
Il faudra un jour faire une histoire musicale des rapports entre les rockeurs indé et l’équivalent britannique de France Travail. Les épisodes et anecdotes glorieux de stars de la pop aux prises avec des agents chargés de les remettre au boulot sont légion de Morrissey à Jarvis Cocker ou Brian Eno en passant par Luke Haines ou encore Micko Westmoreland. Le plus british des guitaristes britanniques, qui s’était rappelé à notre bon souvenir durant le Festival Outsiders en tant que membre associé des Woodentops, sort ces jours-ci un nouveau single, Proper Job, prélude à un nouvel album, le troisième, intitulé The Trinity.
Ceux qui connaissent le travail du bonhomme savent à quoi il faut s’attendre avec lui. Celui qui incarnait un éternel Jack Fairy, mélange de Bowie et Bolan, dans l’excellent Velvet Goldmine de Todd Haynes (on lui ressort tout le temps), est ce qu’on peut se représenter de plus proche du concept de “chanteur de pop anglaise” depuis l’invention de Morrissey ou de Martin Newell. Amateur obsédé par les guitares, look très étudié, chant direct et parfaitement scandé, goût des mélodies imparables, Micko Westmoreland est un exemple pour la jeunesse. Ces disques sont sophistiqués, pop, joueurs, cultivés et souvent chargés en vrais faux tubes que… pas grand monde, malheureusement, n’entonne en boîte de nuit. On pourra jeter une oreille en passant à son précédent single, Would You Believe It, peut-être encore plus emballant que ce Proper Job du jour. Ses Mellotronics derrière lui assurent un accompagnement inspiré et millimétré toujours marqué par un jeu de guitares expert et des résonances rétro vaguement 70s.
Mis en scène avec soin par Cameron Poole, le nouveau single imagine les mésaventures d’un Micko masqué aux prises avec les agents désespérés d’un Job Centre chargés de le remettre au boulot. Plusieurs propositions plus ou moins réalistes lui sont faites (dont celui de chanteur glam – déjà fait, donc) et amènent, après quelques jolies scènes de comédie, au choix qu’on attendait tous : tu seras un guitariste mon fils ! Le riff est bon, le chant aussi, les textes sont pleins d’esprit. Les choeurs sont utilisés à bon escient pour donner du courage au pauvre chômeur. Tout est bien pesé et bien pensé, si bien qu’on ne peut que rendre les armes et écouter la chose en boucle. Le thème de la chanson provient des expériences de l’artiste qui y évoque la difficulté d’exister dans la société en tant qu’artiste sans le soutien manifeste d’une société qui s’en moque encore plus que du temps où Brian Eno évoquait son soutien pour la sécurité sociale et l’assurance chômage.
Dans un pays où il suffit de traverser la route pour trouver un emploi, on a du mal à percevoir comment certains peuvent avoir du mal à vivre. Mais avec un peu d’imagination…
Photo : presse artiste – Peter Tainsh

