Pixies / Head Carrier
[PIAS]

4.5 Note de l'auteur
4.5

Pixies - Head CarrierLa critique musicale est comme le commentaire politique une affaire de storytelling. Après être tombés à bras raccourcis sur Indy Cindy qui n’était pas un si mauvais album, tout le monde se prépare à dire (plutôt) du bien d’Head Carrier, l’album du « vrai retour » de Frank Black et sa bande. En 2014, les Pixies revenaient pourtant pour la première fois sur disque. Kim Deal avait quitté le navire l’année précédente et le retour avait été source de nombreux mal entendus. Pourquoi ces types, dont le groupe avait disparu sans pertes ni fracas (alors qu’il n’était pas si « huge » que ça, rappelons-le), n’étaient-ils pas à la hauteur musicale de leur nouveau statut de dieux (morts) du rock indé ? Pourquoi le groupe ne sonnait-il plus comme 20 ans auparavant ? Le groupe lui-même s’était laissé enfumer par sa propre réputation/légende, tentant tant bien que mal de courir, avec des jambes trop vieilles pour lui, après son double évanoui. Indy Cindy (Pixies Music – 2014) échouait à devenir un album des Pixies écrit entre 1988 et 1990 et pouvait juste prétendre à donner une vague idée de ce que le groupe aurait donné s’il n’était pas mort avant. L’impression était étrange, pas désagréable, et mettait en évidence notre rapport contrarié au temps : les fans réalisaient que le temps avait passé et qu’eux-mêmes ne pourraient jamais revenir en arrière. Le groupe réalisait que cette légende qui avait peu à peu remplacé leurs souvenirs n’avait jamais existé pour de vrai.

A cet égard, Head Carrier (PIAS) est un album plus courageux que le précédent. Il ne court pas si nettement après le temps perdu et n’a plus la prétention inconsciente de renouer avec un passé qu’on peut de toute façon et heureusement revivre chaque jour et jusqu’à la mort en écoutant Surfer Rosa (4AD – 1988) et Trompe le Monde (4AD -1991). Les Pixies ont changé. Nous aussi. Nous sommes tous morts et vivants à la fois, ce qui ne nous empêche pas, puisque c’est le principe de toute musique pop, de nous lamenter sur ce qu’on ne sera plus et de croire (à tort) qu’on pourrait encore faire des trucs biens. Head Carrier est un album qui, si on n’oublie pas que nous sommes en 2016, sonne plutôt agréablement. Le titre éponyme et Classic Masher (un jumeau troublant de Rock Music) sont des titres de bonne facture qui imposent les Pixies comme un bon groupe de rock FM déviant. L’impression n’est pas encore tout à fait la même que lorsqu’on croise le fantôme de Brian Wilson ou de Mick Jagger mais la sensation d’être confronté parfois à un tribute band auto-incarné n’est pas si loin. Ceci étant dit, le groupe est bien en place et les morceaux sont de qualité. C’est parfaitement bien exécuté techniquement et les paroles sont suffisamment complexes et surréalistes, pour qu’on sache qu’on n’a pas affaire ici à de simples commerçants. Les chansons lentes de Bossanova ou de Trompe La Monde évoluaient dans ce registre mais embarquaient sur elles une menace de dérèglement et un grain de folie aérienne qui ont disparu ici. On aime toujours autant quand Black Francis raconte ces histoires tordues à notre oreille mais juste un peu moins. Sur Baals Back, en mode ACDC, on croit un instant être revenus en arrière avant de regarder sa montre 20 secondes avant la fin. Caramba encore raté. Paradoxalement, les Pixies sont désormais plus performants quand ils évoluent sur un tempo ralenti. Leur grande affaire consistait jadis à manier la « double accélération », chère en football à Johan Cruyff. C’est un truc qui s’est perdu comme on oublie un tour de magie. Might As Well Be Gone est ample et soyeuse comme un goûter au pensionnat ou un film en costumes. L’album est globalement pataud et inégal, emprunté et ronronnant. Oona est une chanson médiocre. Les caractères identitaires du son des Pixies sont présents, aisés à distinguer mais évoluent comme séparément les uns et les autres, tournoyant dans l’air à la recherche d’un sens et incapables de se rassembler pour susciter l’émotion. On a le sentiment que cette chanson pourrait être écrite mille fois et sonner toujours aussi peu convaincante. (ce qui est tout à fait le cas si on connaît la carrière solo de Frank Black).

