Mona Kazu a des nerfs d’acier

Mona Kazu - Steel your nervesLe clip ne fait pas tout mais ajoute à la magie du morceau. Kämpfen, le deuxième extrait du prochain album de Mona Kazu (le troisième), qui sort le 12 novembre et s’intitule Steel Your Nerves, est accompagné par une splendide réalisation de Cédric de Montceau. Cette déambulation gigogne en mode miroir (forêt/route, ville/campagne) agit comme un formidable trompe l’oeil qui se met au service de la progression des guitares et du crescendo émotionnel mis en place sur ce titre.

Mona Kazu y fait preuve d’une maîtrise et d’une sérénité impressionnantes dans leur registre habituel qui mêle new wave grisonnante, jazz atmosphérique et indé rock granitique. L’entame, portée par la guitare de Franck Lafay et la batterie millimétrée du nouveau venu, Régis Boulard, est somptueuse et rappelle les appels d’air d’un Godspeed You Black Emperor brut et apaisé. Le chant de Priscille Roy vient coiffer ce décor hanté et qui semble déserté de toute présence humaine pour ajouter à l’étrangeté de la balade. La voix qui rappelle par son évanescence les arabesques d’une Siouxsie en apesanteur prend des accents gothiques et oniriques pour suggérer un lointain cousinage avec le Dead Can Dance. L’ensemble est toutefois plus concret, plus matériel, plus lourd aussi, comme si le groupe avait simplifié ses partitions pour ne conserver que l’essentiel. Ce qui marque ici, c’est l’esprit de décision, cette impression que Mona Kazu sait sur chaque note où et vers où il se dirige. Le final du morceau est particulièrement riche, aboutissant à ce qu’on redécouvre ce qu’on était venu chercher : ce visage, humain, à demi effacé et qui restitue toute son humanité au voyage.

Enregistré sans doute pendant le confinement, décalé, et perturbé, cet album du groupe du Creusot porte sans doute bien son titre, Steel Your Nerves, exprimant cette idée d’un contrôle et d’une domestication à établir face à un monde qui se défile, s’arrête ou part en sucettes. Mona Kazu est le groupe qui, à l’échelle française, fait le plus penser à Low (en un peu plus musclé). Ce n’est pas un petit compliment.

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