (pas assez de Lovecraft ici par exemple, un rythme incertain) et renvoyer ceux qui veulent vraiment savoir de quoi on parle au Providence d’Alan Moore et Jacen Burrows, mais ce serait faire la fine bouche. La série, dont on a terminé sans enthousiasme excessif la saison 1, est globalement audacieuse et bien fichue. Les personnages sont beaux (et noirs), attachants et parfaitement campés. La composante horrifique se tient et est délivrée avec pas mal de maîtrise, tandis que l’intrication abracadabrantesque de la mythologie lovecraftienne middle class et d’une Amérique black post esclavage (on se situe dans les années 50), ne fonctionne pas si mal. La BO telle qu’elle s’exprime sur ce premier CD officiel (qui n’arrive pas à la cheville des programmes complets, épisode par épisode, qu’on peut trouver sur youtube ou ailleurs) joue la carte de cette blackisation à outrance, mêlant quelques standards jazz à des morceaux originaux symphoniques magnifiques composés par Laura Karpman et Raphael Saadiq.

La BO se présente sous différentes configurations selon qu’on s’orientera vers la version CD ou numérique. Tant qu’à faire, il vaut sans doute mieux opter pour le numérique qui permet d’accéder à toute la diversité d’un score assez impressionnant de justesse. On ne va pas ici faire l’apologie de chansons connues et qui relèvent du patrimoine mais il faut avouer qu’écouter à la queue leu leu le Sinnerman d’Alice Smith et le sémillant I Want A Tall Skinny Papa vous projette directement dans une Amérique quasi mythologique où quelques Blacks avancés roulent en traction et évoluent gracieusement de club de jazz interlope en club de jazz en grillant des cigarettes sensuelles à la façon d’Alice Sapritch. L’immersion (parfaite à l’écran) est aussi vivace et réussie si l’on se contente d’écouter la musique. Si l’on ajoute à cela le caractère vénéneux et poisseux, sensuel et sexy, de certaines pièces, on accède à un univers bluffant et enivrant. Difficile de résister au pouvoir d’un excellent Is You Is or Is You Ain’t My Baby ou d’un impeccable Besame Mucho.

L’évidence de ces morceaux chantés et vintage ne doit pas éclipser le travail formidable et symphonique des musiques portées pour l’occasion par Laura Karpman. Spécialisée dans les musiques de séries (qu’on n’a ni vues ni entendues jusqu’ici), la compositrice de 61 ans établie à Los Angeles fait parler son expérience et tisse des ambiances à la fois soyeuses et mystérieuses qui collent parfaitement à l’ambiance de la série. Ecoutées à part, elles sont tout aussi pertinentes et hypnotiques. Chat with the Captain emballe un joli mouvement transitoire en moins de deux minutes, puis rebondit sur une superbe éclaircie avec Mama Named A Comet. Les cordes sont délicates, raffinées et subtiles. La fluidité est impressionnante et la puissance évocatrice réellement redoutable. Karpman est habile à souligner les temps sentimentaux mais se débrouille aussi très bien lorsqu’il s’agit d’hausser le ton. Le mouvement vif de Flooded est à la fois classique et moderne, zébré de violons déchirants. Karpman signe des pièces un brin convenues mais aussi des séquences plus audacieuses qui vont taquiner la dissonance et créer un certain dérangement, en phase avec le récit. On aime ainsi beaucoup le spectaculaire Cutting Ruby Out, à la rythmique martelée, et dont l’efficacité est sans appel. C’est un véritable bonheur que de dérouler les morceaux de transition ou de présentation des lieux comme le superbe Greenwood qui en une minute et trente cinq secondes suffit à définir un univers.

D’où qu’on la prenne, cette bande son est une véritable splendeur. Lovecraft Country s’offre quelques récitatifs d’opéra qui ajoutent à la solennité des séquences horrifiques et soulignent les enjeux : Tulsa 1921, Catch The Fire, est irrésistible et proche de la perfection. Il n’y a absolument rien à jeter ici. En guise d’équilibre et de nostalgie de ces années-là, on n’avait jamais rien entendu de plus cool depuis la légendaire BO d’Angel Heart de Trevor Jones qui accompagnait les pas de Mickey Rourke, De Niro et surtout de Lisa Bonet. C’est dire à quel niveau on évolue ici. Cela arrive finalement assez fréquemment mais on a encore affaire ici à une situation où la BO est meilleure que la série elle-même.