Plus loin, cette sensation d’assister à un simulacre est répétée à l’envie. On aime bien l’idée de Bel Esprit et le chant de Paz Lenchantin mais cela ne vaut pas grand chose. The thrill is gone, comme dirait l’autre. All I Thing About Now démarre comme un double curieux de Where Is My Mind ?. La nouvelle bassiste prend le chant et chante ce qui ressemble à un hommage à Kim Deal, en même temps qu’un clin d’œil à Gigantic. Cet album aligne les situations cocasses, si bien qu’on ne sait plus trop à quelle époque on habite. L’impression produite par cette réminiscence de leur morceau le plus connu suggérée à l’arrière-plan est perturbante. On ne sait pas trop quoi en penser. Les derniers titres ne nous enlèvent pas ce sentiment que quelque chose cloche pour de bon. Um Chagga Lagga est un désastre. Plaster of Paris est plutôt cool avec son faux rythme blues mais pas franchement intéressant et All The Saints un bon choix pour refermer l’album. C’est le titre le plus élégant du lot, le plus léger et inspiré. Mi-surf, mi-rock, le morceau nous invite à la mansuétude.

Head Carrier est un album de rock classique qui n’est pas si désastreux et qu’on peut donc écouter et apprécier sans trop rougir. Mais pour un album des Pixies, l’un des meilleurs groupes du monde, c’est un spectacle proche de la débâcle. Le groupe joue comme il jouait hier mais balbutie sa propre syntaxe à la recherche de vraies chansons. L’échec du groupe à produire une musique vraiment stimulante n’est pas tant celle des membres du groupe que de son leader, Black Francis. On peut se raccrocher à quelques notes d’espoir disséminées ici ou là (un couplet, une séquence sublime, un souvenir) mais il va bien falloir qu’on prenne acte un jour que son talent s’est étiolé au fil des années. A trop vouloir y croire, on n’y croit plus du tout. C’est ça qui est moche, pour nous plus que pour eux.

Tracklist
01. Head Carrier
02. Classic Masher
03. Baal’s Back
04. Might As Well Be Gone
05. Oona
06. Talent
07. Tenement Song
08. Bel Esprit
09. All I Think About Now
10. Um chagga Lagga
11. Plaster of Paris
12. All The Saints
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13 Comments

  • Mais quelle emphase, quelle prétention…au service de la critique. A quoi bon ce processus ?
    On donne envie, on suggère, quand on aime, sinon l’ indifférence suffit, non? Qu’ en tirer? Pour nous? Pour vous? Par ce type d’ article nombriliste à souhait, auriez vous l’ ambition de protéger les gens d’une supercherie artistique, puis d’ expliquer à ce type, Black Francis, qui joue depuis plus de trente ans, ce qui est bon pas bon dans ses compos, dans ses tempos, dans son son…Fatalement c’est différent…mais bon, votre argumentaire ça se balance autour d’ une bière avec un ami, ça ne s’ écrit pas ça. Voyons, hormis le petit plaisir de l’ auto-lecture. On peut tout juger bien sûr. Mais de là à exhiber son petit point de vue… Ne vous rabaissez pas à cet exercice vil. Vous êtes écrivain en plus. C’est bien. Peut être vaut il mieux vous consacrer à cette activité créative. Comme disait Alphonse, la critique est la puissance des impuissants. Je ne vous le souhaite pas, je vous salue et m’ excuse pour cette intervention un rien péremptoire.

    • Merci pour ton commentaire. C’est un peu tout le principe de la critique que tu remets en cause. Vaste débat : faut-il dire du mal ou ne pas en parler ? S’agissant (pour te répondre aussi) d’un groupe que j’ai vu une demie-douzaine de fois sur scène (dont une fois avant sa séparation tout de même), de Frank Black dont j’ai TOUS (même les albums de Grand Duchy) les disques et que j’ai lui même suivi sur scène pendant des décennies, oui la posture critique est un peu différente mais néanmoins l’avis est autorisé. Il ne s’agit pas évidemment de distribuer des bons et des mauvais points mais d’évaluer une oeuvre d’un groupe majeur dans le contexte de son « déploiement ». C’est la mission du critique. Je n’éreinte jamais de jeunes groupes ce qui n’aurait pas d’intérêt. Ici, le rapport est plus personnel et je ne pense pas qu’on puisse aborder le nouvel album sans se référer à ce que le groupe a représenté (pour moi et un tas de gens de « ma génération »). Après, est-ce que mon argumentaire est foireux…. ou du niveau d’une discussion de comptoir… Je critique des disques depuis 20 ans. On fait parfois des critiques réussies, d’autres qui sont moins bien. Libre à toi de trouver que ce que je raconte est naze.

