On a toujours eu un petit faible pour les travaux du beatmaker toulousain ProleteR qui nous a toujours semblé représenter un bon compromis entre la puissance d’Al’Tarba et les influences swing de groupes tels que Smokey Joe and the Kid (dont fait partie Senbeï). Au fil des productions et des disques, ProleteR a imposé son style fait de souplesse, de transitions allègres et d’irruptions rythmées, le tout sous forte influence rétrochic, swing, jazz et charleston.
On retrouve ce cocktail magique sur le nouvel album qui démarre piano comme si on se retrouvait immergé dans un bar new-yorkais des années 30 avec le grésillant et balancé Ever. Le chant soul blues bascule vers le jazz cuivré d’un By Your Side qui ne prend même pas la peine de sonner un peu moderne. Il faut attendre Transparency pour sauter quelques décennies et se réveiller avec bonheur dans un environnement plus dansant et carrément disco. Temperamental Cats passe ainsi d’une ambiance à une autre, d’une époque à une autre, sans transition véritable ni volonté de préserver une continuité. Kermesse sent le french cancan Années Folles avec ses trompettes swing et son chant années 20. On adore depuis toujours (ou disons depuis sa découverte en 1987 dans le film Angel Heart avec Mickey Rourke) le Soul On Fire de LaVern Baker qui sert de matrice au très vintage You’re The Only One si bien qu’on finit par ne plus savoir où et surtout quand on habite.
On s’interroge de fait au fil des rétro-morceaux sur la valeur de relectures qui ont pour effet principal de nous renvoyer au charme des originaux et des samples qu’ils utilisent. C’est peut-être la petite faiblesse du début d’album que d’être si près du style dont il s’inspire que la touche ProleteR y est finalement assez peu palpable. Ce sentiment perd du terrain sur une deuxième partie plus “contemporaine” et travaillée qui démarre avec Fallen King pour “culminer” sur des titres originaux ou hip-hop tels que le soul First Love, magnifiquement interprété par Napoleon Da Legend ou le Heaven de Spark Houston, le rappeur Canadien. ProleteR est plus intéressant lorsqu’il métisse ses influences rétro avec des sonorités ou des voix “étrangères”. Il suffit d’un featuring discret du Japonais Takada Fu pour décentrer un Fool For A Lifetime vers l’orient qui lui tend les bras et propulser l’ensemble dans une autre dimension. Le titre conclut avec brio un album qui pourra paraître un peu trop respectueux de son matériel de départ et une sorte de contrefaçon réussie mais trop parfaite de sonorités venues d’ailleurs. Dans le beatmaking aussi, on peut se voir reprocher d’agir de manière trop académique et de ne pas suffisamment saccager les univers qu’on traverse.
Temperamental Cats a ce travers de nous balader parmi les onze vies et époques qui le composent mais de ne pas laisser transparaître d’où il parle et ce qu’il voudrait nous dire en substance. Il nous offre ainsi une balade musicale et temporelle de premier plan et tout à fait plaisante mais que notre cerveau a tendance à considérer comme un tour gratuit et manquant d’action et de sel.

