Yuksek / Dance’O’Drome
[Party Fine]

7.8 Note de l'auteur
7.8

Yuksek - Dance'O'DromeOn commence à être habitué, maintenant. En France, les beaux jours s’accompagnent de leur lot d’albums électroniques, sorties minutieusement programmées en fonction de l’arrivée des degrés. C’est au tour de Yuksek cette fois, résident chez Radio Nova depuis trois ans, mais surtout DJ reconnu depuis une bonne dizaine d’années comme faisant partie intégrante de la dernière scène french touch en date, celle apparue courant 2010 avec Breakbot et d’autres. Son album s’intitule Dance’O’Drome, et semble mettre à l’honneur les souvenirs de voyages accumulés par son producteur sur les terres du grand Sud : tout un programme.

Disco(d)rama

Dance’O’Drome semble avoir été pensé comme ces grandes maisons dont les pièces semblent avoir été conçues par des décorateurs pas assez confiants pour ne pas se réfugier derrière quelques ambiances attendues. Cela commence avec une Fantasia complètement italo disco appuyant trop sur la détente. Alex Rossi imite mal Pino D’Aggio, déjà à lui seul une caricature. Il suffit d’une voix en surjeu pour tuer une belle piste et une belle voix, celle de Jo Wedin. On pense beaucoup à L’Impératrice, et c’est presque un esprit parigot à la Quotidien-Canal + semblant traverser cette piste, désirant tant échapper à ce monde qu’elle s’enlise dans une nostalgie si vulgaire qu’elle tue l’hommage. Ce n’est pas tellement la faute de Yuksek, bon artisan nu disco, ni représentatif de l’album ; mais il est un peu maître à bord tout de même ; c’est comme si ces années depuis le dernier album, Nosso Ritmo (2020), n’avaient pas été des plus fécondes.

Juste après, salle ambiance Brésil. Ahh, la terre du vert infini qui faisait fantasmer tous les DJs européens en 2005! C’est tout comme si l’on assistait à une résurgence de l’attrait. Alors qu’on s’attendait à un hommage à Deodato, qu’on perçoit au début, Yuksek le délaisse pour prendre une autre direction, celle de la chanson lusophone qui vous reste en tête et vous la dévisse. Ce qui est étonnant, c’est cette volonté de l’électro à revenir aux sources, quitte à ce que l’électro n’en semble… plus un. Les influences deviennent à présent source des sources. Overly Human est excessivement discoïdal, penchant vers la loufoquerie de The Supermen Lovers. The Night d’après, on croirait entendre Todd Terje au Yolo, le genre de boîte snobinarde où on tente de refaire vivre un disco glacé et distant de par sa gente. Assez proche et moins antipathique, le titre éponyme à l’album est bien mieux encrée dans notre époque, nous renvoyant tout autant à Sister Sledge qu’au contemporain Mitch Murder, la cloison de la synthwave en moins. Comme on l’évoquait du bout des lèvres lors de notre chronique du R de Corine – que Yuksek aurait d’ailleurs pu produire – alors que les moyens musicaux pour faire du disco n’ont jamais été aussi grands, le fond de l’époque semble pourtant réfractaire à accueillir sa joie.

Discorum

Il faut dire que ces climats pittoresques (la chaleur brésilienne, les terres africaines, les dancings italiens) étaient déjà conviés par Nosso Ritmo. Celui-ci donne envie de revoir renaître le projet Africanism mené par Bob Sinclar, avec Yuksek en première loge. Plein d’euphorie, la Pàula de PPJ (Pàula, Povoa & Jerge) et Voyou nous allument les fesses d’entrain avec Hypra Sensorial. Isaac Delusion, artiste à voix de chamallow récurrent des albums de Yuksek, n’a jamais autant sonné comme Leee John, le chanteur d’Imagination. Nu Azeite nous rappelle nos heures à écouter Oliver Cheatham revisité par Room 5, l’électronique mis en sourdine. C’est comme si l’électro, après avoir vampirisé tous les genres de ces 5 dernières décennies, voulait reprendre forme humaine, faire plus disco que le disco. C’est en soi fascinant à observer.

L’électro prend le chemin inverse, et repasse donc à la case french touch, s’obligeant à un énième (on y a droit presque à tous les coups) hommage se rapportant aux Daft Punk, ici en la personne du label Roulé. Surreal, elle, convoque à la barre aussi bien les déformations vocales des Dax Riders qu’un petit chapardage du Venus (Sunshine People) de Cheek, ni vu ni connu. C’est certes mille fois entendu, mais ce sera parfait pour s’échauffer. Il serait toute fois dommage de tendre, à l’oreille, vers le son si reconnaissable du label Roche Musique. L’album reste long et généreux en minutes, comme on a l’habitude de se voir servi à la maison de vacances. On y séjournera avec plaisir, on reviendra y passer plusieurs têtes, mais sans non plus s’y éterniser.

Tracklist
01. Fantasia (ft. Alex Rossi & Jo Wedin)
02. Santas Almas Banditas (ft. Luedji Luna)
03. Overly Human
04. The Night (ft. M.I.L.K.)
05. Owando (Interlude)
06. Surreal (ft. Sinkane)
07. Hypra Sensorial (avec Voyou & Pàula)
08. Dance’O’Drome
09. Santa Teresa (Interlude)
10. Pura Onda (ft. Nu Azeite)
11. Kwatamaja (avec Jupiter & Okwess)
12. Sainte Rose (Interlude)
13. Because Of You (ft. Isaac Delusion)
14. Roulette
15. O Gato
16. Ipanema (ft. Nu Azeite)
Écouter Yuksek - Dance'O'Drome

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