Petite Noir / La Vie Est Belle / Life Is Beautiful
[Domino]

Petite Noir - La vie est belle / Life is beautifulOn voudrait s’exonérer de son arbre généalogique et s’affranchir des idées reçues qu’il suscite, tant la musique de Petite Noir mérite mieux qu’un couplet sur les effets de la mondialisation en matière de musique moderne. Mais, depuis qu’on l’a découvert en 2012, on se demande forcément d’où vient ce type, pourquoi ces touches de francophonie distillées tout au long d’une musique anglophile (et cette faute d’accord dans son pseudo), quel est le vécu de cette gueule qui s’affiche en gros plan (cf. la pochette de son EP The King Of Anxiety paru il y a quelques mois et qui figurera en bonne place parmi les singles de l’année). Et évidemment, derrière tout ça, quel est la part entre la posture artistique et l’engagement militant, entre les apparences et la sincérité du propos.

Alors donc, Yannick Ilunga est d’origine congolaise et angolaise, a vécu en Afrique du Sud avant de migrer en Angleterre tout en étant de nationalité belge par naissance. On voudrait voir dans un tel parcours personnel, les origines du brassage culturel incarné par La Vie Est Belle / Life Is Beautiful (jusque dans son titre bilingue). A défaut de pouvoir y voir bien clair tant le jeune homme s’applique à brouiller les pistes, à se jouer des codes et à fuir les questions (il est en passe d’être considéré comme l’un des pires artistes actuels à interviewer, entre attitude fuyante et autisme déroutant), ce qu’il faut surtout retenir, c’est que ce type ose plus que quiconque, se contrefout du mélange des genres et ne connaît pas la fable du mariage de la carpe et du lapin. Le tout avec le naturel et la classe de celui que ces questions n’effleurent même pas. Le doute n’est pas même permis et il ne peut pas s’agir d’un coup marketing tellement sa musique est instinctive et spontanée, quand bien même l’Africain aime à jouer des slogans et désigne lui-même sa musique de « Noirwave« . De fait, la formule est pertinente, puisque Petite Noir greffe des guitares new-wave et des rythmiques en coupé-décalé, décrits des paysages écrasés de soleil sous des mélodies pluvieuses. C’est Brighton dans le Finbos, c’est Brazzaville dans les Ardennes.

Inventivité débridée et sensibilité à fleur de peau : La Vie Est Belle est tout à la fois un album éminemment de son époque par sa production et sa pluralité, mais aussi intimement personnelle et touchant. Jouant avec une tessiture à deux tons peu commune, le fantastique Seventeen (Stay), par exemple, compile plusieurs morceaux de Tears For Fears (sauf que Yannick Ilunga fait à lui seul le chant de Curt Smith et de Roland Orzabal !) sur des rythmiques exotiques. On pourrait aussi discerner ici ou là la paternité de Simple Minds et de Fine Young Cannibals. Il y a aussi des airs chaloupés caribéens (pour ne pas dire zouk), des chœurs soul ultra-sexy, le souffle du désert et la moiteur des mégalopoles en mal d’humanité. On entend des enfants rirent, de sages prophéties, du désabusement amusé et de la souffrance. Sur le papier, ça pourrait en faire flipper certains. Ce serait bien dommage, car La Vie Est Belle / Life Is Beautiful est autrement plus captivant et fascinant que la somme des influences décelables.

Petite Noir invente son propre langage tout en laissant la part de mystère et l’espace nécessaire pour que chacun puisse y projeter ses propres fantasmes, ses convictions et ses songes.

Tracklist
01. Intro Noirwave
02. Best
03. Freedom
04. Seventeen (Stay)
05. Just Breathe
06. La Vie Est Belle / Life Is Beautiful
07. MDR
08. Colour
09. Down
10. Inside
11. Chess
Écouter Petite Noir - La Vie Est Belle / Life Is Beautiful

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