    • FDU : +100. C’est de la critique paresseuse, qui se permet de juger et condamner d’après une écoute passive (« comme devant un bon feu de cheminée », pas vrai Benji ?). Et ça prétend « évaluer » : mettre une petite note, comme à l’école (« 3/10 : décevant », un truc comme ça). Mais d’après quelle expertise ? À la lecture de l’article, et du précédent sur Tenement Song, on se le demande franchement. Il y a là une série de phrases toutes faites à propos d’impressions vagues et de jugements péremptoires, pas un début d’analyse, mais surtout : aucun respect. On a un groupe qui tente des choses variées et difficiles, à commencer par convaincre à nouveau un public attaché à des chefs-d’oeuvre indépassables, et en face un petit critique pédant qui fait la moue parce que son pâté n’a pas son goût d’antan. La musique est trop sérieuse pour être laissée à des Benji.

      • Quel ton condescendant, Alfredo. Tenez, puisque vous savez tout du comment de la critique et du comment celle de Benjamin a été rédigée, écrivez-la votre chronique de cet album des Pixies et on la publiera.
        Bien à vous.
        David

        • Je n’ai fait que répondre à la condescendance de M. Berton envers un groupe de l’importance des Pixies : c’est elle qui aurait dû vous fâcher. Je suis d’accord pour rédiger une chronique sur cet album qui mérite mieux que de la condescendance : où dois-je vous l’envoyer ?

          • Alfredo,
            Est-ce à dire qu’on a le droit qu’à la critique positive avec vous ? Que vous ne soyez pas d’accord, c’est une chose. Que vous soyez méprisant avec l’auteur en est une autre. Benjamin ne vous a pas traité comme vous l’avez fait à son égard. Il a émis un avis qui n’est pas le vôtre. Une opinion toute aussi respectable que la vôtre. Il ne vous a pas attaqué personnellement. Il ne s’agit que de musique. L’intolérance ce n’est pas ce qui doit caractériser un fan de celle des Pixies.
            Merci pour votre texte.
            Cordialement,
            David

  • Voici ma chronique.

