Akira Kosemura / Honey Lemon Soda (TV Anime Series Original Soundtrack)
[Milan Records / Sony Music]

9.1 Note de l'auteur
9.1

Akira Kosemura - Honey Lemon SodaQu’est-ce qui peut bien faire qu’on ait soudainement une folle envie de dévorer un anime (de type Shojo, c’est-à-dire un manga romantique “pour filles” littéralement, par extension une histoire pour jeunes adultes) dont on avait jamais entendu parler avec une telle avidité ? Qu’est-ce qui peut faire que soudain on trouve digne d’intérêt l’histoire d’une jeune japonaise harcelée qui tente de “se relancer” en passant du collège au lycée et fait la rencontre d’un jeune mec blond, aux cheveux couleur miel/citron du film ? Qu’est-ce qui peut faire qu’on soit touché par cette histoire ? On a lu 2 tomes sur 27. Et visualisé aussi quelques extraits de l’anime pour voir comment la musique et les dessins s’associaient. D’après les données en ligne, ce manga a réuni plus de 14 millions de lecteurs. En décembre 2024, seuls 6 des 27 tomes ont été traduits en France.Et on est à deux doigts (ceux qui effleurent les touches du piano peut-être) de plonger là-dedans et d’en être émus aux larmes.

Tout ceci n’est pas tout à fait pour nous, mais la BO que livre Akira Kosemura pour ce dessin animé est d’une finesse, d’une délicatesse, d’une précision et d’une beauté si invraisemblables qu’on a pas pu s’empêcher d’y aller voir. Les travaux de commande exécutés par le Japonais ne sont pas toujours les plus importants à nos oreilles (on pense à l’exercice similaire réalisé pour JackJeanne) mais celui-ci a une saveur tout à fait particulière. Le thème d’Honey Lemon Soda parle de lui-même : joué à deux doigts, économe, d’une intensité et d’une sensibilité rares. Le pouvoir de ces quelques notes s’explique sans doute par la thématique du manga : le harcèlement scolaire subi par une jeune fille et l’univers impitoyable, tendre et cruel, du lycée. On est avec ce manga signé Mayu Murata au coeur du “système pop”, un univers émotionnel qui s’accorde parfaitement au style presque naïf et sensible de Kosemura. Féminin, adolescent et sensible. Trois adjectifs qui font écho au style du pianiste. Et c’est évidemment là que se niche le second levier d’émotion : la technique ou plus précisément la touche ou touché comme on choisira de l’appeler.

On peut prendre en exemple une pièce telle que Magic Of Love Pt 1qui ne repose sur presque rien du tout et sur laquelle le piano de Kosemura va recevoir la visite divine des cordes et des solistes canadiennes (on dit bien canadiennes et non canadiens) qui l’entourent. Le thème est discret, parfait, superbe dans sa façon de suggérer l’indicible attrait de l’émoi adolescent. Les cordes lui donnent juste ce qu’il lui faut de volume. Il y a dans cette bande originale un miracle qui s’accomplit sous nos yeux : les notes qui s’échappent, qui se font la belle et jaillissent sous nos yeux. Sparkling Like Soda Pop porte son nom à merveille. Kosemura partage l’écriture sur quelques pièces avec la Canadienne Hollie Kenniff (son album de 2023 en solo était un délice) et la violoncelliste Julia Kent, qui fait partie du groupe qui suit Antony (d’Antony and the Johnsons). Toutes ces participations ont évidemment un sens, une direction très sûre, un équilibre fantastique qui donne lieu – au cœur même de l’illustration sonore d’un manga télévisé – à l’écriture et à l’interprétation de pièces bouleversantes. Honey Lemon Soda parle d’amour bien sûr mais éprouve avec autant d’acuité et de justesse les sentiments qui s’y rapportent : la timidité (l’héroïne était surnommée “la pierre” dans son collège tant elle était dans la retenue), le rouge aux joues, le désespoir, l’incertitude. Into The Dark est gentiment inquiet, évoluant plus dans le registre de la musique ambient que dans celui du classique. Et cela tombe bien parce que Kosemura a aussi associé le maître du genre Lawrence English à la mastérisation du disque et des compositions. Là encore, il s’agit d’un détail technique mais on pourra s’extasier sur la profondeur du son et la prise d’espace des différentes composantes.

Le résultat final est étagé, aéré et laisse beaucoup de places aux instruments pour s’exprimer, vibrer et produire un fascinant effet d’écho qui se rapproche de la vibration naturelle des sentiments humains. Quitte à ce qu’on soit accusé d’en faire trop, il faut écouter les deux minutes et quarante secondes de You’re My Sunshine, l’un des chants/thèmes de l’anime et en accueillir la pureté vivifiante. Cette pièce diffuse un intense sentiment de bonheur, de fraîcheur et d’émerveillement. Le final Uka & Kai (du nom des deux protagonistes principaux) est tout aussi fabuleux.

Puisqu’on est dans nos traditionnelles critiques de film, on se trouve face à l’un des cas (pas si fréquents) où la musique par sa beauté va littéralement transcender le matériau originel, sans le trahir, en le respectant plus qu’à la lettre, pour nous offrir un véritable dépassement esthétique très net de ses intentions et de ses moyens. Cette BO contient ainsi (sans qu’on ait besoin de recourir au visionnage des dits épisodes) le sens et l’intégralité du média (manga ou dessin animé) et bien plus encore, condense les émotions qui s’y rattachent. Akira Kosemura nous offre une heure de musique à tomber amoureux ou à genoux, et probablement l’une de ses compositions les plus réussies. On écoutera désormais Honey Lemon Soda quand on sera un peu triste ou mélancolique, avec la même émotion que si on repensait à un crush de jeunesse ou à notre premier baiser.

Tracklist
01. Honey Lemon Soda – Main Theme
02. Overflowing
03. You’re My Sunshine
04. Brand New Days
05. The World In Colors
06. Magic of Love, Pt 1
07. Sparkling Like Soda Pop
08. Reflection of Joy
09. Views In Summer
10. Distance Between Us
11. Dark Past
12. More Intense
13. Rainy Day
14. At Eventide
15. From Far Away
16. Into The Dark
17. Blank Mind
18. Magic Of Love, Pt 2
19. CHANGE
20. You’re My Sunshine (piano version)
21. Uka & Kai
Liens

Lire aussi :
Akira Kosemura / Seasons
Akira Kosemura / Love Is
Akira Kosemura / Diary 2016-2019

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