Owen Pallett / Island
[Domino]

8.5 Note de l'auteur
8.5

Owen Pallett - IslandL’essentiel, c’est d’accepter de se tromper. Cela évite de passer à côté de grands albums et de beaux moments à les écouter.

Owen Pallett affiche un pedigree incroyable : il a longtemps été présenté comme un membre d’Arcade Fire dans sa version live et s’est un arrangeur très demandé, dans des courants bien différents. Il est ainsi crédité aux côtés de (liste copiée-collée extraite du communiqué de presse) : Frank Ocean, Caribou, The Last Shadow Puppets, The National, The Mountain Goats, Christine and the Queens, R.E.M., Linkin Park, Sigur Rós, Taylor Swift, Pet Shop Boys … Ajoutons à cela que son parcours musical est auréolé de diverses récompenses, tels que des nominations aux Oscars. Typiquement le genre d’arguments commerciaux secoués comme un chiffon rouge et qu’on s’applique à fuir – pas par snobisme (encore que, il ne faut pas nier un certain scepticisme du aux a priori), mais parce que le CV des bons techniciens ne que très rarement sources d’émotions. Le fait est, à tort ou à raison, que les précédents albums du Canadien parus depuis déjà 10 ans sous son propre nom, en tant que Final Fantasy ou en collaboration avec William Buttler sont restés, si ce n’est sur le seuil, du moins aux confins, de notre discothèque.

Le début d’Island (Domino) laisse à croire que le musicien va poursuivre sur ce chemin de virtuose, surtout lorsqu’on sait que l’album a été enregistré aux studios d’Abbey Road avec l’Orchestre Contemporain de Londres. On peut craindre qu’Owen Pallett se soit plus attaché à la forme qu’au fond, surtout qu’une première pièce instrumentale égrène des notes lugubres en guise  d’introduction anxiogène. Puis Transformer entame vraiment l’album. Mais là encore si une guitare en piqué dévoile une jolie mélodie déliée, on se demande pourquoi, Diable, a-t-il ajouté des arrangements en second plan qui font croire part intermittence que deux morceaux distincts se jouent en même temps ? On reste dubitatif avant de s’engager dans le chemin que suggère Paragon Of Order. Et enfin, la magie opère. L’excellent interprète fait tomber le masque pour laisser entendre ce que l’auteur-compositeur veut extérioriser. Le chant est à la fois fragile et habité comme chez Mark Hollis. Dès lors, on comprend qu’Owen Pallett s’en va fureter sur la voie tracée par Talk Talk, laissant une grande place au silence entre les notes et aux mélodies decrescendo. The Sound Of Engines évoque une relecture acoustique et ouatée de Blueboy (la ligne claire des shoegazers version Sarah Records), quand, par moment, ailleurs, la scansion fait penser aux plus belles compositions de Jens Lekman. Les arpèges glissent sur la vitre comme des gouttes de pluie que viennent essuyer des violons conciliants. Un chat pose ses pattes délicatement sur les touches noires et blanches d’un piano. Lorsqu’un staccato de violons soutient le chant, on oublie alors complètement la forme pour le fond. Voilà, ça y est : Owen lâche prise et nous entraîne avec lui. Une batterie discrète ajoute un peu d’intensité au récit, puis supplante les autres instruments : avec A Bloody Morning l’averse devient orage. C’est une douche glaciale à l’onirisme échevelé. La chanson, choisi comme single, fonctionne sur le même mécanisme que les autres compositions de ce très long album. Les intrusions des cordes, souvent suraiguës, tirent les chansons vers le côté le plus sombre et confirment l’anxiété du compositeur, tandis que le chant limpide et les instruments à vents qui jouent dans les graves les irradient de lumière. Island reste ainsi de bout en bout sous l’influence de ces deux pôles et chaque morceau semble ainsi être tiraillé entre terre et mer. Sans nul doute, en ces temps où l’espérance est si précieuse, c’est vers la lumière qu’on a envie de suivre Owen Pallett.

Tracklist
01. —> (i)
02. Transformer
03. Paragon Of Order
04. —> (ii)
05. The Sound of Engines
06. Perseverance Of The Saints
07. Polar Vortex
08. —> (iii)
09. A Bloody Morning
10. Fire-Mare
11. Lewis Gets Fucked Into Space
12. —> (iv)
13. In Darkness
14. Paragon Of Order (version)
15. Fire-Mare (version)
Écouter Owen Pallett - Island

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