    Je fais partie de ceux, pas encore assez nombreux, qui considèrent que les Pixies ont eu une importance aussi grande dans l’histoire du rock que les Beatles. Cette importance, les Pixies la doivent plus à leur génie propre qu’à leur succès. Entre 1987 et 1991, ils auront non seulement aligné les morceaux de génie (pas un seul déchet parmi leur petite centaine de chansons), mais carrément changé la face du rock, ouvrant la voie au renouveau grunge du punk-rock, et s’attirant les éloges de personnalités aussi imposantes que David Bowie, Bono, PJ Harvey ou Thom Yorke.
    L’erreur à ne pas commettre, mais dans laquelle tombent malheureusement trop de critiques, est de juger des deux nouveaux albums des Pixies (le très sous-estimé Indie Cindy en 2014, Head Carrier aujourd’hui) à l’aune de ces débuts inoubliables.
    Le malheur pour Black Francis est qu’on n’a jamais vraiment reconnu son rôle majeur dans la réussite de la formule Pixies. Il est clair que c’est dans sa relation entre amour et haine avec Kim Deal, qui a quitté le groupe, qu’il a puisé beaucoup de ses coups de génie. Et Deal avait le sex-appeal qui manquait aux autres membres. Pour beaucoup de fans des Pixies, le groupe ne pouvait donc pas exister sans elle.
    Mais il faudrait commencer à admettre que 99% des chansons des Pixies ont été composées par Black Francis. De ce point de vue, rien n’a changé. Il faudrait aussi reconnaître l’originalité décisive du jeu pointilliste et nerveux du guitariste soliste Joey Santiago, jeu qu’on retrouve tel quel tout au long de Head Carrier. Et surtout, il est important de mesurer que 23 ans ont passé depuis Trompe Le Monde, et qu’il est évidemment impossible pour les Pixies de refaire à l’identique la musique de leurs débuts.
    La meilleure manière d’écouter Head Carrier est donc d’oublier Doolittle et de considérer le nouvel album pour ce qu’il est : un album aussi riche d’influences que de mélodies imparables.
    Dans l’ordre : Head Carrier, cousin des montagnes soniques de Neil Young, sort des dents menaçantes avant un refrain somptueusement lyrique : « I’m going down the drain – again », où l’on voit que les Pixies sont toujours capables de prendre des virages inattendus, sources inépuisables d’émotion ; Classic Masher, que Black Francis a longtemps joué seul sur scène et qui a toujours eu la faveur des premiers cercles de fans, est une merveille de power-pop concentrée à laquelle la nouvelle bassiste Paz Lenchantin apporte un contrepoint vocal bouleversant ; le ciel s’assombrit de nouveau avec Baal’s Back où l’on retrouve le mur de guitares sous influence Hüsker Dü de Rock Music (Bossanova) à peine dominé par les hurlements impressionnants de Black Francis ; Might As Well Be Gone est une ballade country-psychédélique un peu évanescente qui se justifie par l’évocation d’un quasi-fantôme ; Oona (du nom de la petite-fille d’André Breton) entrelace plusieurs mélodies dans un collage ingénieusement organisé, où l’on retrouve avec grand plaisir la voix plaintive de gamin cinglé de Come On Pilgrim et Surfer Rosa : « I wanna be in your band » s’y lamente désespérément Black Francis ; Talent nous jette dans un tourbillon de guitares avant de nous entraîner à un rythme effréné dans la courte histoire d’un découvreur de talents qui ressemblait à Jack Palance et qui finit en raté : à peine commencée, la chanson se termine, et plusieurs écoutes sont nécessaires pour la savourer pleinement ; Tenement Song est, avec Um Chagga Lagga, le morceau le plus représentatif du vieux-style Pixies : un couplet à la mélodie à la fois tendre et inquiétante suivi d’un refrain puissant, mélange de rock noisy et de pop, où les paroles évocatrices font moins sens qu’elles ne donnent à rêver : une réussite ; Bel Esprit est la chanson la plus country et la plus évidente de l’album, Paz Lenchantin y chante à l’unisson avec Francis, et la simplicité du morceau permet de mesurer tout ce que les Pixies y apportent d’original : une expressivité à mi-chemin entre souffrance et colère, qui se dissout en rêverie dans l’outro avec une brillante mélodie surf de Joey Santiago ; All I Think About Now est une méta-chanson où Francis rend hommage à Kim Deal en empruntant au célébrissime Where Is My Mind quelques-uns de ses gimmicks : ce morceau étrange semble hoqueter, les guitares électriques bégaient leurs accords avant de se lâcher à la fin, comme enfin libérées du poids du message chanté par une Paz Lenchantin souveraine : « Can I thank you now ? I’m gonna try anyhow » ; Um Chagga Lagga, morceau desert rock furieux, nous offre un échantillon de folie pure et de pur plaisir rock’n’roll ; Plaster of Paris mêle avec assurance et précision les mélodies surf de Santiago à une guitare rythmique continue, ressuscitant et rafraîchissant les harmonies de la new wave en les enrichissant d’un parler-chanté dans lequel Black Francis est passé maître ; en conclusion, All the Saints, ballade ternaire proche de Havalina (Bossanova) réussit le tour de force d’évoquer plusieurs univers en 2mn30, laissant le dernier mot de cet album généreux à la rêverie douce-amère.
    Les Pixies sont donc bien toujours là, et même un peu au-delà de nos espérances. Ils trafiquent dans leur monde à part des expériences risquées, des mélanges de genres, des contrastes assumés, avec une liberté qui n’a d’égale que la cohérence de l’inspiration.

    • Ce que je reproche à M. Berton n’est pas du tout de ne pas aimer le dernier album des Pixies, c’est d’en parler avec paresse et nonchalance. Ma chronique est meilleure non pas parce qu’elle est positive mais parce qu’elle cherche à décrire les chansons avec un peu de précision et un respect minimal. Je ne prétends pas être critique, par contre je sais reconnaître quand un critique se ne fait pas son boulot. Et je vous répète que le mépris se trouve d’abord dans l’article que je contestais. Face au mépris, j’ai été méprisant. Je regrette le tour qu’a pris cet échange, mais c’est l’article de M. Berton qui en est la cause.

    • J’ajoute une chose à ma réponse à votre dernier commentaire, David. Ce que j’attends d’un critique c’est qu’il me donne envie : non pas d’aimer à tout prix un album qu’il juge mauvais, mais envie d’être exigeant, d’en demander plus, « envie d’avoir envie » comme disait l’autre cloche. Ce que j’ai lu concernant les récents Pixies sous la plume de M. Berton c’est : « Les morceaux sont de qualité ». Mais encore ? « Caramba encore raté. » C’est-à-dire ? « L’album est globalement pataud et inégal, emprunté et ronronnant. » Plus de détails ? Non : « A trop vouloir y croire, on n’y croit plus du tout. » Le critique aurait dû commencer par là : à quoi croyait-il exactement ? Que les Pixies à 50 ans passés pouvaient refaire le Debaser de leurs 24 ans ? Erreur fatale qui le rendait indisponible à la surprise, et donc à la transmission de la moindre envie chez le lecteur. Sauf celle de lui renvoyer son mépris au visage.

  • Excellent article aujourd’hui dans Le Monde sur le nouveau Pixies :

    Retour de flamme hardcore pour les Pixies
    LE MONDE | 05.10.2016
    Par Stéphane Davet

    Ceux qui ont croisé les Pixies, cet été, sur la route des festivals, ont pu constater l’entrain avec lequel le quatuor américain – pas spécialement réputé, jusque-là, pour ses élans confraternels – se jetait, en ce moment, dans ses concerts. Un plaisir de jouer régénéré témoignant de la complicité semblant aujourd’hui unir Charles Thompson – alias Frank Black ou Black Francis (chant, guitare) –, Joey Santiago (guitare), David Lovering (batterie) à leur bassiste américano-argentine, Paz Lenchantin, incorporée dans le groupe en 2014, après le départ de la cofondatrice Kim Deal et les intermèdes Simon Archer et Kim Shattuck.
    Cet appétit collectif rayonne aussi dans Head Carrier, deuxième album des Pixies depuis leur reformation, en 2004, après douze ans de séparation. Une envie de croquer dans les refrains qui manquait un peu à son prédécesseur, Indie Cindy (2014), première tentative du groupe de retâter à la création, après des retrouvailles dont les dix premières années furent d’abord consacrées à faire fructifier le passé. Pas indigne mais irrégulier, le disque du grand retour avait sans doute souffert des fâcheries avec Deal et de l’instabilité qui en découlait. Les douze bombinettes de Head Carrier, bouclées en général en moins de trois minutes, explosent cette fois avec un rafraîchissant enthousiasme.
    Certes, inutile d’espérer le choc esthétique qui avait saisi à l’époque des séminaux Surfer Rosa (1988) et Doolittle (1989), boussoles déterminantes du rock des années 1990 sans lesquelles des artistes comme Nirvana, PJ Harvey ou Radiohead n’auraient pas trouvé leur voie. Le son Pixies, mariant caresse et passage à tabac, fait aujourd’hui moins l’effet d’un électrochoc que d’une madeleine joliment épicée. On retrouve dans ce sixième album ce mélange typique de distorsions abrasives et de mélodie, de furie frénétique et de délicate bizarrerie.
    Punk, radicalisme hardcore, clins d’œil sixties, touches surf et country font encore bon ménage. Un goût des contrastes préservé, même si le jeu des dynamiques se fait un peu moins tranchant qu’autrefois. Peut-être parce que leur producteur de toujours, Gil Norton, a cette fois été remplacé par Tom Dalgety (même si l’éternel Vaughan Oliver reste aux commandes du design et des visuels).
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    Dorénavant plus maître Yoda que lutin (pixie en anglais) excentrique, Black Francis voit une forme de patine classique lustrer son écriture. Même quand la batterie de David Lovering fouette un rythme de cavalcade (Um Chagga Lagga) ou que Joey Santiago écorche sa guitare (Head Carrier), refrains et gimmicks instrumentaux s’incrustent avec un savoureux savoir-faire pop.
    Que ce soit en maniant l’autocitation (un Might as Well Be Gone très Monkey Gone to Heaven, un All I Think About Now chanté par Paz Lenchantin, en référence directe à Kim Deal et Where is my Mind ?), ou en allumant la mèche de nouvelles comptines – les accrocheurs Classic Masher, Oona, Talent, Tenement Song ou Plaster of Paris, l’une des nombreuses chansons abritant des références à la France.

    • Cher Gerardo / Alfredo, faut pas nous prendre pour des couillons. 😉
      Faut être plus malin que ça. Identifiant avec la même consonance et surtout même adresse ip.
      Il va quand même falloir clore le débat.
      Bonne soirée
      David

  • C’était tellement évident, cher David, qu’il faut être quand même un peu couillon pour penser qu’il y avait tentative de dissimulation. Puisque vous me relancez (rien ne vous y obligeait sauf votre petite envie de me « coincer »), je constate que vous ne tenez pas vos promesses : « écrivez-la votre chronique de cet album des Pixies et on la publiera », m’avez-vous dit, et évidemment vous vous en gardez bien. C’est pas très beau tout ça.

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