Megaviolet / L’Expérience
[Grande Rousse Disques]

7.3 Note de l'auteur
7.3

Megaviolet - L'ExpérienceRares sont les petits labels à créer ce culte du mystère autour de leurs artistes, galerie de chimistes du son se confondant au sein d’une cohérente bannière. Chacune de leur sortie se voit alors guettée, dans un mélange de peur et d’excitation. Grande Rousse Disques sort L’Expérience, second EP de Kenza LamribenMegaviolet la nuit qui, si l’on se fie au nom des pistes, beigne toujours ses jours dans l’enfer d’ études de médecine infinissables.

Expérience de vie imminente

Cela fait depuis l’analyse de nos Données celulaires (2019) que nous n’avions plus pris rendez-vous chez Mrs. Lamriben. Hasard des hasards, c’est de nouveau sur Dr. Megaviolet qu’on tombe en visio ; la caméra est éteinte. On s’empresse alors de passer à la pharmacie prendre six nouvelles gélules. On est un peu déçu de ne pas en avoir reçu tout un album mais, pour sûr, on les ingurgitera dans la soirée. On commence en douceur avec la Phényléthylamine, et on croirait entendre les sonorités arrondies qu’utilise Eric PrydzPryda dans sa musique (en particulier sur Shadows), mais d’une manière… bien plus sinistre ici. Nous commençons vraiment à douter du médecin aux commandes de nos émotions, la fidélité du morceau à son appellation n’étant pas au rendez-vous. D’après Wikipédia, l’effet recherché du médicament est « l’humeur positive », soit les choses qu’on a les moins fréquentées au monde depuis notre naissance à Paris ; pas grave, ce n’est pas toujours instantané, alors on plonge le nez dans le barbiturique suivant.

Dans une tentative rimbaldienne, nous allons cultiver une hideuse verrue sur notre corps étique, pour voir de quel bois sont faites les moules. Pour calmer la douleur, on se découpe un Fragment, et dans une hallucination, on entend les sirènes de Depeche Mode période Speak and Spell et Broken Frame; ça remonte tout ça… Parait qu’on voit défiler notre vie avant d’affronter le boss final de la faucheuse, et là, à vrai dire, on n’en a qu’une ! Puis le cerveau nous assaillit d’une cavalcade agressive et folle de beats hystériques. On souffre mais on vit ; on se laisse coloniser par la vermine. C’est la descente, et alors qu’on est déjà une polyhandicapée-multinévrosée-polytoxicomane-parisienne scrofuleuse (pléonasme ?) au chômage, en plus, on se fait une Krampe sur le chemin des courses (bonne nouvelle : on ne nous a toujours pas accordé le permis!), chienne de vie! On souffre de plaisir au contact de ces bruits provenant de gosiers de métal et autres instruments trifouillant notre lobe frontal. Le passage techno de Krampe nous palpe le cœur, désirant nous emporter d’une arythmie cardiaque, mais on ne lâchera pas. On dormira quand on sera mort…

Megaviolente

C’est dans un exquis mélange d’enivrement et de dégoût que l’on est, comme un peu tous les jours du désordre glandulaire qu’est notre existence. Tournée d’Ocytoxine à gogo, merci le cerveau féminin ! Comme si notre corps et marâtre Nature ne nous interdisaient pas suffisamment au bonheur… Le morceau n’est que douleur, et plus il y a douleur, plus il y a jouissance (mais chut, ceci est un secret…). L’Expérience est truffée d’obstacles, de battements, de martellements : nous sommes au premier cercle d’un enfer intérieur se souvenant de Dante. L’univers sonore de Megaviolet se rapproche du malaise et de l’incompréhension éprouvés à la vision des films de Jonathan Glazer (Under the Skin, son court The Fall). Les sirènes passent et jouent les surveillantes, apparaissant puis disparaissant comme des jets de spasmes. Ocytoxine est en soi aussi angoissant qu’un kyste entre les lèvres, quand le vit de notre Alphonse nous court sur le haricot. L’Expérience nous rend vivante, nous renvoie à notre pure matérialité de chair, énorme molécule désarticulée du monde.

Nous ne le savons pas, mais sous notre épiderme, une guerre à feu doux a lieu. Dans un sursaut, les Anticorps mettent la satisfaction en veilleuse pour mieux canoniser l’envahisseur s’étant amassé en nous. C’est ça, quand on accepte de se faire pénétrer par n’importe quelle forme biseautée – elle est belle la vie de bohème ! La piste dure même un peu trop longuement, mais il faut ce qu’il faut pour pulvériser la gangrène. Mais l’ennemi xénogénique refuse de se faire expulser de nos frontières corporelles. À l’arrivée d’une nouvelle salve d’Antigènes ennemis, on se prend une décharge de cellules immunitaires, supersoldats aux muscles maousses descendant en rappel par intraveineuse. À coups d’AK-polypeptides, rhinovirus et chlamydia passent à la casserole ; même le rétrovid joue moins le malin. Dans un tunnel de trance, les acides aminés, de leurs gradins, encouragent les sauveurs dans une danse. Promis, on va vivre, et on se prend à rêver de devenir la psychodrama queen que l’on mérite. La piste est excellente, et on en ressort presque nouvelle, à la fois vitrifiée et déçue que la pénitence n’ait duré plus longtemps. Esclave de nos maux sans le savoir, on se souhaite que recommencent, juste un peu, de prochains désordres humoraux afin – tout simplement – d’exister, et de s’approcher, plus longuement encore, du diabolique docteur Megaviolet.

Tracklist
01. Phényléthylamine
02. Fragment
03. Krampe
04. Ocytoxine
05. Anticorps
06. Antigènes
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