The Natural Yogurt Band / Red Sky At Night
[BMM Records]

8.7 Note de l'auteur
8.7

The Natural Yogurt Band - Red Sky At NightLe shérif psychédélique de Nottingham s’appelle Miles Newbold. C’est lui qui se cache depuis un peu moins de vingt ans sous le nom quelque peu surréaliste du Natural Yogurt Band. En direct des paysages vallonnés et verdoyants du Derbyshire, le groupe donne des nouvelles plus ou moins régulièrement d’un univers qu’il s’est construit où le jazz côtoie les musiques de films des années 60 et 70, les résonances de rock psychédélique californienne et depuis peu finalement dialogue avec des machines électroniques. Leur nouvel album, Red Sky At Night, est sorti en décembre 2025 sur leur label historique BMM Records, déjà chassé, au point qu’on ne s’y retrouve pas vraiment, par un second, Parasol, chez Sonar Music Editions….qu’on a pas encore eu le temps d’écouter.

Cela tombe bien car il faut avouer que le NYB (Natural Yogurt Band) est un groupe avec lequel on a toujours le sentiment d’avoir un temps de retard et deux ou trois albums dans la vue. Passé par une longue période d’auto-édition, il est possible que Newbold ait profité d’une fenêtre plus favorable pour pousser à la surface des œuvres qui traînaient chez lui depuis plusieurs années. On ne sait évidemment absolument rien de ce disque là, Red Sky At Night, si ce n’est que c’est l’un des disques instrumentaux les plus élégants, cools et savoureux qu’on pourra déguster en ce début d’année. Empty House, le premier morceau, donne le ton avec une texture dense, subtile et sublime où dialoguent des flutiaux, une batterie jazz et des tas de sons non identifiés. L’ensemble est enlevé, vivant, luxuriant, donnant moins (le titre) l’impression qu’on débarque à l’improviste dans une maison vide que dans une sorte de jungle sur-occupée où des créatures bizarroïdes font la bamboche. Des pianos électriques font la sarabande et tapent le carton avec des puces électroniques sur un Jacobean Jazz évidemment mystérieux puisque, si on ne fait pas erreur, l’adjectif jacobéen renvoie à une époque (les XVIe – XVIIe siècles) où il était assez peu courant de se détendre dans des clubs de jazz.

Il ne faut jamais chercher à comprendre avec le NYB et c’est le cas sur ce Red Sky At Night qui pratique l’immersion à outrance dans des décors qui (on en a le sentiment) ne dépendent que de nous et de notre sensibilité. Punch Me évoque une ambiance de film noir avec sa ligne de basse et ses faux bruits de pas sur le pavé ou une allée de sable qui craque. On marche. Il fait nuit. On est peut-être suivis. C’est notre affaire. La musique fonctionne comme de petites scènes de cinéma, des propositions en forme de scénarios qui nous enveloppent, nous prennent par la main et nous font voir des choses. On pense parfois (sans véritable rapport musical) aux atmosphères immersives de PRAM. Est-ce que Newbold pense à quelque chose de précis quand il compose ? Un film imaginaire ? Une photo qu’il décrirait ? On n’en sait rien du tout. La dernière interview intéressante de lui qu’on a lue date de six ou sept ans chez louderthanwar.com. Elle témoigne que cette musique a un visage et qu’elle vient un peu de nulle part. NYB produit une musique virtuose, colorée, imaginée, glorieuse parois à l’image du somptueux Breathe, morceau exemplaire qui en quatre minutes et quelques dresse un monde devant nous comme on dresserait une table pour le déjeuner, lui donne vie et l’anime, le laisse courir et s’ébattre devant nous, avant de l’effacer aussi vite qu’il est venu sous le bruit délicat et limpide d’une pluie d’automne.

C’est brillant, époustouflant même, tout en échappant aux catégories traditionnelles. La musique de NYB renvoie à un genre peu côté chez nous qui est la “library music”, ces bibliothèques de sons que fabriquent des artisans pour des banques de sons qui servent aux bruitages, aux entreprises et à d’autres illustrateurs sonores. C’est à ça qu’on pense en écoutant Under The Waves et ses faux airs de Joe Meek bidouilleur. On est ici au cœur d’une école anglaise de la production de musiques naturelles et électroniques à la fois, de psychédélique naturaliste, qui sont biberonnés autant au land art/music qu’à la techno des montagnes. On adore le crépitement sacré et extraterrestre de Look To The Skies et au moins autant le final bidouillé, flippant et caverneux Tunnels. Ce disque de NYB est quelque peu plus angoissant et inquiet que les précédents. L’exotica cède le pas à une expérimentation qui rappelle parfois les œuvres de Psychic TV ou de Coil, en plus ouvert et ramassé.

Ce disque n’est pas qu’une simple curiosité. C’est un plaisir de gourmet, aussi puissant et suggestif qu’un trip de LSD biosourcé et 100% organique.

Tracklist
Liens
01. Empty House
02. Jacobean Jazz
03. Punch Me
04. Too Much Fun
05. Breathe
06. Under The Waves
07. Look To The Sky
08. Tunnels
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