Tracklist
01. Sinnerman (feat. Alice Smith) – Lovecraft Country Cast
02. Tall Skinny Papa (feat. Wunmi Mosaku) – Lovecraft Country Cast)
03. Whole Lotta Shakin’ Goin’ On (feat. Wunmi Mosaku & Jurnee Smollett) – Lovecraft Country Cast
04. Ride Pretty Baby (feat. TJ Wilkins) – Lovecraft Country Cast
05. Boogie at Midnight (feat. Wunmi Mosaku) – Lovecraft Country Cast
06. Is You Is or Is You Ain’t My Baby (feat. Wunmi Mosaku) – Lovecraft Country Cast
07. The Wandering Tattler (Instrumental) – The Lovecraft Country Band
08. Chain Gang Blues (feat. Wunmi Mosaku) – Lovecraft Country Cast
09. Lovin’ Machine (Instrumental) – The Lovecraft Country Band
10. Bésame Mucho – Julian Sung Joo
11. 10 Ardham (Sundown)
12. Atticus Returns (Sundown)
13. Sundown Town (Sundown)
14. Hiding In A Shack (Sundown)
15. Shoggoth Attack (Sundown)
16. Secret Passageway (Whitey’s on the Moon)
17. Not Atticus (Whitey’s on the Moon)
18. Leti Bought A House (Holy Ghost)
19. Paddy Wagon Talk (Holy Ghost)
20. Voices in the Basement (Holy Ghost)
21. Goat Blood (Holy Ghost)
22. Pipe Burst (Holy Ghost)
23. Chat With The Captain (A History of Violence)
24. Mama Named a Comet (A History of Violence)
25. Museum Break-In (A History of Violence)
26. Writing On The Wall (A History of Violence)
27. The Vault (A History of Violence)
28. Leti Walks The Plank (A History of Violence)
29. The Pendulum (A History of Violence)
30. Elevator Discovered (A History of Violence)
31. Tic Is The Key (A History of Violence)
32. Mummy Found (A History of Violence)
33. Mummy Transforms (A History of Violence)
34. Flooded (A History of Violence)
35. Underwater (A History of Violence)
36. Cutting Ruby Out (Strange Case)
37. Dead Butterflies (Strange Case)
38. Hillary Skips the Potion (Strange Case)
39. Never a True Believer (Strange Case)
40. Truck of Nurses (Meet Me in Daegu)
41. Taking Ji-ah to Atticus (Meet Me in Daegu)
42. Empty Sex (Meet Me in Daegu)
43. Atticus Loses Virginity (Meet Me in Daegu)
44. Demon Lady Journey (Meet Me in Daegu)
45. Tic Fumes (I Am.)
46. Portal Opens (I Am.)
47. Robots Grab Hippolyta (I Am.)
48. War Training (I Am.)
49. Celestial Hippolyta (I Am.)
50. Tic Shuts Down the Portal (I Am.)
51. Haunted Taunting (Jig-A-Bobo)
52. Family History (Jig-A-Bobo)
53. Shoggoth Saves Tic (Jig-A-Bobo)
54. Multiverse Machine (Rewind 1921)
55. Greenwood (Rewind 1921)
56. Montrose Remembers the Bloodshed (Rewind 1921)
57. Tulsa, 1921: Catch The Fire (feat. Janai Brugger) [Rewind 1921] 58. Dee’s Transformation (Full Circle)
59. Bridge Fight (Full Circle)
60. Mortal Immortal (Full Circle)
61. Magic Is Ours Now (Full Circle)
62. Full Circle (Full Circle)
Liens
close
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.
En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.
Ecrits aussi par Benjamin Berton

Ça farte avec Captain Rico & The Ghost Band

Ça n’est pas avec ça qu’on va enfin entrer dans le XXIème...
Lire la suite

4 Comments

  • Bonjour Benjamin,

    Je n’ai pas encore visionnée “Lovecraft County”, bien que j’ai le livre de Ruff. En effet, la critique est prometteuse.

    Pour rester dans l’univers de Lovecraft, je vous conseille vivement de regarder l’adaptation par Richard Stanley de “Colors Out Of Space”. Le film est une petite merveille d’inventivité et de générosité (d’autant plus pour un micro-budget, presque invisible à l’œil). C’est peut-être le meilleur film adapté directement du canon de HPL, et qui en retranscrit toute sa quintessence.

    Quant à sa bande-son, cette fois-ci encore : la composition de Colin Stretson est un bijou d’orfèvrerie à vous glacer le sang, qui là aussi supplante le film à son service. Elle retranscrit à merveille le malaise lovecraftien face à l’angoisse d’une cosmogonie inévitable et incompréhensible (je pense tout de suite au morceau introductif “West of Arkham”, accessible sur YouTube)! Un très bon film (disponible sur Amazon Prime) – qui aurait gagné à être vu sur grand écran – pour une BO au diapason.

    Petit bonus non négligeable du film : le plaisir d’un Nicolas Cage en bobo éleveur d’alpagas aux portes de la folie!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *