Man & The Echo / Man & The Echo
[1965 Records / PIAS]

8.2 Note de l'auteur
8.2

Man and The EchoIl y a au moins trois manières d’évoquer des thèmes politiques en chanson. Celle des grands anciens, dylanienne, ou à la Billy Bragg, folk et blues à la fois. Celle plus musclée et énergique qui a le vent en poupe des punks Sleaford Mods ou Frustration chez nous. Et celle plus rusée et amusante des artisans d’une pop « cheesy sociale » à la Pulp (Jarvis Cocker)/ Man & The Echo. Le groupe de Warrington, attendu avec impatience après deux années à enchaîner les singles marquants, signe avec cet album éponyme une entrée en matière remarquable. L’album est dense (11 titres), varié et globalement brillant. Les textes de Gaz Roberts, le chanteur du groupe, sont souvent parfaits, révélant un talent d’observation hors norme, beaucoup d’esprit, d’humour, un sens de la formule généreux et une facilité dans la description des choses de la vie qu’on n’avait pas croisés à ce niveau depuis Morrissey, Jarvis Cocker ou, plus près de nous, Alex Turner des Artic Monkeys.

L’album démarre avec l’assez emblématique Distance Runner, parfaite illustration des talents mis en oeuvre par le groupe. La voix est ample, joueuse, expressive. La musique est rock, soul, enlevée et menée par un clavier indomptable. On pense à un mélange de Pulp, du Style Council, de Divine Comedy avec des morceaux de Mike Flowers Pop dedans. Les plus critiques ne retiendront de tout cela (le côté cheesy pop, justement) que les aspects vintage et quasi parodiques. Mais il y a beaucoup plus que ça dans les chansons de Man & The Echo, une morgue, une forme de méchanceté sournoise et d’ironie de classe qui nous ramène, certes aux années 70, mais vers des territoires habités par les Small Faces ou The Jam, qui réussissaient à mêler à la perfection élégance et causticité. Tout ceci est présent dans On Holidays, l’histoire d’un DJ essoré qui rêve de vacances et contemple ses photos estivales à l’agonie. « All I need is a long weekend until i get back to it« , entonne-t-il dans un refrain abattu, avant que le morceau ne s’embarque dans un final jazz époustouflant. Man & The Echo ne crache pas sur la grandiloquence et cela peut évidemment lui être reproché, lorsque le morceau cabotine comme sur Care Routine. Le piano domine et écrase parfois la dynamique rock pop des morceaux. Mais il est la plus part du temps utilisé avec finesse. Very Personally Yours est une chanson sublime. Chaque titre raconte une histoire. Ici, Roberts imagine la réaction d’un type dont c’est le mariage et qui s’aperçoit au fil de la soirée qu’il s’est trompé sur le choix de son épouse, en observant la manière dont chaque membre de sa famille se détourne de la jeune femme. Le morceau 100% blue eyed soul, enrobé de choeurs et bâti autour du falsetto de Roberts est magnifique.  La voix du chanteur y donne sa pleine mesure dans un registre qui ressemble parfois au premier John Lennon. « You leave your new wife on the dance floor« , conclut Man & The Echo dans un final cruel et désespéré.

L’album enquille les chansons de ce calibre : Goodnight to Arms où Roberts rappelle Brett Anderson au chant, l’épique et rigolo Operation Margarine (au titre emprunté à Roland Barthes, rien que ça!) et qui, à la façon d’un vieux morceau de soul anglaise, évoque les manipulations du gouvernement. Man & The Echo, depuis les évocations quasi géographiques de Distance Runner (qui décrit les paysages de la Mersey, les usines, les plaines, etc) jusqu’à la mélancolie magique de Room With A View (l’histoire d’un type pauvre qui se morfond seul dans sa chambre en contemplant une tâche rouge sur le mur), est probablement l’un des groupes les plus politiques du moment. La critique sociale est directe mais toujours superbement rendue et servie par des mélodies efficaces et touchantes. Le double sommet du disque s’incarne dans deux chansons, The Favourite Band of A Dead Man, à l’esprit bowiesque (70s toujours) et surtout le final Cold Is Stronger Than You Are, probablement la plus chanson des onze.

On atteint ici un sommet d’écriture qu’on ne résiste pas de citer in extenso pour sa simplicité et son impact

« Under hard, chill sheets Cold inferno cheeks / Below shorts of tea /Top up the heat and light/
An annoying good Or an early night/  With a belly-full/  I had the wrong idea/  I had the wrong idea
It’s not your fault / Like you used to think / it was Like many most still do / It’s not your fault / The cold is stronger than you are
Voucher number three/  Better make it last/  For it’s oh, naughty/  And is an extra shift/  Really such a gift / To those tired bones?
Still I end the call I had the wrong ID/  I had the wrong ID /It’s not your fault/  Like you used to think it was Like many most still do It’s not your fault The cold is stronger than you are. »

Man & The Echo a tous les talents ou presque. Cet album est évidemment à la hauteur des attentes. Avec un peu plus de retenue (une minute ou quelques secondes en trop à la fin des morceaux), un meilleur équilibre entre l’humour et la mélancolie, et en contenant son envie d’en rajouter, on devrait tenir là un groupe intéressant et potentiellement important dans les années qui viennent. Les guitares smithiennes et les traits d’esprit ne trompent pas. Il faut viser ce niveau là ou rien et ce, dès la prochaine fois.

Tracklist
01. Distance Runner
02. On Holidays
03. Very Personnally Yours
04. Operation Margarine
05. Care Routine
06. Goodnight To Arms
07. The Favourite Band Of A Dead Man
08. Room With A View
09. Pulse
10. The Last Introvert
11. The Cold Is Stronger Than You Are
Ecouter Man & The Echo - Man & The Echo

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