L’Association des Fans Hardcore de Morrissey s’est émue que nous n’ayons pas relayé et commenté immédiatement le nouveau et troisième single du chanteur anglais tiré de son album à venir le 6 mars, Makeup Is A Lie. Contrairement aux apparences et à ce que laisseraient croire nos habitudes, nous n’avons aucune obligation contractuelle d’évoquer chaque mouvement, fut-il grandiose, de l’ancien chanteur de The Smiths, pas plus que nous ne sommes intéressés financièrement à sa promotion. Pour dire la chose, et malgré une série de 372 articles, brèves, chroniques en cours, passées et à venir sur Morrissey, celui-ci n’a toujours pas accepté nos demandes d’amitié sur Facebook et Instagram, pas plus qu’il ne nous a invité chez lui à prendre le thé avec Nancy Sinatra (qui, contrairement aux rumeurs n’a aucun lien de parenté avec Brigitte Macron). Ce n’est pas pour autant que nous avons décidé de l’abandonner, ni d’omettre de souligner que sa nouvelle tournée européenne (démarrée au Danemark) en était déjà à cinq concerts de rang, successifs, SANS AUCUNE ANNULATION et qu’elle se déroulait donc pour le mieux. Le chanteur sera à Londres le 28 février avant de traverser la Manche pour rejoindre le Zénith de Lille, le 4 mars.

Scan du livret d’Amazona de Roxy Musix
Morrissey a pu rôder sur scène quelques uns des morceaux de son nouvel album, à savoir les trois morceaux déjà re-sortis ou sortis en single numérique depuis l’annonce de la sortie du disque chez Sire Records, à savoir Notre-Dame (il se raconte qu’une version duo avec Garou est en route), Makeup Is A Lie et Amazona, auquel s’ajoute le chouette Monsters of Pig Alley, autre titre présent sur le précédemment nommé You’re Right, It’s Time. Avec The Night Pop Dropped (révélé précédemment et “créé” à Paris l’an dernier), cela porte à cinq le nombre de titres (sur 12) déjà connus et joués avant la sortie officielle.
Amazona le dernier né est donc une reprise de Roxy Music. Le morceau original date de 1973 et figurait en rang 3 sur le troisième album du groupe, Stranded, lequel a la particularité d’être le premier disque du groupe enregistré sans Brian Eno. La composition est signée Bryan Ferry/ Phil Manzanera, ce qui est là aussi une nouveauté puisqu’auparavant Ferry ne partageait pas les crédits. Stranded fait partie des disques considérés comme des classiques du groupe et bénéficie d’une forte reconnaissance critique. Amazona ne fait pas du tout partie des chansons les plus mises en avant par le groupe et n’avait jamais été rejouée par Roxy Music (en dehors de la tournée 1973) avant de réapparaître en 2011, à la grande joie des fans amateurs de raretés. A noter qu’il s’agissait de la première participation musicale (officielle) de Manzarena à la création d’un titre de Roxy Music. Le texte joue du rapport entre l’Amazone (la rivière) et les Amazones pour figurer le rêve d’émancipation et d’aventure d’une jeune femme qui s’adresse à un homme (?) ou à elle-même. Il s’agit d’un dialogue (pas exempt d’ambiguïté) où lui est promise la réalisation de ses rêves au prix d’un long chemin. Le texte est très stimulant et plein de dynamisme, s’appuyant sur une très célèbre (et remarquable) séquence de guitare dissonante/saxo/… qui est assez bien rendue dans la reprise de Morrissey.
On laissera les amateurs comparer les mérites de l’original et de la reprise. Morrissey et son équipe s’en sortent très bien et modernisent les arrangements quelque peu datés de l’original avec leur sens des gimmicks habituels. Le chant de l’ancien Smiths est exemplaire et très chaleureux. On peut considérer sans trop de difficulté que la version de Morrissey est un brin supérieure à l’originale (il n’y a pas photo sur ce morceau entre les deux chanteurs) et que la séquence instrumentale qui intervient après deux minutes, bien que moins portée sur la virtuosité, est intéressante.

